Entretiens
La cerfification environnementale encore d'actualite?, par Noémie Varin-Lachapelle
La certification environnementale est toujours d’actualité. Toutefois, il en existe maintenant qui sont mieux adaptées au secteur agricole.
séchoir à grains
Noémie Varin-Lachapelle
Photo : Daniel Herrera

Pour réduire les impacts environnementaux associés aux pratiques agricoles, certains producteurs se sont engagés de façon volontaire, en 2002, dans AGRISO, un programme visant la mise en place d’un système de gestion environnementale (SGE) menant à une certification. Attestant et encourageant des pratiques respectueuses de l’environnement, une certification permet l’amélioration de la performance environnementale, qui entraîne des impacts positifs sur le milieu.

À l’époque, ce programme représentait le point de vue de la majorité des secteurs agricoles du Québec en matière de prise en compte de responsabilités environnementales à la ferme. L’objectif principal était de permettre aux fermes d’obtenir la certification ISO 14001, qui correspond au niveau 3 de la certification AGRISO. Selon les informations obtenues du Bureau de la normalisation du Québec (BNQ), de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et du Conseil régional en environnement de l’Estrie (CREE), il semblerait qu’aucune ferme du Québec ne serait encore certifiée ISO 14001. Faisons donc le point sur l’évolution des certifications environnementales en milieu agricole et sur la situation de la performance environnementale des entreprises agricoles.

Même si cette initiative a été bien reçue de la part des agriculteurs, ses résultats ne reflètent pas les objectifs fixés au départ.

Selon Michel Beauchamp, président-directeur général et vérificateur principal de la Société d’expertise Envirotest ltée1, « la valeur ajoutée (reconnaissance des parties intéressées, augmentation de la performance interne) n’est pas supérieure aux frais associés à la certification ». En effet, la responsabilité implicite à la gestion environnementale donne une valeur ajoutée à un produit, mais celle-ci n’a pas été reconnue par les autres acteurs de la chaîne, à savoir les transformateurs et les distributeurs. La rentabilité est alors difficilement perçue, étant donné que la somme à investir pour atteindre le niveau 3 d’AGRISO était évaluée à l’époque à environ 13 000 $. Actuellement, il y a absence de soutien et d’incitations de l’État visant à encourager le processus de certification ISO 14001. Selon les dires de plusieurs acteurs engagés dans l’initiative AGRISO (UPA, producteurs, consultants, etc.), les coûts annuels associés aux vérifications annuleraient les gains de productivité et les bénéfices à court terme.

Les trois niveaux de certification du programme AGRISO

1. Conformité réglementaire
2. Prévention de la pollution
3.Certification ISO 14001 et amélioration continue

Système de gestion environnementale (SGE)

Outil permettant à une entreprise de maîtriser les impacts de ses activités sur l’environnement par l’élaboration d’objectifs et de cibles à atteindre pour améliorer de façon continue sa performance environnementale.

Les avantages
Même si le nombre de certifications a connu une diminution importante, on s’accorde à dire que l’implantation d’un SGE à la ferme demeure malgré tout un outil très important d’amélioration de la performance environnementale, bien qu’elle ne mène pas obligatoirement à une certification.

D’une part, les bénéfices associés à l’obtention de la certification ISO 14001 à la ferme sont nombreux. En plus d’encourager l’adoption de pratiques conformes à la législation, cette certification améliore l’image publique et apporte une notoriété reconnue à plusieurs échelles. Elle pourrait alors devenir un avantage comparatif sur le marché.

D’autre part, la gestion environnementale entraîne plusieurs avantages, tels que la diminution des risques d’incidents, une meilleure rentabilité par une baisse des coûts d’exploitation, la réduction des risques environnementaux et la protection des ressources financières de l’entreprise et des personnes (employés et voisins).

Même si les entreprises agricoles qui étaient certifiées pendant la durée du programme AGRISO ne le sont plus actuellement, certaines d’entre elles ont conservé des pratiques implantées par le SGE, étant donné les retombées positives sur les plans économique et environnemental.

Au cours des dernières années, la performance environnementale du milieu agricole s’est améliorée.

Au début 2010, en réponse à la crise de l’industrie porcine et pour améliorer son image chez la population, la norme Élevage porcin : bonnes pratiques agroenvironnementales et de cohabitation (BNQ 8051-905/2010) a été lancée par la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ). Cette certification volontaire a pour base un cahier de charges de pratiques réglementaires et de bonnes pratiques agroenvironnementales adaptées à l’élevage porcin (gestion des animaux morts, épandage, tenue des registres, bilan de phosphore, PAEF, etc.). Elle comprend aussi des pratiques de gestion agronomiques et environnementales concernant les matières fertilisantes et la cohabitation avec les voisins. Approuvée par le BNQ, cette certification est une adaptation de la norme CSA Z7712 pour les lieux d’élevage porcin.

Plusieurs critiques ont toutefois été formulées à l’endroit de cette certification, notamment à l’effet qu’elle serait peut-être trop épurée et que certains éléments de conformité auraient été écartés. Cette certification – somme toute assez simplifiée – est récente, ce qui rend prématurée l’évaluation des résultats. Toutefois, elle permettrait de montrer aux consommateurs que le produit qu’ils achètent répond, par exemple, à certaines de leurs attentes en matière d’environnement et de bien-être animal. De plus, la FPPQ a récemment entrepris des démarches de reconnaissance des pratiques positives en matière de bien-être animal, des bonnes pratiques environnementales et du contrôle de sécurité.

Depuis 2004, le Plan d’accompagnement agroenvironnemental (PAA) touche beaucoup d’agriculteurs. Il représente une démarche d’accompagnement – et non une certification – qui permet de dresser un portrait agroenvironnemental de l’exploitation et de proposer des solutions adaptées à chaque type d’entreprise agricole et consignées dans un plan d’action. Le PAA est financé en partie par un partenariat entre le MAPAQ et le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ).

Le financement accordé a certainement contribué à la participation de nombreux producteurs, tout comme le fait que le PAA est souvent requis pour l’obtention d’autres aides agroenvironnementales, soit certains volets de Prime-Vert, un programme géré par le MAPAQ. En effet, 10 205 PAA auraient été réalisés depuis leur implantation. Le PAA constitue une démarche adaptée aux entreprises agricoles, surtout en fonction des incitations financières qui permettent d’y accéder; par contre, il ne permet pas d’évaluer la conformité des installations, même si les recommandations des pratiques qui y sont suggérées sont basées sur celle-ci.

Des certifications environnementales adaptées au milieu agricole sont aussi réalisées en France, par l’entremise de la certification Haute Valeur Environnementale (HVE)3. Soutenue par une loi et des obligations, elle semble être un modèle intéressant de démarche dont les retombées seront certainement positives.

À la suite des débats tenues au Grenelle de l’environnement en 2007 – une commission de réflexion sur les problématiques environnementales globales –, le gouvernement français a pris des engagements en matière d’agriculture et a mis sur pied une démarche volontaire de certification environnementale visant les exploitations agricoles.

Cette démarche se veut une réponse aux attentes de la population, qui veut des produits plus sûrs et exige des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Elle s’est traduite par les projets de loi « Grenelle 1 » (art. 28) et « Grenelle 2 » (art. 42), qui visent une démarche participative, simple et accessible basée sur les pratiques déjà existantes (agriculture biologique, raisonnée, durable ou paysanne).

Le programe HVE, dont le niveau 3 permet l’atteinte de la certification, mesure la performance environnementale de toutes les activités d’une installation. Selon les commentaires soulevés par les agriculteurs, le programme a été bien accueilli dans le milieu : on perçoit la certification environnementale comme un moyen nécessaire pour se faire reconnaître et se valoriser sur le marché, ce qui permet l’amélioration de la gestion de son exploitation. Semblable à la certification AGRISO, dont le modèle élaboré à l’époque était unique, cette démarche de certification sera-t-elle plus viable aujourd’hui dans un contexte de réflexion économique et environnementale? L’initiative de certification AGRISO aurait-elle été mise sur pied 10 ans trop tôt, alors que tous les éléments permettant son succès n’étaient pas réunis, notamment une réglementation plus restrictive?

La certification environnementale AGRISO a certainement eu des retombées positives, surtout en ce qui a trait à la gestion environnementale à la ferme. Cependant, au sein du processus de certification, les programmes d’accompagnement des producteurs doivent être basés sur les expériences passées afin d’être mieux adaptés à leur situation. De plus, cette certification devrait être reconnue par tous les maillons de la chaîne de valeur. Les gains seraient certainement accrus et on compterait sans doute un nombre plus important de producteurs souhaitant adhérer à un SGE en vue d’une future homologation.

Même si la majorité des SGE n’ont jamais été certifiés ISO 14001, beaucoup d’agriculteurs ont pris leurs responsabilités quant au contrôle de la pollution. Par l’entremise de programmes, plans et autres certifications mieux adaptés et moins coûteux, les producteurs parviennent à donner une valeur ajoutée à leur produit. Ainsi, on peut dire que la gestion environnementale à la ferme est encore d’actualité. Elle prend tout son sens en période de perturbations économiques, comme celle vécue dernièrement à l’échelle mondiale, puisqu’elle réduit les risques financiers associés à de mauvaises pratiques environnementales et s’inscrit dans un processus de développement durable.

 

1. Entreprise ayant été mandatée pour l’élaboration du programme AGRISO.
2. La norme CSAZ771 : Système de gestion environnementale pour les exploitations porcines
3. La certification HVE touche les enjeux environnementaux suivants : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation, gestion de l’eau, maîtrise de la consommation d’énergie.

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