Entretiens
Alimentation à la dérobée en cage de mise bas : oui ou non ?, par Marquis Roy

Les recherches récentes démontrent qu’il y a avantage à distribuer un aliment complémentaire aux porcelets pendant la lactation. Voyons quelles sont les connaissances actuelles sur cette pratique.
Marquis Roy
Marquis Roy

L'aliment distribué à la dérobée aux porcelets en cage de mise bas est un apport complémentaire au lait de la truie. Le lait ne suffit plus à combler les besoins de la portée dès la deuxième semaine de lactation (le lait maternel assure la survie des espèces et non les performances maximales). La distribution d’un aliment aux porcelets pendant cette période permet d’augmenter le poids au sevrage. Il assure aussi une meilleure préparation au sevrage, où se fait le passage d’un aliment tempéré, liquide, digestible à 100 %, vers un aliment sec, froid et beaucoup moins digestible. Ce contact précoce avec l’aliment permet d’augmenter la prise alimentaire en début pouponnière, facteur essentiel de la réussite à ce stade critique. Outre une consommation plus élevée, la digestion est meilleure, puisque le système digestif s’est mieux adapté (production d’enzymes propres aux ingrédients végétaux), et la présence de diarrhée est réduite.

Voilà les avantages de cette pratique lorsque le sevrage se faisait à 28 jours. Avec un sevrage hâtif, entre 14 et 18 jours, la distribution d’un aliment aux porcelets en cage de mise bas a complètement été abandonnée, puisque la plus grande partie de la consommation de cet aliment par les porcelets se faisait après le 21e jour d’âge. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, avec un retour vers un sevrage à 21 jours et vu les conditions et les connaissances actuelles, qui sont différentes de celles qui existaient quand est apparu le sevrage hâtif, il est peut-être temps de réévaluer cette pratique.

En cage de mise bas
Les recherches s’accordent pour dire que la consommation peut débuter très tôt, dès le troisième jour pour certains individus, alors que d’autres ne consommeront rien avant le sevrage. Certaines études démontrent qu’en moyenne près de 60 % des porcelets d’une portée consomment de l’aliment au moment du sevrage. Ce pourcentage n’est que de 20 % et 25 % respectivement aux jours 7 et 14 de la lactation. Il est donc vrai de dire qu’entre les jours 14 et 21 de la lactation, la majorité des porcelets qui seront des consommateurs vont découvrir l’aliment.

Qui sont ces consommateurs d’aliment à la dérobée? Ce sont les plus petits de la portée, ceux qui se retrouvent sur les tétines les moins productives (les glandes du milieu et de l’arrière). On a observé que 57 % et 52 % des consommateurs d’aliment se nourrissaient respectivement aux tétines postérieures et à celles du milieu des glandes mammaires, comparativement à 38 % qui s’alimentaient aux tétines antérieures. Ces porcelets semblent donc avoir un besoin plus grand d’une source complémentaire d’aliment, pour suppléer au lait de la truie (obtenu en moins grande quantité).

Aliment porcelets
Les porcelets qui ont consommé de l’aliment avant le sevrage ont de meilleures performances en pouponnière par rapport à ceux qui n’en ont pas consommé.

La consommation totale est très variable à l’intérieur de la portée, allant de 0 à 225 g par tête avant le sevrage. L’apprentissage par imitation est un phénomène important chez de nombreux porcelets. Il est important de distribuer un aliment frais qui a toujours sa propre odeur, afin d’attirer l’attention des porcelets les plus curieux (il faut ouvrir les sacs le plus tardivement possible et bien les refermer entre les repas). L’utilisation d’un aliment de formulation complexe, composé d’ingrédients hautement digestibles et appétents est importante. Il a été démontré qu’il était supérieur à un aliment simple, amenant plus de porcelets à consommer. Il n’est pas nécessaire d’avoir un aliment médicamenté. La distribution doit se faire tous les jours, voire deux fois par jour, dans un récipient propre.

Le moment idéal de la journée pour présenter l’aliment aux porcelets est entre deux et trois heures après le repas du matin de la truie. Il faut permettre au plus grand nombre possible de porcelets d’avoir accès à l’aliment en même temps. Notez que la quantité moyenne réellement consommée par porcelet est faible : autour de 75 g au total pour un sevrage à 21 jours. Sachez aussi qu’avant le jour 13, les consommations sont en général de moins de 50 g par jour par portée. En fait, 75 % de la consommation totale se fait pendant la dernière semaine de lactation. Pour ce qui est de la durée idéale de distribution, il ressort que commencer tôt, soit entre les jours 7 et 10, produit plus de porcelets consommateurs que lorsque l’aliment est présenté aux jours 14 ou 18 d’une lactation de 21 jours.

Lorsque les bonnes conditions sont en place, la distribution d’un aliment complémentaire aux porcelets peut donner de bons résultats en site 1. En effet, une étude menée à notre ferme de recherche (CRF) de Frampton démontre que l’aliment à la dérobée permet d’augmenter la croissance et le poids au sevrage des porcelets restreints par la production laitière de la truie.

De plus, on peut dire que lorsque la production laitière de la truie est limitée par certains facteurs – température ambiante élevée, présence de mycotoxines, état sanitaire du troupeau –, la consommation de l’aliment par les porcelets semble stimulée. Une étude réalisée en 2008 (Sulabo) rapporte que les porcelets allaités par des truies restreintes consomment plus d’aliment à la dérobée, et ce, dès les jours 3 à 7 de la lactation.

En pouponnière
Lorsqu’on regarde les performances moyennes globales, il est difficile de voir les avantages de la distribution d’un aliment à la dérobée aux porcelets en cage de mise bas. Par contre, lorsqu’on étudie les données de façon individuelle, on constate qu’il est avantageux de faire consommer tôt les porcelets. La pratique peut donc être avantageuse.

Les porcelets qui ont consommé de l’aliment avant le sevrage ont de meilleures performances en pouponnière par rapport à ceux qui n’en ont pas consommé. Le tableau 1 montre les performances de trois groupes de porcelets. Un groupe n’a pas reçu d’aliment à la dérobée, les deux autres en ont reçu, mais les porcelets ont été divisés en deux : ceux qui en ont réellement consommé et ceux qui n’en ont pas consommé du tout. Regardons les performances des trois groupes.

tableau 1

Les porcelets du groupe à qui on a offert de l’aliment et qui en ont consommé font mieux que ceux à qui on en a offert et qui n’en ont pas consommé (ces derniers ont des performances identiques à ceux qui n’en ont pas reçu). Il est donc important de noter l’effet de l’alimentation à la dérobée sur les porcelets qui en ont réellement consommé, et non sur l’ensemble du groupe à qui on en a offert.

Il est également démontré par d’autres études que la prise alimentaire, le gain moyen quotidien et la conversion alimentaire en site 2 sont améliorés chez les porcelets qui consomment de l’aliment à la dérobée, lorsqu’on les compare à ceux qui n’en ont pas consommé.

Les porcelets consommateurs d’aliment avant le sevrage ne font pas que performer mieux que les non-consommateurs en site 2 : ils les aident. Le tableau 2 compare les performances de trois groupes de porcelets en site 2. Le groupe 1 est composé de porcelets non consommateurs, le groupe 2 de consommateurs, et le groupe 3 d’un mélange de consommateurs et non- consommateurs.

Les porcelets qui ont consommé de l’aliment avant le sevrage ont un gain moyen quotidien significativement plus élevé que ceux qui n’en ont pas consommé. Le groupe contenant les deux catégories de porcelets obtient un résultat intermédiaire. Le groupe ayant obtenu le meilleur poids à la fin, au jour 49, est aussi celui composé des porcelets ayant consommé avant le sevrage. Pour ce qui est de la prise alimentaire entre les jours 21 et 24 d’âge (jour 0 à jour 3 postsevrage), le groupe de consommateurs avant sevrage surclasse significativement les deux autres groupes. Le groupe de porcs mélangés fait aussi mieux que le groupe de non-consommateurs. Ce qui indique qu’avoir consommé de l’aliment avant le sevrage permet aux porcelets de découvrir plus tôt l’aliment en pouponnière, et que cet avantage se transmet à ceux qui n’en avaient pas consommé avant le sevrage (apprentissage par imitation).

En conclusion
L’avantage de l’utilisation d’un aliment à la dérobée en cage de mise bas est difficile à démontrer pour le naisseur. Peu d’études indiquent clairement que les performances avant le sevrage sont améliorées. Par contre, le meilleur démarrage des porcelets en site 2, que permet cette pratique, peut devenir un critère de choix important lors de la sélection d’une source de porcelets.

Il ne faut pas oublier non plus que les porcelets qui consomment l’aliment à la dérobée sont majoritairement les plus petits, qui s’alimentent aux moins bonnes tétines. Cela explique en partie pourquoi il est plus difficile de démontrer qu’ils performent mieux que ceux qui ne consomment pas (les porcelets plus gros, qui s’alimentent aux meilleures tétines). L’élément clé de la réussite de cette pratique est de faire en sorte que lorsqu’on sert l’aliment en cage de mise bas, il y ait le plus grand nombre possible de porcelets qui en consomment. S’ils le font, ils en tireront profit. La consommation d’aliment présevrage a, hors de tout doute, des effets bénéfiques sur les performances en site 2. Dans des conditions où il faut produire des porcs plus lourds au moment de l’abattage, elle n’est plus à remettre en question.

tableau 2
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