Entretiens
Le « Rocket »  du développement durable
Le « Rocket » du développement durable

Ses deux fils, Jean-Philippe et Alexandre, ne sont pas étrangers à cette mission que l’entreprise s’est donnée il y a deux ans. Jean-Philippe travaille à temps plein à la ferme depuis la fin de ses études en Gestion et exploitation de l’entreprise agricole, au cégep d’Alma, en 2008. Alexandre, qui entamera en septembre sa deuxième année au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, occupe un emploi d’été au laboratoire du Centre de traitement de résidus industriels. Visionnaires, les deux frères manifestent beaucoup d’intérêt et apportent une foule d’idées. Et leur passion est contagieuse, car Maurice les appuie et soutient financièrement la réalisation des projets.

Le père de Maurice, Paul Richard, a fondé l’entreprise il y a 50 ans à Rivière-Héva, en Abitibi. Mineur de son métier, il exploitait une petite ferme : six poules pondeuses, des vaches laitières, un fonds de terre. En 1965, il laisse tomber le lait et se concentre sur la production d’œufs. L’entreprise connaît alors plusieurs vagues d’expansion. On y élève aujourd’hui 70 000 pondeuses d’œufs de consommation. Ferme avicole Paul Richard et fils, l’une des 10 plus importantes dans ce secteur au Québec, s’est classée quatrième en 2009 dans la catégorie médaille d’or au concours de l’Ordre national du mérite agricole du Québec.

La hausse de production a généré de plus en plus de fumier, riche en phosphore, qu’il faut valoriser. On l’épand sur les terres en culture de la ferme. Un producteur laitier de la région en accepte aussi une part. Mais c’est encore insuffisant. Il faudrait doubler la superficie en culture, jusqu’à 800 hectares. Car la réglementation environnementale, dont la date butoir était 2010, exige que les entreprises agricoles soient en équilibre sur le plan du phosphore. En 2008, l’exploitation en avait encore un excédent sur les bras. L’échéance qui pointait a favorisé l’émergence d’idées novatrices.

C’est au cours d’un voyage en Allemagne, en 2008, alors qu’ils visitent des élevages de poules en liberté, que Jean-Philippe et son père découvrent des installations de séchage et de cubage de fumier. Le produit fini est ensaché et expédié chez des vignerons de France. Le fumier cubé est sans odeur et peut facilement être épandu. Maurice est emballé par l’idée. De retour à la ferme, il passe de la gestion liquide à la gestion solide des fumiers et acquiert l’équipement nécessaire de l’entreprise allemande Farmer Automatic.

Le fumier
Fumier en cubé
Kiosque mobile
De haut en bas : Le fumier est acheminé par convoyeur aux installations de séchage. Une fois séché, il est réduit en poudre, cubé au rythme de 200 kg à l’heure, puis entreposé dans deux silos d’une capacité de 250 tonnes chacun.
Jean-Philippe
Jean-Philippe, le fils aîné, roule en voiture hybride. Une Volkswagen Jetta diesel à laquelle il a lui-même ajouté un réservoir d’huile de canola.
Maurice et sa conjointe, Diane Vaillancourt
Maurice et sa conjointe, Diane Vaillancourt, qui s’occupe de la gestion du bureau, devant le projet de leur fils Alexandre, récompensé d’un premier prix au concours Expo-sciences pancanadienne.

La ferme possède deux emplacements de production. Le premier compte 50 000 pondeuses et 25 000 poulettes d’élevage; le deuxième, 20 000 pondeuses. Des appareils de séchage y ont été installés et permettent, grâce à la récupération de la chaleur dégagée par les poules, d’abaisser de 70 à 15 % le taux d’humidité du fumier. Une fois séché, le fumier est réduit en poudre, cubé au rythme de 200 kg à l’heure, puis entreposé dans deux silos d’une capacité de 250 tonnes chacun. L’entreprise est la première au Québec à avoir adopté cette technologie; d’après l’éleveur, on ne compte d’ailleurs pour l’instant que quatre ou cinq fermes dans le monde qui l’utilisent.

Pourquoi du fumier cubé plutôt qu’en poudre? « C’est une question de densité, explique Maurice Richard. Le fumier séché en poudre pèse 350 kg le mètre cube, contre 700 kg pour le cubé. Celui-ci nécessite donc moins d’espace de stockage, il est moins coûteux à transporter et permet, en fin de compte, de réduire la production de gaz à effet de serre. »

Les 750 tonnes de fumier cubé produites sont, pour la moitié, expédiées par camion à un producteur de pommes de terre du Témiscamingue, à 200 km de Rivière-Héva. L’autre moitié est épandue sur les terres de la ferme à l’aide d’un épandeur à engrais de 20 m de largeur.

Ce riche apport en matière fertilisante diminue sensiblement les achats d’engrais nécessaires aux quelque 400 ha (1000 acres) en cultures de blé, d’orge et de canola de Ferme avicole Paul Richard. « Le fumier de volaille est très recherché, indique Maurice. Il est même demandé pour revitaliser des sols miniers dont on a cessé l’exploitation. »

De l’énergie maison
La production d’agrocarburant est en plein essor à la ferme. Une usine de cubage de paille de blé et d’orge sera installée sous peu dans l’étable qui servait à l’élevage de bovins de boucherie, une activité que la ferme a cessée cette année. L’appareil nécessaire au cubage a récemment été acquis en France. Les granules de paille serviront de combustible pour les deux poêles à très haute température que possède l’entreprise. Un seul est actuellement en fonction, et il carbure pour le moment aux granules de bois. Cette nouvelle source d’énergie, produite à la ferme, permettra de chauffer l’eau, les bâtiments et les planchers. Maurice est un des dépositaires des poêles à granules de marque Maxim. Il envisage même de faire le commerce des granules de paille.

De plus, avec l’extraction d’huile de canola, plante que la ferme a commencé à cultiver en 2008, les producteurs visent une autosuffisance en carburant de l’ordre de 50 %. L’entreprise consomme chaque année 100 000 litres de diesel, notamment pour faire le plein des tracteurs et des camions de livraison. L’extracteur d’huile a aussi été acheté en France. C’est Alexandre qui a donné le coup d’envoi à ce projet. Il a d’ailleurs été récompensé d’un premier prix à l’Expo-sciences pancanadienne organisée par le Conseil de développement du loisir scientifique, où il a présenté cette année son projet « Le canola, plante de l’avenir?». Et puis, pour faire d’une pierre deux coups, le tourteau issu du processus d’extraction sera utilisé dans les rations fabriquées à la ferme. Outre du blé et de l’orge, les rations contiennent de l’avoine, que Maurice se procure chez un voisin, et du maïs produit au Témiscamingue. Le producteur veut, de la sorte, faire passer de 25 à 50 % l’autosuffisance alimentaire de la ferme.

Mais ce n’est pas tout. D’autres projets mijotent. Rôtir la fève soya (par torréfaction), dont Maurice pourrait bientôt commencer la culture, de manière à obtenir une source additionnelle de protéine qui lui assurerait une autonomie accrue en alimentation animale.

L’entrepreneur prévoit également hausser son cheptel de 5000 pondeuses ainsi que moderniser et agrandir un des bâtiments de ponte. Le nouveau lieu de production, équipé d’un plancher chauffant, sera aménagé sur deux étages. Des cages plus spacieuses et dotées de perchoirs amélioreront le confort des oiseaux.

Dans leur plan d’affaires, les producteurs n’écartent pas la production d’énergie éolienne. Ils ont de vastes terres, 730 ha au total, sur lesquelles des éoliennes pourraient être installées. « Ce qui nous freine, c’est le prix de l’électricité, qui n’est pas assez élevé », fait savoir Maurice. En revanche, les boisés de l’entreprise recèlent une importante biomasse, qui pourrait être exploitée. Enfin, des peupliers hybrides sont plantés pour protéger les bandes riveraines de la Petite rivière Héva, qui sillonne le long de leurs terres.

Et à travers tout cela, l’entreprise veut décrocher l’or, la médaille d’or de l’Ordre national du mérite agricole. Après la médaille de bronze en 1989 et celle d’argent en 1994. Dans un territoire que l’on nomme « la Vallée de l’Or », voilà qui viendrait couronner des années de travail et ouvrir la voie à un développement durable et porteur d’avenir.

La Ferme avicole Paul Richard

La Ferme avicole Paul Richard compte deux emplacements d’élevage qui abritent au total 70 000 pondeuses. Elle emploie 15 personnes à temps plein et produit quotidiennement 5000 douzaines d’œufs (2500 caisses de 180 œufs par semaine ou 62 000 œufs par jour). Ces œufs sont commercialisés par trois principaux canaux : le grossiste Ben Deshaies, Super C et Sobey’s. La Ferme avicole Paul Richard possède ses propres installations de mirage et de classification.

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