Entretiens
David Gasser
David Gasser est aussi à l’aise sur la patinoire que sur le plancher des vaches. Ce jeune homme de 23 ans qui a participé à la série Montréal-Québec, téléréalité sur le hockey lancée l’hiver dernier par le réseau TVA, commence à patiner dès l’âge de trois ans. À quatre ans, il fait partie d’une ligue à Bedford. Une belle façon de faire dépenser de l’énergie à un jeune qui en a à revendre, dira son père Érick, copropriétaire des Fermes Gasser.

Né à Notre-Dame-de-Stanbridge en 1986, David est mordu de hockey et passionné d’agriculture. Très jeune, il prend plaisir à accompagner son père aux champs et à l’étable. À 12 ans, il fait déjà le « train » tôt le matin, puis au retour de l’école. En soirée, toujours débordant d’enthousiasme, David pratique son sport favori. Son frère Ricky, de deux ans son aîné, est lui aussi vite sur ses patins. Les deux gars ont du talent et leurs parents les encouragent à l’exploiter. Linda, leur mère, est une véritable hockey mom, toujours disponible pour les reconduire à l’aréna, et prompte, comme leur père, à applaudir leurs efforts et à célébrer leurs victoires, à les écouter et à consoler leurs chagrins.

À l’instar des jeunes de son âge, David rêve de jouer un jour dans la Ligue nationale, avec son équipe favorite, les Canadiens de Montréal. Novice, atome, peewee, bantam, midget AA, David gravit tous les échelons. Mais à 15 ans, il ne mesure encore que 1,60 m (5 pi 2 po). Même bourré de talent, c’est trop peu pour penser à la LNH. Sa poussée de croissance d’une dizaine de pouces l’année suivante ne suffira pas non plus. L’athlète de 1,80 m dit aujourd’hui en toute humilité qu’un joueur sait habituellement dès l’âge de 13 ou 14 ans s’il a le potentiel ou non de faire son chemin jusqu’à la Nationale.

David Gasser
David a des exigences bien précises pour la fabrication de ses bâtons de hockey. Par exemple, pour la courbure du talon jusqu’au milieu de la palette, il demande celle qu’utilise le défenseur étoile des Red Wings de Detroit, Nicklas Lidström. Pour l’autre moitié de la palette, il préfère celle des bâtons de Joe Sakic, qui a joué de multiples saisons avec les Nordiques de Québec et l’Avalanche du Colorado. Enfin, pour l’extrémité de la palette, David exige à nouveau le design retenu par Lidström. Les bâtons de David, de niveau professionnel, sont conçus sur mesure par la société Reebok. Ils possèdent leur propre code de production, associé à son nom, et ne se retrouvent donc pas en magasin. Chaque bâton vaut plus de 200 $.

David Gasser Sa position au jeu : défenseur Son joueur préféré : Carey Price Son équipe préférée : les Canadiens de Montréal Ses forces sur la patinoire : « Demande aux entraîneurs Guy Carbonneau, Serge Boisvert et Patrice Brisebois… » Son programme d’entraînement : les travaux de la ferme…

Le site officiel de la série Montréal-Québec : tva.canoe.ca/emissions/ laseriemontrealquebec/

David jouera dans le junior AAA – entre autres pour l’équipe de l’Université McGill, lorsqu’il y fera ses études –, puis au niveau senior. À 20 ans, il s’envole pour la Suisse, d’où vient sa famille, et y intègre la ligue nationale, de niveau B, qui offre un calibre de jeu semblable à celui de la East Coast Hockey League (ECHL), de ce côté-ci de l’Atlantique.

L’année suivante, il revient au Québec et entreprend une formation de trois ans en gestion et exploitation d’entreprise agricole (Farm Management Technology) au Campus Macdonald de l’Université McGill. Aux yeux de David, l’agriculture demeure le mode de vie idéal. Son objectif : prendre la relève, avec son frère Ricky, des Fermes Gasser, qui regroupent deux exploitations laitières, un troupeau d’engraissement de bovins de boucherie et de vastes superficies en culture.

Les Fermes Gasser
L’entreprise est fondée en 1951 par leur arrière-grand-père, Ernest, parti de Suisse pour venir prendre racine à Pike River. La région compte actuellement de nombreuses familles agricoles originaires de ce pays. L’exploitation est aujourd’hui la propriété d’Érick Gasser, de ses cousins Ernest-William, Mike et Christian, ainsi que de son fils Ricky, qui représente la quatrième génération. David obtiendra sous peu le titre de copropriétaire.

Le conglomérat comprend 272 vaches laitières Holstein de race pure, 250 sujets de remplacement, 500 bouvillons d’engraissement et plus de 1000 hectares (2500 acres) en culture (400 en luzerne ou foin, 400 en maïs-grain, 100 en soya, 100 en blé ou orge et 15 en haricot sec). Quatre employés, dont un à temps partiel, prêtent main-forte au clan Gasser.

Les activités de production animale se répartissent à trois endroits. Deux fermes laitières sont à Pike River, dont l’une, comptant 210 vaches en stabulation libre, est équipée de quatre robots de traite (les Gasser sont des précurseurs en la matière). Les rations des deux troupeaux y sont fabriquées. On approvisionne par tracteur la deuxième ferme laitière, qui rassemble 72 vaches en stabulation attachée. Enfin, le troisième lieu, situé à Notre-Dame-de-Stanbridge, abrite les bovins de boucherie et des génisses laitières.

La production moyenne du troupeau laitier est de 1,3 kg de quota par vache. Du côté du parc d’engraissement, les animaux y entrent au poids de 340 kg (750 lb) et en sortent, sept ou huit mois plus tard, bien musclés, à 635 kg, pour un gain moyen quotidien de près de 1,6 kg. Chaque bouvillon est muni à l’oreille d’une étiquette à puce électronique qui permet d’en faire la traçabilité et, à chaque pesée, de compiler des statistiques de production à l’aide d’un logiciel élaboré par la Fédération des producteurs de bovins du Québec.

La taille de l’entreprise n’a pas freiné l’ardeur de ses propriétaires à adopter des mesures en faveur de l’environnement et du développement durable. Déjà, il y a 30 ans, le virage vert était pris : aménagement d’avaloirs pour refermer les fossés (afin de faciliter et de réduire la circulation de la machinerie aux champs), travail minimal du sol et conservation des résidus de culture, aménagement et respect de bandes riveraines pour la protection des cours d’eau. Des pratiques qui ont fait des Gasser, en 2006, les lauréats du prix du Lake Champlain Steering Committee, attribué en raison de leurs efforts pour préserver l’environnement du bassin versant du lac Champlain.

Photo : PATRICK DUPUIS
Photo : PATRICK DUPUIS

Des taures laitières attendent leur tour pour entrer en production dans l’une des deux exploitations de l’entreprise. La production de lait est en croissance. Les Gasser doivent régulièrement acheter du quota.

David Gasser
David Gasser prendra la relève, avec son frère Ricky, de l’élevage de bovins de boucherie des Fermes Gasser. Ils ont aussi deux sœurs, Kate et Nancy.
Aliments du troupeau
Une part des aliments du troupeau est conservée dans des cellules d’entreposage de type bunker .

La série Montréal-Québec
C’est la copine de David, Martine Messier, employée au service de recherche et développement de l’entreprise porcine F. Ménard, qui l’a inscrit à son insu à la série Montréal-Québec, après en avoir entendu parler dans les médias. Les qualifications pour la « série du siècle des joueurs amateurs » ont débuté l’automne passé. Un premier essai consistait à démontrer aux entraîneurs, en une quinzaine de minutes seulement, tout son savoir-faire sur la patinoire. Deuxième niveau de qualification : une heure de jeu intense. Puis, au troisième niveau : une période d’entraînement de trois jours, en novembre. À chaque étape, le couperet tombait. On ne retenait, au terme de l’épreuve de sélection, que 16 joueurs par équipe.

Tout au long de ces étapes, David a pu compter sur l’appui de sa famille. Ses parents et son frère, tout comme les employés de la ferme, prenaient la relève lorsqu’il devait s’absenter quatre jours par semaine pour participer à cette téléréalité, qui attirait, à chacun des matchs, un million de téléspectateurs. La série s’est déroulée du 31 janvier au 28 mars. Huit matchs ont été disputés, quatre à Montréal et quatre à Québec, devant des milliers de partisans, avant l’affrontement final. Ils étaient alors 15 000 à Québec, au Colisée Pepsi, et c’est l’équipe de la Vieille Capitale qui a remporté la victoire. Pendant toute la durée de la série, David était en retraite fermée du dimanche au mercredi. Après les matchs, disputés le dimanche, il y avait entraînement intense les lundi, mardi et mercredi matin. « Si t’es pas en forme, tu le deviens », assure-t-il.

« C’était once in a lifetime, une expérience qui n’arrive qu’une fois », dit David, qui a également eu le soutien de ses professeurs. Pendant les qualifications et lorsque la série battait son plein, il devait parfois manquer des cours. Permission était accordée. Mais il a quand même été tenu de rédiger le projet final, qu’il lui fallait absolument terminer, en mars, pour obtenir son diplôme. David a alors mis sur papier un plan de développement de la ferme pour les cinq années à venir.

Travailler en équipe
Avec quatre points en huit matchs (un but et trois passes), David a figuré au 6e rang (sur 16) des marqueurs de l’équipe de Montréal. Une très belle performance pour un joueur posté à la défense, mais les statistiques l’intéressent peu. Ce qui « compte » réellement pour lui, c’est le travail de groupe, l’effort déployé par chacun pour l’atteinte d’un « but » commun. Au hockey comme à la ferme, David est un gars d’équipe.

Le partage des tâches est bien défini entre chacun des actionnaires de la ferme. Érick s’occupe des grandes cultures, des bovins de boucherie et des taures laitières avec ses deux fils. Mike et Christian gèrent une des fermes laitières et veillent à la bonne santé des génisses. Quant à Ernest-William, il s’affaire à l’autre ferme laitière ainsi qu’en grandes cultures et siège à titre de président au conseil d’administration de La Coop Excel. Les revenus de la ferme sont répartis équitablement entre tous. Complicité et entraide sont les mots d’ordre de l’équipe Gasser, qui met tout en œuvre pour assurer l’entrée de la relève et le soutien de ceux qui se retireront.

David garde de beaux souvenirs de son équipe de la série Montréal-Québec. « Il y avait beaucoup de respect entre tous les joueurs, dit-il. On pouvait se parler avec franchise. Les relations avec les entraîneurs étaient aussi très bonnes, même si on nous brassait de temps en temps pour nous stimuler. » Si l’occasion se présentait encore, il n’hésiterait pas un instant et dirait oui à une nouvelle série.

Sur la patinoire comme sur le plancher des vaches, David fait preuve d’assurance et de respect, qualités qui se traduisent dans ses paroles et ses gestes. Une attitude qui lui donne de l’altitude et qui est propre aux membres de cette illustre famille.

Photo : PATRICK DUPUIS

La presque-totalité des bovins est abattue dans la région de Toronto. Bien sûr, quelques beaux spécimens sont transformés localement et emplissent les congélateurs des Gasser.

Photo : PATRICK DUPUIS

L’alimentation

Par Daniel Fréchette, T.P. Expert-conseil laitier senior La Coop Excel

Vaches laitières
Une ration composée d’environ 50 % d’ensilage de maïs 50 % d’ensilage d’herbe Maïs humide Environ deux kilos de foin sec Supplément minéralisé complet Moulée 20 % de protéine

Bovins de boucherie
Foin sec Ensilage d’herbe Ensilage de maïs Blé concassé Maïs humide Gluten Minéraux

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