Entretiens
L' agriculture en mouvement depuis 50 ans, par Guylaine Gagnon


Le 10 septembre, Michel Morisset, professeur à l’Université Laval, lançait un bouquin intitulé Politique et syndicalisme agricoles au Québec. Nous vous présentons une entrevue avec l’auteur, axée sur la démarche qu’il a adoptée pour produire un ouvrage dont les faits sont rapportés le plus objectivement possible et qui, il espère, servira d’outil de référence à ceux qui interviennent dans le domaine agricole.

Le Coopérateur agricole : M. Morisset, il y a déjà quelques semaines que votre livre a été publié. Quelles ont été les réactions les plus courantes?

Michel Morisset : Cet ouvrage a suscité des réactions positives, principalement au lancement [à la maison de l’UPA]. Autrement, je n’ai pas eu d’autres réactions immédiates.

  • Quels ont été les grandes embûches dans la rédaction de ce livre?
  1. Le plus exigeant a été de nous approprier tout le matériel que nous avons colligé, notamment toutes les résolutions de congrès de l’UCC/UPA, de 1960 à 1999. Mes assistants et moi avons pris presque un an à faire ce travail. Ensuite, il a fallu donner un sens à cette série de faits, en dégager les tendances de fond. Tout cela a été un travail de moine.
  • Vous avez surtout utilisé les archives de l’UPA. Mais elle n’est pas le seul intervenant. Pourquoi ne pas avoir fait la même démarche avec les archives du MAPAQ?
  1. Nous avons utilisé aussi le matériel du MAPAQ, notamment tous les discours des ministres depuis la fin des années 1970. Nous avons consulté les documents liés, notamment, à la série des minisommets de la fin des années 1970, sous le gouvernement péquiste, ainsi que ceux des sommets de 1992 et de 1998. Toute cette documentation est citée abondamment dans le livre.
  • Avez-vous censuré certains passages de l’histoire pour éviter de faire ombrage à des gens ou pour éviter de revisiter certaines périodes sombres?
  1. Non, tout ce qui devait être analysé l’a été le plus froidement possible. L’idée de cet ouvrage n’était pas de mettre des gens sur le gril. D’ailleurs, vous vous rendrez compte qu’il est très peu personnalisé, sauf pour quelques noms marquants. J’ai plutôt relevé tous les faits économiques importants et examiné comment l’agriculture s’inscrit dans un cadre plus grand de la société. Nous avons privilégié cet angle, plutôt que de considérer l’opinion de M. Untel.
  • Vous avez été vous-même un acteur important de cette organisation [l’UPA]. Comment avez-vous réussi à garder votre objectivité en rapportant les faits de la période où vous étiez en poste?
  1. D’abord, je n’ai pas été en poste longtemps à l’UPA. J’ai été économiste à la Fédération des producteurs de lait au début des années 1980, et ce, pendant quatre ans. À l’époque, nous faisions une distinction assez nette entre l’UPA et ses fédérations spécialisées. J’y ai travaillé en grande partie sur le dossier du lait et ce n’est pas un sujet que j’aborde souvent dans le livre, parce qu’on y traite des politiques agricoles provinciales et, comme vous le savez, la politique laitière est avant tout fédérale. Toutefois, l’enjeu de l’objectivité demeurait présent, notamment en ce qui a trait à la distance critique à prendre sur des éléments que nous vivons au jour le jour. Pour cela, il y a eu deux facteurs facilitants. Le premier, c’est le temps. J’ai commenté des événements qui s’étaient passé il y a déjà plusieurs années, ce qui a permis d’avoir cette distance critique nécessaire. Le deuxième est de s’appuyer uniquement sur le matériel et non sur l’opinion des gens. Le matériel utilisé – discours, mémoires et résolutions de congrès – était riche, parce que ce genre d’écrits fait généralement l’objet de beaucoup de réflexion de la part des auteurs.

    Il faut quand même admettre que lorsqu’on relate l’histoire, même si on a accès à tout ce matériel, il demeure une part d’interprétation qui aurait pu être différente sous la plume d’un autre auteur. Mais je pense que celle que j’ai donnée est cohérente et fidèle aux faits.
  • Après avoir connu une période faste, le syndicalisme agricole québécois se retrouve aujourd’hui, pour diverses raisons, dans une position plus difficile qu’il ne l’a déjà été. Croyez-vous que votre livre aidera le public ou les producteurs à mieux comprendre cette organisation, notamment sur le plan de son monopole qui est remis en question par certains groupes?
  1. Oui, j’espère sincèrement que le livre amènera un éclairage, notamment aux membres de l’UPA qui sont en grand questionnement dans le but de moderniser leur organisation – l’UPA du futur. J’espère que ça leur sera utile aussi dans l’exercice de l’élaboration des politiques et du positionnement des agriculteurs par rapport à l’ensemble de la société. J’espère enfin qu’il servira à tous ceux qui interviennent dans le domaine agricole, que ce soit les médias ou les différentes organisations de nature plus politique.
  • À combien d’exemplaires un livre comme celui-ci peut-il se vendre?
  1. Nous avons tiré 700 exemplaires de cet ouvrage. Mais il faut savoir que dans le journal Le Devoir de la fin de semaine dernière [25 et 26 septembre], le livre se classait en neuvième position du palmarès pour les essais québécois. C’est quand même exceptionnel!
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