Entretiens
Tout vient à point à qui sait... être patient!, par Patrick Dupuis
Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a annoncé la mise sur pied du Fonds de capital patient pour la relève agricole, doté d’une enveloppe de 75 millions $. Cette mesure a fait le bonheur de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ).

C'est sans doute le gain le plus important de la FRAQ depuis sa fondation, il y a 28 ans », indique son président, Frédéric Marcoux, en poste depuis 18 mois.

Loin de lui l’idée, toutefois, de vouloir s’en attribuer le mérite. Ses prédécesseurs s’étaient attelés à la tâche il y a déjà cinq ans. Et c’est il y a trois ans qu’on a fixé un objectif précis en demandant une forme de soutien pour la relève « non apparentée » (sans parenté en agriculture). En réalité, ce fonds s’adressera à un groupe assez large : tous les jeunes souhaitant s’établir en agriculture, qu’ils soient issus ou non d’une famille agricole, et les jeunes en situation de transfert non apparentés, qui souhaitent donc acquérir une ferme n’appartenant pas à un membre de leur famille.

« Chaque année, entre 600 et 700 jeunes s’établissent en agriculture au Québec, fait savoir Magali Delomier, directrice générale de la FRAQ. Selon nos estimations, de 10 à 12 % des établissements seraient déjà réalisés par des non-apparentés. Cette nouvelle mesure devrait permettre annuellement à une centaine de jeunes de plus de toucher de l’aide pour s’établir, y compris ceux qui pratiquent l’agriculture à temps partiel et qui, grâce au fonds, pourront le faire à temps plein. Au final, ce sont donc environ 80 nouveaux jeunes en agriculture qui bénéficieront de cette aide. »

La somme de 75 millions $ dont est doté le fonds provient en parts égales de trois sources : le gouvernement provincial, le Mouvement des caisses Desjardins et le Fonds de solidarité FTQ. Le fonds sera géré par un conseil d’administration où seront représentées ces organisations. Il y aura également un comité consultatif composé de gens du MAPAQ et de la FRAQ. La Financière agricole du Québec sera dépositaire du fonds. Enfin, soulignons que les intérêts générés par le fonds en assureront la pérennité.

La formule dite de « capital patient » signifie que les aspirants producteurs touchant les prêts disposeront d’une période de grâce – dont les modalités restent encore à déterminer – au cours de laquelle ils n’auront pas à rembourser le capital et les intérêts.

« Les prêts accordés par le Fonds, qui oscilleront entre 100 000 et 200 000 $, auront un effet de levier, souligne Magali Delomier. Ils permettront aux jeunes qui en bénéficient de faire fonctionner leur entreprise pendant quelques années avant d’amorcer le remboursement et de s’appuyer par la suite sur d’autres sources de financement pour en assurer le développement. » Précisons qu’un plan d’affaires détaillé faisant état de la faisabilité et de la rentabilité du projet d’établissement, selon un échéancier réaliste, devra préalablement être déposé par les demandeurs de prêt auprès du fonds.

« Le but n’est donc pas d’enlever des parts de marché aux institutions financières traditionnelles, mais bien de pallier les difficultés qu’éprouvent les jeunes à toucher du financement lorsqu’ils n’ont que peu ou pas de garanties à offrir, précise Frédéric Marcoux. C’est un outil de plus que pourra proposer La Financière agricole dans son offre de financement. Le fonds agira comme premier prêteur, afin qu’un jeune puisse obtenir du financement supplémentaire auprès de prêteurs traditionnels, mais il sera deuxième en matière de garanties, de manière à laisser les prêteurs traditionnels se sécuriser d’abord. »

Le nombre de fermes diminue année après année au Québec, une tendance lourde vécue un peu partout sur la planète. « Il est important, indique Frédéric Marcoux, de soutenir notre relève et de favoriser l’entrée dans le secteur de jeunes intéressés par l’agriculture. L’accès aux biens de production est le plus grand frein à la relève, et tout particulièrement pour ceux qui ne viennent pas du milieu agricole et qui ne peuvent donc bénéficier du soutien de parents agriculteurs. D’autant plus qu’il s’agit d’un achat d’actifs surévalués par rapport à leur rendement : cinq dollars d’actifs ne procurent qu’un dollar de revenus. »

« Je reçois des appels de jeunes qui travaillent dans divers milieux, autres qu’agricoles, et qui me disent économiser leurs sous depuis plusieurs années afin de s’établir en agriculture », explique Magali Delomier.

« C’est un programme d’aide qui tombe à point, car on constate, dans les écoles d’agriculture, une hausse du nombre d’étudiants qui ne viennent pas du milieu agricole, ajoute Marie-Hélène Morneau, membre du comité exécutif de la FRAQ. Quand tous les jeunes intéressés par l’agriculture y auront accès, on pourra alors déterminer s’il y a ou non un manque de relève au Québec. »

La Fédération de la relève agricole du Québec accueille dans ses rangs environ 1800 membres, âgés de 16 à 35 ans. « Les membres de la FRAQ s’établissent en moyenne à 28 ans et, parmi eux, les trois quarts sont des garçons, indique Frédéric Marcoux. La moyenne d’âge à l’établissement est en hausse. Les jeunes poursuivent leurs études plus longtemps, préfèrent attendre, avant de s’établir, d’être dans une meilleure situation financière, ou encore veulent vivre d’autres expériences. »

« Parmi les membres de la FRAQ, on compte environ 30 % de filles, dit Magali Delomier. Et on en dénombre de plus en plus. Cette tendance se manifeste d’ailleurs dans la structure administrative de l’organisation. Sur les 14 syndicats régionaux de la FRAQ, on recense cinq présidentes. Et au conseil provincial de la FRAQ, cinq sièges sur quinze sont occupés par des femmes. »

L’annonce de la mise sur pied de ce fonds a donné un nouveau souffle à la Fédération de la relève agricole du Québec, qui voit là un engagement ferme du gouvernement et de certains organismes du milieu à soutenir un secteur vital de l’économie québécoise. « L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, annonce 15 années de prospérité en agriculture, au cours desquelles les prix devraient être à la hausse, tout comme les besoins de production pour nourrir une popu­­lation mondiale en cro­issance », conclut Frédéric Marcoux.

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