Entretiens
La culture, c"est physique
André Cormier est producteur maraîcher et professeur d’éducation physique. « Les deux jobs tiennent en forme », dit-il.
Josaine Comier
Josiane, la fille d’André et Carol, prendra la relève cet automne
Maxime Comier
Marie France Comier
Maxime et Marie-France, les deux autres enfants d’André et Carol, collaborent aux travaux de la ferme.
Kiosque mobile
En plus du kiosque à la ferme, un kiosque mobile permet de faire connaître l’entreprise à un plus vaste bassin de consommateurs. Ci-dessous, Carol Lacombe, la conjointe d’André, est en compagnie d’une employée.

Début juillet, la Ferme A. Cormier, à L’Assomption, bouillonne d’activité. Dans les champs et les serres, les récoltes de fruits et de légumes battent leur plein. Au kiosque, bien en vue sur le rang de l’Achigan, ça ne dérougit pas. Résidants du village, touristes et cyclistes de passage s’en donnent à cœur joie et emplissent leurs sacs d’asperges, fraises, framboises, tomates, concombres. En plus des produits de la ferme, on y écoule aussi une part des récoltes d’exploitations avoisinantes : laitues, carottes, oignons, maïs.

Le kiosque de fruits et de légumes fonctionne à plein régime du début mai à la fin octobre. La ferme est située à proximité d’un important bassin de population à majorité citadine. L’envers de la médaille, c’est que la pression de la ville est forte. Les terres d’André Cormier et de sa conjointe, Carol Lacombe, sont convoitées. Des promoteurs aimeraient les exploiter à leur façon. Mais André est inflexible. Elles serviront l’agriculture avant tout. Une agriculture que sa famille pratique depuis cinq générations.

Leur fille Josiane – la sixième génération – fraîchement diplômée du campus Macdonald de l’Université McGill, sera propriétaire d’environ 20 % des actions de l’entreprise dès cet automne. Le transfert sera amorcé sous peu, avec l’aide d’un centre régional d’établissement en agriculture. Son frère, Maxime, qui envisage de suivre une formation en éducation physique une fois son cégep achevé, comme l’a fait son père, pourrait aussi un jour se joindre à l’entreprise. Leur sœur, Marie-France, étudie en ergothérapie à l’Université de Sherbrooke et travaille tout l’été à la ferme.

La superficie cultivée totalise 80 hectares (200 acres). Les fraises occupent 8 ha, les asperges, 3,2, la framboise, 2,5 et les courges et les citrouilles, 4. Le reste des terres est occupé par les grandes cultures, soit le blé, le soya et l’avoine.

Le père d’André, Albani Cormier, cesse la production laitière en 1976. La ferme aurait nécessité des investissements alors trop importants pour qu’André puisse à son tour lui donner un nouvel essor. Son père fait encan, mais conserve la terre de 50 ha. On y produit des fraises et des framboises ainsi que des céréales depuis déjà plusieurs années. De 1976 à 1979, André fait un baccalauréat en éducation physique à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Durant l’été, il travaille à la ferme pour payer ses études. Il reprend en main la ferme familiale en 1980 et commence à enseigner l’éducation physique à temps partiel au primaire.

Au fil des ans, l’entreprise fait de la production maraîchère sa spécialité. La vieille étable laitière fait place à des entrepôts. En 1995, André bâtit une première serre pour y produire des tomates et des concombres. Les essais sont concluants. Cinq autres serres, chacune d’une trentaine de mètres de longueur, ont depuis été construites. Tomates et concombres sont cultivés dans de la terre enrichie de fumier de poulet. On y produit aussi un peu de mesclun et, nouveauté cette année, des poivrons. « Une variété à la forme allongée et contenant peu de pépins, parfaite pour la boîte à lunch des enfants », dit Richard Bastien, un employé de longue date qui assure la bonne marche des serres.

En 2000, André fait l’acquisition d’une terre de 32 ha appartenant à la famille Parasuco, bien connue dans le monde du vêtement. Une occasion en or, puisque cette terre est contiguë à la sienne.

Il y a trois ans, la Ferme A. Cormier a commencé la transformation d’une part de ses récoltes d’asperges, de tomates, de fraises et de framboises à l’aide de recettes tirées en partie des générations précédentes. Potage et crème d’asperge, tartes (aux tomates, aux fruits et au sucre), muffins, conserves, confitures et marinades trouvent rapidement preneurs. Une diversification des activités de la ferme qui s’avère un véritable succès. « On fabrique en moyenne une centaine de tartes par jour en période de pointe », fait savoir André à titre d’exemple.

Kiosque
Josaine Comier
L’asperge ne produit qu’au début de la troisième année suivant sa plantation. La récolte s’échelonne sur sept semaines, du début mai à la mi-juin. Le plant atteint sa productivité maximale au cours de la cinquième année. Vivace, elle donne de bons rendements pendant une quinzaine d’années. Sur la photo, l’asperge est au stade végétatif. Elle accumule des réserves pour la prochaine saison.
Maxime Comier
La transformation d’une part de la récolte d’asperges, de tomates, de fraises et de framboises s’est avérée un véritable succès.
Kiosque mobile
L’autocueillette attire de nombreuses familles, qui viennent profiter de la fraîcheur et de la saveur des produits de la ferme.

Âgé de 55 ans, André prêche une saine alimentation et de bonnes habitudes de vie à ses étudiants du cégep de L’Assomption, où il enseigne depuis une quinzaine d’années. Il les invite à venir jogger dans ses champs. Une belle façon de leur faire découvrir l’agriculture et de les sensibiliser à ces bonnes habitudes, en leur faisant connaître et goûter la fraîcheur et la qualité des produits locaux. Certains de ses étudiants ont à ce point aimé l’expérience qu’ils s’adonnent à la cueillette des fruits, en tant qu’employés, durant la belle saison. L’hiver, André aménage une vaste patinoire extérieure, où se disputent des joutes de hockey.

André produit une bonne part des aliments que sa famille consomme. Il garde une centaine de poulets, des pondeuses, du bovin de boucherie. « J’aime savoir ce que je mange », dit-il. Tout comme de plus en plus de consommateurs, soucieux de la provenance de leurs aliments et de la façon dont ils ont été produits. C’est pourquoi André n’utilise aucun fongicide sur ses terres, et ce, depuis de nombreuses années. Les tomates de serre poussent sans pesticides. On n’utilise ces derniers que pour les concombres, s’il y a présence d’acariens.

« Chaque année, on effectue une rotation des cultures sur la superficie de la ferme n’étant pas occupée par les cultures pérennes d’asperges ou de framboises », explique Josiane, qui profite du soutien de l’experte-conseil Isabelle Dubé, de La Coop de L’Assomption. Fraises, courges, citrouilles, engrais verts et grandes cultures alternent leur présence sur les parcelles pour redonner vigueur aux sols et briser le cycle des maladies, ce qui évite l’utilisation de produits de protection des cultures. Le semis direct et le travail minimal du sol sont largement pratiqués sur l’ensemble des terres.

Une ferme maraîchère exige beaucoup de main-d’œuvre. En plus de sa femme et de leurs trois enfants, André compte sur le travail de plus d’une cinquantaine d’employés, qui s’affairent au kiosque, aux cuisines, dans les serres et aux diverses cueillettes saisonnières, qui s’échelonnent du printemps à l’automne.

Actif, André entend le demeurer longtemps. « Le travail, c’est bon pour le physique », dit celui qui voit un lien direct entre la pratique régulière d’une activité physique et la motivation de même que le bonheur au travail. Bâtir d’autres serres, développer la plasticulture, mettre en place l’irrigation de type « goutte à goutte », produire davantage de variétés de fruits et de légumes pour les besoins du kiosque, voilà autant de projets qui mijotent dans la tête de ce producteur qui joue encore régulièrement au hockey dans une ligue d’amis. « Je suis un impulsif, dit-il. Comme beaucoup de producteurs. Une façon d’être en harmonie avec la météo. » Toujours très changeante et pleine de surprises…

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