Entretiens
Marc de gratitude, Texte et photos de Patrick Dupuis, agr.
« Au conseil d’administration d’une coopérative, on travaille pour la communauté, pour le groupe, affirme Marc Quesnel, qui a joint celui de La Coop fédérée en février 2009. On prend des décisions dans l’intérêt des membres qu’on représente. Pour que tout le monde avance en même temps. »

Natif de Moose Creek, en Ontario, cet administrateur de 46 ans est également vice-président d’AgriEst, une coopérative du réseau La Coop. Il occupe ce poste depuis mars 2010, après avoir passé neuf ans à la présidence. AgriEst est née de la fusion de trois coopératives de l’Est ontarien, dont celle de Saint-Albert, où il a siégé de 1995 à 1999.

Souligner les bons coups de ceux qui l’entourent, Marc Quesnel en fait une habitude. Il n’hésite pas à téléphoner aux membres de l’équipe technique de sa coopérative pour leur témoigner sa reconnaissance quand les affaires se portent bien. Mais il sait également exprimer avec tact ce qui ne va pas. Il a cette capacité de dire les choses telles qu’elles sont, sans blesser. Marc est vu comme un rassembleur qui sait motiver ses troupes. Un homme brillant, d’une grande lucidité, qui apporte des solutions toutes simples à des problèmes complexes.

Mais jamais il ne s’ingère dans les affaires de ses collègues à la direction des coopératives. « C’est leur bijou, la coop, je respecte leurs décisions, dit-il. La pire chose que l’on puisse faire à un directeur général, c’est de prendre les décisions à sa place. » Marc prête une oreille attentive et opte pour la collaboration, la confiance, l’entraide, le conseil.

« Marc est un leader et un gagnant. C’est un être respectueux, très généreux, qui a le cœur sur la main. Ç’a été un plaisir de travailler avec lui. Il me manque beaucoup », confie Éric Dagenais, qui a été directeur général d’AgriEst de 2001 à 2008.

Trois de ses cinq enfants prennent graduel­lement la relève. Les 140 vaches en lactation et 200 hectares en culture demandent une gestion serrée. Pascal, 25 ans, Valérie, 24 ans, et Joël, 18 ans, se font la main. Marc leur donne de la corde. « Lors des premiers conseils auxquels j’assistais, à Montréal, mon téléphone portable sonnait quatre fois par jour, dit-il. Les enfants m’appelaient avant de prendre une décision. Depuis, ils ont pris beaucoup d’assurance. C’est maintenant moi qui les appelle pour prendre des nouvelles. » Ses deux autres enfants n’ont pas choisi l’agriculture comme carrière. Carine, 20 ans, étudie en gestion à l’Université d’Ottawa, et Francis, 22 ans, est sur le marché du travail.

David Gasser
Aider les gens autour d’eux, établir leur relève, relever les défis qui se présentent et ne pas baisser les bras devant les difficultés, voilà le credo de Marc et Ginette, qui se dévouent à de nombreuses causes sociales.

Avec l’expérience, Marc et Ginette, son épouse, apprennent que gérer ne peut se faire de manière mécanique : ils doivent faire preuve d’émotion, de sensibilité. Il y a deux ans, les enfants en étaient venus à voir leur père comme un simple patron. La communication ne passait plus. Les sorties familiales étaient à peu près inexistantes en raison des lourdes tâches, qui ne laissaient que peu de temps libre. « Quand on est vu comme le boss au lieu du père, c’est ordinaire, dit Marc. Il fallait changer ça. Ginette et moi, on s’est mis à faire le déjeuner pour tous. Tous les matins. Avant, chacun s’arrangeait à sa façon. Depuis, quand les enfants viennent manger, ils viennent chez papa et maman. On prend le temps de parler. On planifie la journée. Ça a rééquilibré les choses et enlevé beaucoup de pression. »

Marc veut inculquer à ses enfants le souci de bien gérer l’argent. De dépenser judicieusement. De prévoir comment les projets se rentabiliseront et d’évaluer l’efficacité qu’ils permettront d’atteindre. « En Ontario, les producteurs sont moins endettés qu’au Québec, dit-il. Et aux États-Unis, ils le sont moins qu’en Ontario. Selon moi, au Québec, le soutien de l’État a favorisé l’endettement. On met trop d’argent dans les machines pour ce qu’elles nous rapportent. On ne se place pas en position concurrentielle. »

D’agréable compagnie, affable, Marc valorise l’amitié, et les relations qu’il tisse sont solides. Il entretient de bons rapports avec ses voisins, dont un jeune producteur avec lequel il partage de l’équipement et qu’il se plaît à parrainer. « On discute, on échange des idées, dit-il. Je veux que ça marche, son affaire, qu’on avance et qu’on grossisse ensemble. À deux, on économise. C’est une situation gagnant-gagnant. »

« Marc est un administrateur au jugement solide, respecté par ses pairs; il apporte une dimension canadienne très précieuse à l’entreprise, qui exploite des établissements en Ontario et dans les Maritimes », souligne Claude Lafleur, chef de la direction de La Coop fédérée.

Globe-trotters, Marc et Ginette ont visité des fermes au Canada, au Brésil, en Argentine et partout aux États-Unis où se concentrent de grands bassins laitiers : Wisconsin, Floride, Californie. Marc est d’avis que l’on ne doit pas copier, mais s’inspirer des modèles d’efficacité des grandes entreprises laitières et céréalières que l’on trouve dans ces régions du globe. « Nos revenus garantis relativement élevés nous confortent dans une certaine structure et une dimension d’entreprise qui gagneraient à être changées, croit l’administrateur. L’efficacité est le premier élément auquel il faut s’attaquer. Ensuite, on peut grossir pour réaliser des économies d’échelle et baisser nos coûts de production. Ce n’est que comme ça qu’on pourra se mesurer aux producteurs d’autres pays. » Même son de cloche quant à sa vision de l’entreprise coopérative, dont il estime qu’elle doit aussi rationaliser et rentabiliser ses activités. Il précise que la petite entreprise agricole, ici comme ailleurs, si elle est efficace, peut bien tirer son épingle du jeu.

La croissance le stimule, pourvu qu’elle soit réfléchie. « Il analyse beaucoup et n’agit jamais de façon prématurée, dit Patrick Therrien, directeur général des coopératives AgriEst et Agrodor. Il a une vision à long terme. Il planifie 10 ans à l’avance les moves qu’il fera dans sa ferme. »

En 2007, Marc bâtit l’étable de ses rêves. Une construction conçue pour être agrandie ou modernisée au besoin. Il mise sur le confort, élément clé de la productivité. Marc dessine lui-même pas moins de 35 plans de bâtiments avant d’arrêter son choix. Ses plans seront à ce point détaillés et précis que l’entrepreneur mandaté pour mener le projet à terme les copiera presque intégralement. La production quotidienne moyenne est passée de 26 à 34 kilos par vache dans la nouvelle bâtisse.

Avant que Marc construise ce bâtiment, Ginette a dû lui donner son consentement. « J’apporte les idées, elle les finance, dit-il. Si je ne la convaincs pas, c’est que le projet n’est pas bon ou pas assez peaufiné. » Dotée d’un solide sens des affaires, Ginette est vice-présidente de la fromagerie coopérative de Saint-Albert, en Ontario, fondée en 1894. Elle est la première femme à y siéger.

« Une efficacité accrue se gagne aussi en adoptant de nouvelles technologies », dit Marc. Son père, Lucien, est un avant-gardiste. En 1969, il bâtit la première étable à stabulation libre de la région. Dotée d’une salle de traite, elle pouvait accueillir 97 vaches. Il adopte aussi la litière de sable, encore une première. Comme lui, Marc est avide d’information. Il lit de nombreux périodiques agricoles et scientifiques. Il est un fan de la chaîne Discovery. Parfaitement bilingue, il suit des formations en Ontario, par l’entremise de l’association Progressive Dairy Farmers, et aux États-Unis, car il est aussi membre de l’association Wisconsin Dairy Producers.

Marc abandonne l’école à 16 ans pour travailler à temps plein à la ferme. L’enthousiasme et la détermination de Lucien lui coulent dans les veines. Mais à 20 ans, il quitte l’entreprise familiale, question de changer d’horizon et de mettre derrière lui des différends avec son père. On l’embauche comme gardien de sécurité. Six mois suffisent pour qu’il se rende compte que l’herbe chez le voisin n’est pas aussi verte qu’il le croyait et qu’il avait à faire son propre examen de conscience. C’est le retour au bercail, où règne à nouveau l’harmonie. Marc met toute son énergie à développer la ferme, qu’il achètera avec Ginette en 1997. Alors libre de dettes, l’entreprise plongera profondément sous le seuil de la rentabilité. « Je me suis endetté pour payer mon père, de sorte qu’il puisse vivre décemment », explique-t-il. Mais la ferme a tout de même de bonnes assises financières. Il parvient rapidement à reprendre le dessus.

« Pour atteindre 150 vaches, il faut être bon travailleur, mais pour parvenir à 200 vaches, il faut changer de métier et devenir gestionnaire, dit-il. Il y a des journées où je ne travaille pas physiquement, mais je travaille toujours mentalement. Je conseille quatre personnes : les enfants et notre employé. Il y a de la frustration à ne pas mettre la main à la pâte. Mais si je le fais, l’entreprise va en souffrir. »

L’administrateur fait partie d’un groupement de gestion de sa région. Il compare ses chiffres et méthodes de travail avec ceux d’une soixantaine de producteurs laitiers. Son objectif : figurer parmi le top 5 du groupe en matière d’efficacité et de rentabilité. Marc travaille plus étroitement avec trois d’entre eux dans un modèle appelé quatre-quatre. « On fonctionne à livre ouvert, dit-il. Production, finances, machinerie, travail avec les enfants, tout y passe. C’est intéressant de voir qui fait mieux que l’autre, dans quels domaines, et surtout, comment. On a tous des choses à apprendre et à faire partager. En plus, c’est amical. Les enfants des quatre fermes se rencontrent. Ils parlent affaires et des amitiés se forment. »

Aider les gens autour d’eux, établir leur relève, relever les défis qui se présentent et ne pas baisser les bras devant les difficultés, voilà le credo de Marc et Ginette, qui se dévouent à de nombreuses causes sociales. Une marque de gratitude envers leur milieu, qu’ils aiment plus que tout et qu’ils souhaitent voir grandir et s’épanouir en force.

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