Entretiens
Devenir un producteur un privilège bien mérité, par Nicole Dion
Nicole Dion

La base de l’amélioration génétique repose sur le choix du meilleur animal reproducteur Sogeporc qui transmettra les qualités recherchées. Tant le verrat que la truie doivent répondre à des critères de sélection précis pour produire le meilleur porc : le porc La Coop. Pour devenir un reproducteur de choix, un porc devra franchir avec succès différentes étapes; seule l’élite les franchira toutes.

Sans décrire les soins et les étapes nécessaires à la conduite de tout élevage porcin, mentionnons toutefois que la sélection du porc reproducteur de race pure commence dès la naissance du porcelet. Chaque animal né vivant est identifié individuellement, par la pose à l’oreille, d’une étiquette à identification unique (voir les photos à la page 29). Les lettres de l’élevage, le numéro correspondant au porcelet et la lettre qui représente l’année de naissance, sont inscrits sur cette étiquette. Cette identification unique permet de pouvoir relier l’animal à ses parents et de rattacher les critères mesurés aux bons individus. Quelques jours plus tard, l’animal de race pure est tatoué à l’oreille ce qui permet, en cas de perte de l’étiquette, de reconnaître l’individu.

Évidemment, toutes les données relatives à la naissance sont notées : mère, date de mise bas, aide ou non à la mise bas, nombre de porcelets nés vivants, mort-nés et momifiés. Chaque porcelet né vivant ou mort-né est pesé individuellement dans les 24 heures suivant la naissance. Toute anomalie, présente sur l’animal ou sur un autre de la portée, est notée. Le nombre total de tétines est compté. Chaque date d’adoption sera inscrite, tout comme la mère adoptive et les porcelets seront de nouveau pesés individuellement au sevrage. Les deux pesées permettent de calculer un gain de poids naissance-sevrage.

Le poids de la portée au sevrage permet d’évaluer la capacité laitière de la truie nourrice. Le nombre de porcelets sevrés est un critère ayant deux utilités : il nous donne le calcul du nombre de porcelets sevrés par truie – et donc la capacité de sevrage de cette truie –, ce qu’on appelle « le nombre de sevrés par », un critère bien connu en production commerciale; il nous indique aussi la capacité de survie d’une portée jusqu’au sevrage, et qui s’appelle « le nombre de sevrés de ». Ce nombre ne se rapporte pas à une truie nourricière, mais à la mère biologique, peu importe qu’elle ait sevré tous, quelques-uns ou aucun de ses porcelets.

Les dates de décès, les causes de mortalité et les anomalies sont enregistrées à toutes les étapes de la production, ce qui permet d’obtenir différents paramètres de survie tout au long de la vie de l’animal, comme la survie des porcelets 24 h après la naissance, qui constitue un indicateur important de la survie naissance-sevrage. Les anomalies sont prises en note pour éviter une éventuelle transmission aux descendants. Bien que certaines anomalies – comme l’hernie ombilicale – puissent être provoquées par l’environnement, aucun animal qui en présente une n’est gardé comme reproducteur.

Étiquettes d’identification unique
Étiquettes d’identification unique
Étiquettes d’identification unique

De plus, la présence de certaines anomalies dans une portée, comme l’anus imperforé ou l’hernie inguinale, entraîne l’élimination complète de la portée. L’origine des anomalies est la plupart du temps incertaine : elle peut avoir pour cause des facteurs environnementaux ou héréditaires. Mais il est préférable de maintenir un niveau de sélection plus sévère, afin d’éviter une transmission à la prochaine génération. Chose certaine : quand il y a évidence de transmission héréditaire, les parents aussi sont réformés.

À chaque transfert de site – maternité, pouponnière, engraissement, quarantaine avant le retour comme reproducteur dans la maternité –, les animaux présentant des défauts de conformation, comme des membres raides, sont marqués et seront éliminés de la sélection. Au terme de l’engraissement, les mesures suivantes sont prises sur chaque animal vivant : poids, épaisseur de gras dorsal, épaisseur du muscle de la longe, surface de l’œil de longe, quantité d’aliments ingérée et conversion alimentaire. De plus, pour les Duroc, la mesure du gras intramusculaire est aussi effectuée. Des mesures prises à l’abattoir sur des collatéraux (animaux apparentés) permettent aussi d’évaluer la qualité de la viande des animaux.

Les futurs sujets reproducteurs, eux-mêmes exempts d’anomalies et dont la famille l’est aussi pour des anomalies à plus haute héritabilité, qui obtiennent les meilleures notes pour les critères utilisés en sélection (voir la liste ci-contre), sont alors potentiellement admissibles à l’entrée dans un centre d’insémination artificielle (dans le cas d’un verrat) ou dans un troupeau de sélection ou de multiplication (dans le cas d’une truie). Le choix final des bêtes s’effectue en fonction des familles, puisqu’il faut maintenir une bonne diversité génétique pour minimiser l’augmentation de la consanguinité. Par exemple, si cinq sœurs ont toutes le potentiel d’aller en sélection, seulement deux d’entre elles seront gardées en sélection et les autres iront en multiplication.

Commence alors une autre étape de la vie de l’animal, soit la mise à la reproduction. Les critères reliés à la reproduction et à la longévité seront alors mesurés. L’amélioration de la longévité des animaux reproducteurs commerciaux ne s’effectue pas en se basant sur les données des animaux de sélection, mais plutôt grâce à celles qu’on recueille auprès des élevages de multiplication Sogeporc.

Les femelles et mâles de race pure ne sont pas gardés longtemps dans les élevages de sélection afin de maintenir un intervalle entre les générations le plus faible possible et ainsi permettre une amélioration génétique plus rapide. Par contre, les femelles de race pure utilisées chez un multi­plicateur sont réformées uniquement lorsque nécessaire; la seule cause supplémentaire de réforme dans un élevage de multiplication – comparativement à un élevage commercial – est la présence répétée d’une anomalie chez les descendants d’une même truie. Les données recueillies chez les multiplicateurs permettent de calculer la longévité de ces femelles et de relier ces données aux apparentés qui sont en sélection.

Jérome Simard
Photos: Bruno Dubé, Sogeporc

Les critères de reproduction économiquement importants pour le producteur commercial le sont aussi pour le sélectionneur. Ainsi, il faut sélectionner des truies qui mettent bas facilement et qui donnent de vigoureux porcelets de poids homogène, qui seront sevrés au poids recherché. Le taux de fertilité et l’intervalle sevrage-saillie fécondante sont deux autres caractères d’importance. Les performances de reproduction des verrats font aussi l’objet d’un suivi serré : c’est pourquoi les verrats sont régulièrement utilisés pour des saillies en homospermie (dont la semence ne provient que d’un seul verrat), afin de vérifier leur capacité reproductrice.

Et avec la naissance d’une nouvelle génération de porcelets, recommence le cycle de la sélection. Devenir un reproducteur porcin de race pure est tout un cheminement!

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