Entretiens
Sophie Bédard, la comète blonde. Photos Patrick Dupuis
Jean-Philippe Côté, producteur laitier et nouveau propriétaire de la Ferme LJC Côté inc., une entreprise laitière située à Magog, entrevoit l’avenir comme un défi intéressant et passionnant à relever. En cette période préoccupante de l’agriculture, ces propos sont doux à entendre.

Il faut dire que ce producteur, âgé de 25 ans, est bien outillé : diplômé en GEEA (Gestion et exploitation d’entreprise agricole), il a quelque deux ans d’expérience de travail comme expert-conseil à La Coop Pré-Vert. Son objectif est de se hisser au rang des 15 à 20 % des entreprises laitières les plus performantes au Québec.

Bonne gestion, contrôle des coûts, efficacité, performance, Jean-Philippe fait de tous ces éléments son point de mire. Sa philosophie : « Au lieu de réduire les dépenses, je préfère faire augmenter les revenus tout en maîtrisant bien les coûts. » Pour lui, les décisions d’affaires doivent être prises en fonction du bien de l’entreprise. « Elle est là pour te faire vivre, mais il faut aussi la faire vivre », soutient-il.

Jean-Philippe évolue dans un contexte qui lui est bénéfique. Il a eu la chance, comme expert-conseil, de visiter de nombreuses fermes et de noter les pratiques les plus efficaces. Sa fonction de vice-président de La Coop des Cantons lui procure une expérience de la conduite d’une entreprise qu’il peut facilement transposer à la ferme. De plus, ses parents, Christian Côté et Lucie Pomerleau, sont derrière lui et le soutiennent avec enthousiasme.

Le seul fils de la famille Côté est fier d’avoir acquis l’entreprise car, jusqu’en 2008, il n’était pas sûr d’en devenir propriétaire un jour. Depuis mars 2006, il était employé à la ferme appartenant alors à son père et à son oncle. Or, les visions de Jean-Philippe et celles de son oncle étaient bien différentes… Après plusieurs discussions, l’oncle, qui n’avait pas de relève, a décidé de quitter la ferme familiale. Cet épisode a été difficile pour toute la famille et particulièrement pour le père, Christian, car « la famille, c’est sacré ». Jean-Philippe a acquis 75 % de l’entreprise d’un seul coup.

Le jeune affirme, avec tout le sérieux du monde, que comparativement à son père, il est moins travailleur. « Mais je sais compter et voir l’efficacité. J’estime que le calcul vaut le travail. » Peu de temps après son arrivée, il a fait installer un robot de traite, car « ça offre plus de latitude », a-t-il dit, en faisant allusion aux heures de traite, qui peuvent être légèrement différées si une activité de la journée dure plus longtemps que prévu. En six ans, la moyenne du troupeau est passée de 6500 à 10 500 kg!

Pour Christian, l’intégration de son fils dans l’entreprise n’a pas été difficile outre mesure. Bien sûr, ils ne sont pas toujours d’accord, mais le père sait mettre de l’eau dans son vin. « Jean-Philippe a souvent des visions différentes des miennes, mais pourquoi freiner un jeune qui sort de l’école avec des connaissances à la fine pointe et plein de projets en tête, en lui demandant d’attendre dix ans pour les mettre en pratique? C’est comme s’acheter un tracteur très performant et ne pas l’utiliser à 100 % de sa capacité. Ça ne sert à rien. Je l’ai donc laissé expérimenter et je ne le regrette pas. »

Dans l’ordre habituel : Lucie Pomerleau et Christian Côté; leur fils, Jean-Philippe et sa compagne, Julie Richer.

La Ferme LJC Côté, maintenant dirigée par la troisième génération, possède un troupeau de 120 têtes, réparti comme suit : 52 vaches, dont 45 sont en lactation, ainsi que 68 sujets de remplacement. Au moment de l’entrevue, Sabrina, la deuxième fille de Julie – la compagne de Jean-Philippe –, âgée de 10 ans et membre de l’Association des jeunes ruraux de Barnston, se préparait à participer à sa première exposition avec la génisse Malaco Dolman Hélianna.

Jean-Philippe et Julie Richer
Pour Jean-Philippe, les décisions d’affaires doivent être prises en fonction du bien de l’entreprise : « Elle est là pour te faire vivre, mais il faut aussi la faire vivre. » Sa compagne, Julie Richer, travaille à La Coop des Cantons : « Je veux bien aider à la ferme, mais je compte garder mon emploi », commente la jeune mère de trois enfants, nés d’une autre relation.

Un peu plus de 100 hectares sont en culture – soya, maïs ensilage et fourrage –, tandis que 120 autres sont en boisé, où sont exploitées 4000 entailles. Le boisé, c’est l’affaire de Christian : « C’est en quelque sorte mon projet de retraite. Lorsque Jean-Philippe n’aura plus besoin de moi, c’est là que j’irai passer mon temps. »

La quantité moyenne de lait produite annuellement est de 10 543 kg par vache, contenant 4,23 % de gras et 3,26 % de protéine, pour une MCR de 230-249-233. Le choix des taureaux de reproduction se fait sur la base d’une bonne conformation, pour produire le plus de lait possible.

La dynamique est bonne dans la famille Côté. On sent que tous ses membres s’aiment bien et se respectent, car ils rient, se taquinent et sont chaleureux les uns envers les autres. On sent la même affection lorsqu’ils parlent des deux sœurs de Jean-Philippe, qui n’étaient pas présentes à l’entrevue. Amélie, âgée de 28 ans, est comptable agréée, et Christelle, 25 ans, terminera sa formation d’ingénieure civile en décembre prochain. Même Gérald Boivin, l’expert-conseil La Coop, a l’air de faire partie de la famille. D’ailleurs, c’est lors de la fête pour souligner ses 40 ans que la relation entre Jean-Philippe et Julie a débuté. Un tel environnement aide à voir l’avenir de l’agriculture comme un défi passionnant à relever.

Gérald Bovin

Par Gérald Boivin, T.P.
Expert-conseil
La Coop des Cantons

L’alimentation
du troupeau

Vaches en lactation
Moulée Robocoop 2
Moulée Robocoop HP
Minéral VIP
Fortifiant 6-2
Ensilage de foin et de maïs
Foin sec de mil

Vaches taries
Pro-Bloc 305
Foin sec

Vaches en transition
Transilac 17 %
Ensilage de foin et de maïs
Foin sec de mil

Veaux 0-6 mois
Goliath 19 %

Génisses et taures
Goliath 40
Ensilage de maïs
Foin mélangé
Goliath Expo
(génisses d’exposition)


Aide à l’établissement obtenue par Jean-Philippe Côté

À l’acquisition de l’entreprise, en mai 2008, Jean-Philippe a pu bénéficier d’une subvention à l’établissement de La Financière agricole. Cette subvention varie de 20 000 à 40 000 $, selon la formation. Jean-Philippe a reçu le maximum, étant donné qu’il est diplômé en GEEA. Cette somme a servi à acquérir du quota. Pour information, consulter le site Web du MAPAQ à www.mapaq.gouv.qc.ca.

Il a aussi bénéficié du prêt de quota de 5 kg par jour offert par la Fédération des producteurs de lait du Québec. Un prêt remboursable à partir de la sixième année seulement, et à raison de 1 kg par jour par année. Le programme comporte quelques critères d’admissibilité, dont être âgé de 18 à 35 ans, posséder au minimum un diplôme d’études professionnelles en production laitière ou dans une autre spécialité agricole, ou à défaut posséder au moins deux ans d’expérience pratique en production laitière.

Jean-Philippe a aussi été sélectionné comme candidat à l’édition 2010 du Fonds coopératif d’aide à la relève. Ce programme du réseau La Coop et du Mouvement Desjardins permet à un jeune de bénéficier d’une aide pouvant atteindre près de 30 000 $ sur trois ans s’il est admissible aux sept volets : soutien financier, soutien professionnel, produits pétroliers Sonic, environnement, développement des compétences, aide à l’établissement Desjardins et mentorat Desjardins. Pour information, voir l’article du Coopérateur dans le numéro de septembre 2008 ou sur le Web, à l’adresse : www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2008/09/p18.asp

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