Entretiens
Un bon ragoût de pattes…  de poulet!, par Nadège Hervé et Denis Caron
1. Nadège Hervé 2. Denis Caron
1. Nadège Hervé
2. Denis Caron

La pododermatite est une inflammation de la peau affectant la région plantaire des pattes de la volaille et d’autres oiseaux. Cette maladie se retrouve plus fréquemment dans les élevages à haute densité et chez les races à croissance rapide1. La pododermatite est un problème sérieux qui mène à de l’inconfort. En effet, dans certains cas graves, elle cause beaucoup de douleur à l’animal, avec pour conséquence un dysfonctionnement de la locomotion2.

Les lésions de pododermatite sont généralement évaluées sur une échelle de 0 à 3 selon la gravité (voir les photos à la page 44) :

0 = normal
1 = légère lésion (2-3 mm) sur le coussinet
2 = lésion sur la plus grande partie du coussinet
3 = ulcération du coussinet.

Les lésions sont vraisemblablement provoquées par une combinaison de trois ou quatre des facteurs suivants, ayant un effet sur la qualité de la litière :

  • teneur élevée en ammoniac
  • mauvais entretien des abreuvoirs
  • température ambiante basse
  • humidité relative élevée
  • autres facteurs chimiques pas encore bien définis.

Les oiseaux passent la majeure partie de leur vie en contact étroit avec la litière; par conséquent, l’état de celle-ci a un effet important sur la santé et les performances des oiseaux.

En Europe, le Conseil agricole a fixé des règles minimales de protection des poulets de chair. La pododermatite est l’un des facteurs indicateurs du niveau de bien-être des poulets, selon lequel la densité d’élevage dans les fermes sera permise 3.

Dans l’Ouest canadien, quelques entreprises travaillent à des normes visant à améliorer le bien-être des poulets. Une de ces normes est la réduction de la densité animale, afin de diminuer l’incidence de la pododermatite.

Photos de l'essai Pododermatite à la SRAC

Photos prises lors de l’essai Pododermatite à la SRAC, septembre 2009.

0 = normal
1 = légère lésion (2-3 mm) sur le coussinet
2 = lésion sur la plus grande partie du coussinet
3 = ulcération du coussinet

À Olymel, Jeffrey Clarke, vice-président du Secteur ventes exportation et industriel, nous a donné quelques précisions sur les marchés canadien et international des pattes de poulet, ainsi que la position d’Olymel à ce sujet : « Le marché canadien des pattes de poulet est relativement limité, puisqu’il se limite principalement aux ethnies asiatiques. D’autre part, pour être vendues sur le marché canadien, ces pattes doivent être considérées comme comestibles, ce qui signifie qu’elles doivent suivre le poulet et les abats jusqu’au poste d’inspection. Au Canada, il n’y a pas beaucoup d’abattoirs ainsi organisés. Enfin, la valeur sur le marché canadien est d’environ 1,50 $ le kg. Il y a davantage de potentiel sur les marchés d’exportation. Le prix est d’environ 0,65 $ le kg pour les pattes qui ne sont pas certifiées comestibles. Les quantités pouvant être vendues sur ce marché sont limitées. Cependant, pour la Chine, principal marché d’exportation, les pattes doivent être certifiées comestibles. La valeur obtenue peut alors s’élever à environ 1,10 $ le kg. Si les pattes comportaient moins de brûlures ou de défauts et que les marchés d’exportation de pattes comestibles demeuraient intéressants, Olymel pourrait avoir un intérêt à modifier les chaînes d’éviscération afin d’amener les pattes jusqu’au poste d’inspection. Toutefois, étant donné l’ampleur de l’investissement requis, une seule usine serait modifiée dans un premier temps. »

Un essai mené à la Station de recherche avicole du réseau La Coop (SRAC), en collaboration avec Cooperative Research Farms (CRF), avait pour objectif d’évaluer l’effet de différents additifs alimentaires sur la fréquence et la gravité des lésions de pododermatite chez le poulet à rôtir. Nous voulions déterminer si un régime particulier permettait de réduire la pododermatite sans devoir diminuer la densité d’élevage et, par conséquent, le revenu du producteur.

Lors de cet essai expérimental, 2560 oiseaux mâles Cobb 500 ont été élevés dans les 64 parquets de la SRAC pendant 36 jours. Les performances de croissance des oiseaux ont été mesurées (prise alimentaire, gain de poids quotidien, conversion alimentaire, consommation d’eau). Le niveau d’acidité (pH) ainsi que le taux de matière sèche de la litière de chacun des parquets ont été mesurés à 25, 32 et 36 jours d’âge. De plus, les pattes de tous les oiseaux ont été baguées, afin de pouvoir les identifier après leur collecte à l’abattoir et évaluer les lésions de pododermatite. Toutes ces données recueillies ont permis d’établir les facteurs de risque associés à la pododermatite et de trouver des solutions nutritionnelles pour diminuer l’incidence de ces lésions. Les grandes conclusions qui ressortent de cette étude sont :

  • des régimes contenant certains additifs permettent de maintenir les performances des oiseaux au même niveau que les régimes sans additifs (témoins);
  • certains régimes alimentaires avec additifs ont significativement réduit l’incidence de pododermatite. En effet, deux régimes ont permis d’abaisser la gravité des lésions de 11,6 %; et
  • la gravité des lésions de pododermatite augmente lorsque le pH de la litière est plus acide (la consommation d’eau des oiseaux en influence l’acidité).

Les conclusions tirées de cet essai ont permis d’améliorer les aliments La Coop afin que les producteurs qui les utilisent profitent de nos recherches. Un autre essai est prévu en 2011 pour approfondir cette question et trouver d’autres moyens pour réduire les lésions de pododermatite.

Références
1 Dawkins, M.S., C.A. Donnelly et T.A. Jones. 2004. Chicken welfare is influenced more by housing conditions than by stocking density. Nature 427 : 342–344.

2 Hester, P.Y. 1994. The role of environment and management on leg abnormalities in meat-type fowl. Poultry Science 73 : 904–915.

3 http://www.reussir-aviculture.com/actualites/union-europeenne-le-projet-de-directive-du-bien-etre-du-poulet-elance&fldSearch=:23750.html.

4 Berg, C. 1998. Footpad dermatitis in broilers and turkeys – prevalence, risk factors and prevention. Thèse de doctorat, Université des sciences agricoles de Suède, Uppsala, Suède. Acta Univ. Agric. Sueciae, Veterinaria vol. 1998 : 36.

5 Mayne, R.K. 2005. A review of the etiology and possible causative factors of foot pad dermatitis in growing turkeys and broilers. World’s Poultry Science Journal 61 : 256–267.

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