Entretiens
Lait et Champagne, un cocktail gagnant, texte et photos par Patrick Dupuis, agr.

Les propriétaires de la Ferme Champagne et Frères ont concocté un savant mélange d’ingrédients pour lui assurer un avenir prospère.

Notre objectif premier est de positionner l’entreprise afin qu’elle soit transférable, c’est-à-dire qu’elle puisse procurer un revenu suffisant à notre relève pour que celle-ci ait la capacité de racheter nos parts, dit Fred Martineau, un des cinq actionnaires de la Ferme Champagne et Frères. Pour cela, on vise à maximiser la capacité de production de notre vieille étable, pour y loger à terme 240 vaches en lactation, ce qui pourra représenter environ 300 kilos par jour de quota, selon le niveau de productivité. »

« La valeur de la ferme a peu d’importance, poursuit-il. L’important, pour atteindre notre objectif, c’est de maximiser le revenu par vache. »

Cette entreprise de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, qui compte actuellement 200 vaches en lactation, 247 kilos de quota et 365 hectares en culture, est la propriété des frères Steve, Éric et Vincent Champagne ainsi que de leurs cousins Fred et Jean-Pierre Martineau.

Steve, 38 ans, et Fred, 39 ans, s’occupent du troupeau. Éric, 41 ans, et Jean-Pierre, 48 ans, ont la responsabilité des champs et de la machinerie. Quant à Vincent, 31 ans, il touche un peu à tout, plus particulièrement à la préparation de la RTM.

C’était le souhait de Michel Champagne – père de Steve, Éric et Vincent – et de deux de ses frères, Viateur et Boniface, de voir leurs descendants prendre graduellement les choses en main. « Ça prend des jeunes pour avoir des visions à long terme et développer, sinon on se stabilise et on laisse aller », dit Michel, 63 ans, qui a commencé sa carrière de producteur agricole à 14 ans. « Il faut les aider, les former et considérer leurs idées. »

David Gasser
Les bâtiments de la ferme, dont les premiers ont été construits en 1968.
Aliments du troupeau
À l’arrière, une étable ancienne encore utilisée pour l’élevage des taures.

Michel, Viateur et Boniface avaient fait preuve d’avant-gardisme en 1968, année où, sous l’impulsion de Viateur, ils regroupaient en un seul bloc leurs trois fermes laitières. Une plus vaste entreprise leur appartenant en parts égales voyait alors le jour. Elle comprenait une étable à stabulation libre (rare à l’époque) pouvant accueillir une centaine de vaches en lactation. Viateur s’était inspiré de bâtiments semblables construits en Ontario, où l’on avait une longueur d’avance en matière de stabulation libre.

Les trois actionnaires débuteront alors avec 82 vaches. Ils atteindront rapidement la capacité maximale du bâtiment, ce qui ne suffisait pas aux visées d’avancement des trois frères. Dès 1972, ils construisent un deuxième bâtiment, de 120 places, muni d’une fosse située sous le plancher latté.

Cinq ans plus tard, ils aménagent un parc à bouvillons avec l’idée que s’ils décident un jour de traire davantage de vaches, ils pourront se départir des bouvillons pour y loger des taures. Décédé en 1976, Viateur ne verra pas tout le progrès que ses idées novatrices auront entraîné.

Michel et Boniface constituent la ferme en société en 1984. « Cette structure administrative la rendait plus maniable et allait faciliter l’entrée de la relève », explique Michel. En 1991, ils invitent Jean-Pierre et Éric à devenir actionnaires. Boniface se retire en 1998, mais demeure actif dans la ferme depuis. Steve prend sa place. Au cours de la même année, le bâtiment est allongé pour y aménager 20 logettes supplémentaires. On installe également une raclette, une préfosse ainsi qu’une nouvelle fosse extérieure.

« Quand Michel s’est retiré, en 2002, pour faire place à Fred et à Vincent, on a compté ce que ça nous prendrait pour vivre et développer l’entreprise, indique Steve. Le quota était alors de 117 kilos. » Les cinq successeurs se rendent compte qu’ils doivent investir et accroître la production pour que l’entreprise soit viable dans 20 ans et qu’elle puisse accueillir leur propre relève, tout en leur permettant à eux de prendre leur retraite. On donne un grand coup dès l’année suivante. Les propriétaires mettent la main sur 50 vaches, provenant d’un troupeau de Guelph, en Ontario, et sur autant de kilos de quota.

On met alors en branle ce qui avait déjà été pensé en 1977. On cesse la production de bouvillons d’engraissement pour faire place aux vaches. Concours de circonstances, le quota se négocie à plus bas prix que ce qu’ils avaient budgété. L’économie réalisée leur permet d’agrandir la laiterie et d’acquérir un réservoir à lait d’une plus grande capacité.

Le bâtiment original, construit en 1968, est élargi en 2007 pour pouvoir loger les vaches taries dans une nouvelle section d’une capacité de 64 places. Cet aménagement permet d’avoir 40 vaches de plus en lactation, ce qui porte la capacité à 240. On achète par la même occasion 40 kilos de quota.

Fred Martineau et Steve Champagne

Fred Martineau et Steve Champagne. « En 2009, on a manqué de fourrages, et on n’a donc pas acheté de quota comme c’était prévu, fait savoir Fred. Puisque la production par vache est à la hausse, on a vendu de bonnes vaches pour le lait et on en a également profité pour éliminer certains sujets du troupeau. »

Toutes les décisions qui concernent la gestion de l’entreprise se prennent à cinq. Chacun apporte ses suggestions et on met l’accent sur les priorités. « Nous sommes financièrement serrés et c’est voulu, explique Fred. On investit, mais on veut se débarrasser au plus vite de nos dettes. »

L’entreprise restreint volontairement ses achats de machinerie depuis quelques années et se contente de l’essentiel. Du côté des bâtiments, on ne fait pas non plus dans l’extravagance. « Oui, on a pensé à construire une nouvelle étable pour avoir sous un même toit toutes les vaches, dit Fred. Mais est-ce que ça valait vraiment la peine d’injecter deux ou trois millions de dollars et de s’endetter à nouveau, même si l’entreprise, avec des revenus bruts de deux millions de dollars, a les moyens de le faire? » Poser la question, c’est y répondre.

Les actionnaires choisissent plutôt de mettre leur argent là où ça compte vraiment : troupeau, quota, alimentation de qualité, et ils optent pour la modernisation des bâtiments existants, de manière à ce qu’ils soient plus fonctionnels. À ce titre, les sections réservées aux vaches ont d’abord été modifiées : augmentation de la luminosité, allongement des stalles par le déplacement des murs leur faisant face pour offrir plus d’espace et de confort, pose de matelas, changement des logettes.

les fourrages et la moulée complète non cubée
Les principaux aliments, soit les fourrages et la moulée complète non cubée, sont stockés dans des silos de type bunker.
nouveaux silos en construction
Au moment de l’entrevue, de nouveaux silos étaient en construction.
Le salon de traite
Le salon de traite permet de traire 16 vaches d’un coup. Puisqu’ils commencent leur journée avant 4 h du matin, Fred et Steve ont embauché une personne pour effectuer la traite du soir. « Ça permet d’avoir une vie familiale plus équilibrée », dit Fred.

Résultat : les vaches passent plus d’heures par jour couchées dans les stalles à se reposer, et la production, tout comme la classification, s’est nettement améliorée. Avant, Steve passait la moitié du temps qu’il consacre à l’entretien des pattes des vaches à prodiguer des soins curatifs. Il n’offre maintenant que des soins préventifs. La production moyenne quotidienne est passée en peu de temps de 26 kilos à près de 33 kilos de lait par vache (une hausse de 27 %), avec un intervalle de 385 jours entre les vêlages. Une amélioration à ce point importante que les producteurs ont dû vendre des vaches au lieu d’en acheter, comme ils le faisaient auparavant pour compenser le taux de réforme plus élevé causé par les blessures et problèmes de pattes. Enfin, le niveau de conversion alimentaire se chiffre à environ 1,5 kilo de lait par kilo de matière sèche ingérée. Du côté de la reproduction, en plus d’une bonne capacité et d’un bon pis, on mise particulièrement sur la qualité des membres, du fait que les vaches doivent se déplacer pour aller manger et se faire traire. L’entreprise nourrit les vaches en lactation à l’aide d’une moulée complète non cubée incluse dans la RTM depuis janvier 2009. « Pour nous, c’est moins cher et beaucoup plus aisé à manipuler et à servir que des ingrédients simples », indique Fred Martineau, qui admet qu’il n’est pas coutume pour un gros troupeau de recourir à ce mode d’alimentation.

« Pour certains, cela peut même sembler un retour en arrière, mais il n’en est rien, ajoute Normand Roy, expert-conseil à La Coop Seigneurie. Les mauvaises récoltes de maïs-grain de 2008 et 2009 ont beaucoup fait monter les prix. La moulée complète non cubée était alors plus avantageuse. En effet, il n’était pas nécessaire de la cuber, puisqu’elle est mélangée au reste de la ration, ce qui permet d’économiser sept dollars la tonne. Enfin, puisqu’elle est entreposée dans une cellule (bunker) plutôt que soufflée dans un silo, il n’y a pas de risques de modifier l’homogénéité du mélange. »

D’ici les prochaines années, les cinq propriétaires, qui se partagent également les actions de l’entreprise, prendront le temps d’absorber les multiples investissements réalisés au fil des ans, tout particulièrement depuis 2002. « En réalité, le but serait d’accumuler suffisamment de liquidités pour payer comptant le quota qu’il nous manque pour traire 240 vaches », fait savoir Fred.

« Je souhaite d’ailleurs que la gestion de l’offre perdure au Canada et que notre système inspire d’autres pays dans le monde », poursuit celui qui a été expert-conseil à La Coop Covilac pendant trois ans, puis conseiller à Financement agricole Canada pendant cinq ans, avant de se joindre à l’entreprise familiale. « S’il fallait qu’un jour je sois obligé d’avoir des subventions ou des paiements directs, comme d’autres producteurs laitiers ailleurs sur le globe, je crois que je chercherais un autre métier. »

Quand leurs prédécesseurs se sont retirés, il a été convenu que les cinq actionnaires allaient leur payer une rente mensuelle pour l’achat graduel de leurs actions, plutôt que de leur verser d’un coup une somme globale au prorata de celles-ci, ce qui aurait nécessité, de la part des successeurs, de contracter un autre emprunt. Grâce à cette structure d’entreprise flexible, ils sont moins endettés et seront en mesure de saisir les bonnes occasions d’affaires lorsqu’elles se présenteront. Achats de terres ou de quota, par exemple, pour assurer la croissance.

Un des fils de Jean-Pierre, Jérémy, 19 ans, et un des fils d’Éric, Mathieu, 16 ans, veulent suivre les traces de leurs parents et envisagent déjà de poursuivre le développement de la ferme, à leur manière…

veaux

Pour élever de bons sujets laitiers, il faut commencer par les veaux. En raison de l’espace restreint au rez-de-chaussée, on les transfère dès la naissance à l’étage de l’étable, à l’aide d’un ascenseur, dans une salle qui leur est réservée. Cela permet de faire un meilleur suivi de leur croissance. Ils passent alors six jours dans des parcs individuels. Par la suite, ils sont rassemblés dans un enclos doté d’un plancher chauffé, où ils resteront jusqu’à l’âge d’environ 60 jours. Ils se nourriront entre autres d’un « lactoremplaceur », distribué par une « louve ». Puis, on les rassemble dans une étable à logettes. Les logettes les habituent à l’environnement dans lequel ils commenceront leur vie de vaches laitières. La Ferme Champagne et Frères est une ferme collaboratrice de La Coop fédérée. Des essais d’alimentation avec « lactoremplaceur » y sont actuellement réalisés.

L’alimentation du troupeau

Par Normand Roy, T.P.
Directeur laitier et végétal,
La Coop Seigneurie

Ferme Champagne et Frères

RTM Groupe 1
Ensilages de maïs (2/3)
et de foin (1/3)
Moulée 22 % (MASH)
Simplex 51
Foin sec

RTM Groupe 2
Ensilages de maïs (2/3)
et de foin (1/3)
Moulée 22 % (MASH)
Simplex 51
Foin sec

RTM Transition
(3 semaines avant et après le vêlage)
Ensilages de maïs et de foin
Moulée 22 % (MASH)
Simplex 51
Foin sec

 

Minéral
Complément Transition personnalisé
Foin sec à volonté

RTM Tarie
RTM taure
Foin sec en balles rondes
Pro-Bloc 305 pour
vache tarie

Sujets de remplacement

0 à 2 mois
Lactoremplaceur Bovo XLR
Foin sec
Moulée 21 % cube

2 à 6 mois
Moulée 20 %
Foin sec

6 à 24 mois
RTM composée de :
• Ensilages de maïs et de foin
• Simplex 51
• Minéral
Foin sec en balles rondes

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