Entretiens
Coopération à la sauce épicée de Girardville, Texte et photos d'Étienne Gosselin, agr.
À Girardville, à quelques lieues de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, la nature s’offre et s’étale généreusement. Bonne raison pour la mettre en pot!
Jérome Simard
Jérome Simard , directeur général de la Coopérative forestière de Girardville. « La coopération n’est rien d’autre qu’une forme d’entrepreneuriat collectif. ».

Notre forêt boréale québécoise – qui recouvre d’est en ouest plus du tiers de la superficie du Québec – est riche, et pas seulement de son « bois debout » et de sa pâte à papier. Depuis quelques années, la Coopérative forestière de Girardville fait découvrir les trésors de notre forêt boréale (champignons forestiers, petits fruits sauvages et, maintenant, plantes indigènes comestibles) en les commercialisant sous la marque « d’Origina ». Le but : permettre aux gastronomes d’assaisonner leurs plats d’une façon toute québécoise, boréale, originale.

D’une crise à une autre
Rendez-vous en plein bois avec le jovial Jérôme Simard, directeur général de la coopérative depuis 2006, un homme qui a l’entrepreneuriat au cœur. Diplômé en génie forestier, il a d’abord travaillé comme consultant en sylviculture, avant de rejoindre les rangs de la Coopérative forestière de Girardville, en 2003. « La coopération n’est rien d’autre qu’une forme d’entrepreneuriat collectif », expose-t-il.

Cette coopérative forestière, l’une des plus vieilles du genre au Québec, est née en 1979 d’une crise dans le secteur de la forêt. Mis à pied, les travailleurs se regroupent et forment une coop de travaux sylvicoles, à laquelle ils adjoignent une unité de transformation d’aiguilles d’épinette en huile essentielle, véritable innovation pour l’époque. Années 2000, nouvelle crise forestière, même obligation de diversification. « Nos membres et travailleurs ont accepté de diversifier les activités de leur coopérative, mais dans un secteur que nous connaissions bien : la forêt », dit Jérôme Simard.

La coopérative poursuit donc dans le sillon de l’innovation avec l’exploitation des plantes sauvages et indigènes comestibles qui présentent de hauts potentiels culinaires. Jérôme Simard : « Quand Jacques Cartier est arrivé en Amérique du Nord en cherchant la route des épices, il aurait dû mieux chercher, parce qu’il y était! Notre forêt recèle de véritables petits trésors. »

Posant dans le séchoir de la coopé­rative, quelques personnes de l’équipe d’Origina : Éric Chiasson, responsable des ventes, marketing et distribution; Maxime Gilbert, opérateur d’usine; Fabien Girard, chargé de projet; Jérôme Simard, directeur général; Enrico Lavoie, surintendant à l’approvisionnement et à l’exploitation d’usine; et Cindy V
Posant dans le séchoir de la coopé­rative, quelques personnes de l’équipe d’Origina : Éric Chiasson, responsable des ventes, marketing et distribution; Maxime Gilbert, opérateur d’usine; Fabien Girard, chargé de projet; Jérôme Simard, directeur général; Enrico Lavoie, surintendant à l’approvisionnement et à l’exploitation d’usine; et Cindy Vaillancourt, directrice de la R-D.

Poivre des dunes, Poudre de thé des bois, Graine de myrica, Délicatesse de gadelle sauvage, Épice de thé du Labrador… Actuellement, 23 produits sont récoltés de la baie des Chaleurs à l’Abitibi-Témiscamingue, en passant bien sûr par le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Tout cela se fait en collaboration avec une dizaine de coopératives forestières sur la quarantaine que compte le Québec, ce qui permet un approvisionnement plus constant. « Comme forestiers, nous avions l’habitude de nous promener en forêt en regardant en l’air pour évaluer le bois, commente Jérôme Simard. Nous sommes maintenant plus attentifs à ce qui pousse à nos pieds. »

La coopérative embauche aujourd’hui plus de 400 personnes. Sur ce nombre, entre 12 et 15 sont affectées à d’Origina, dont l’image de marque et le marketing physique et Web sont accrocheurs, contemporains et léchés.

La forêt comme terrain de jeux
À d’Origina, la prospection et la cueillette sont hautement spécialisées et font appel aux méthodes de la géomatique. Outre une excellente traçabilité des produits, le géoréférencement par GPS permet d’assurer la régénération des plantes et de prévenir l’épuisement des ressources qui pourrait découler d’une visite trop fréquente des lieux de cueillette. Enfin, toutes les plantes sont transportées vers l’usine de séchage dans une remorque réfrigérée, question de préserver les propriétés aromatiques des végétaux.

Notre forêt boréale

Notre forêt boréale recouvre d’est en ouest plus du tiers de la superficie du Québec. Elle est riche de ressources insoupçonnées.

C’est le biologiste Fabien Girard qui, embauché en 2000, a entrepris en 2002 un inventaire de la flore ayant un potentiel gastronomique. Prospection, tests gustatifs, analyses biochimiques, rédaction de fiches descriptives détaillant chaque plante, où la trouver, comment et quand la cueillir, voilà ce qui occupe cet amant de la flore boréale. « Encore aujourd’hui, Fabien nous arrive presque tous les jours avec de nouvelles plantes, rigole le directeur général de la coopérative. Mais de là à la commercialisation d’un nouveau produit, il y a plusieurs aspects à vérifier, comme l’état de la ressource, la productivité de ces espèces, la proximité des lieux de cueillette, leur goût et les utilisations possibles dans l’assiette. La rentabilité économique n’est jamais certaine, surtout si on ne cueille que quelques kilos du produit. »

Girardville, grappe coopérative Girardville coopère! Non seulement le village de 1147 habitants compte sa coop de travailleurs forestiers, mais il comprend aussi une importante coopérative qui exploite le complexe de serres et la pépinière, où sont cultivés les plants d’arbres nécessaires au reboisement. Et lors du passage du Coopérateur, des jeunes de la Coopérative jeunesse de services de Girardville s’affairaient à laver et à faire briller les véhicules de la coop forestière!

Pourquoi ne pas cultiver certaines plantes plutôt que de se transporter toujours loin dans les bois? « Nous envisageons pour certaines plantes, par exemple la monarde bergamote, de les cultiver de manière extensive, afin de diminuer nos coûts de production. »

Après le terroir agricole, c’est donc tout le terroir forestier que cette coopérative veut révéler au grand jour. « Nous avons un avantage et un inconvénient avec nos produits, explique l’ingénieur Simard. D’une part, ils sont uniques, parce qu’ils poussent seulement ici. D’autre part, il nous faut les faire connaître, parce que même les Québécois ne soupçonnent même pas leur existence! » 

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