Entretiens
Le canola, ce mal aimé..., par Denis Caron
En production avicole, et plus spécialement chez les éleveurs de pondeuses, le canola n’a pas bonne presse. Cela s’explique par de mauvaises expériences du passé : baisse de la prise alimentaire des poules ou chute des performances quand le canola était inclus dans les aliments. Une phobie de cette plante s’est donc installée chez bien des producteurs avicoles. Pourtant, dans certaines régions, on alimente même les poules avec du canola entier, et ce, sans problème.
Regardons cet ingrédient de plus près et essayons de le comprendre.
Nicole Dion

Le canola : une plante avant tout
Principalement cultivé pour son huile, le canola Brassica napus peut être classé dans la catégorie des plantes oléagineuses, au même titre que le soya. Comme les biocarburants et l’huile végétale alimentaire sont de plus en plus populaires, la demande d’huile de canola augmente. La culture du canola devient donc intéressante pour les producteurs dont l’emplacement géographique la permet.

Si on cultive le canola surtout pour l’huile, le processus d’extraction de celle-ci à partir de la graine donne toutefois un tourteau riche en protéines et qu’on peut valoriser dans les aliments pour le bétail.

Il existe deux types de tourteaux de canola, selon la méthode d’extraction employée. Première­ment, le tourteau « conventionnel », qui provient d’une extraction commerciale à plus grande échelle et impliquant l’utilisation de solvants u pour extraire le maximum d’huile. Deuxiè­mement, le tourteau « pressé à froid », issu d’un processus d’extraction plus simple, souvent à plus petite échelle, qui n’implique que la trituration de la graine pour extraire l’huile; il en résulte un pourcentage plus élevé d’huile résiduelle dans le tourteau (voir tableau à la page précédente).

tableau

Des essais en élevage, effectués avec du canola entier et du tourteau de canola pressé à froid, ont donné de bons
résultats avec la poule pondeuse.
Photo : Étienne Gosselin

Le canola a ses raisons…
Le canola contient certains composés reconnus comme néfastes pour la digestion ou le méta­bolisme des animaux, mais, à ce chapitre, tout est une question de concentration. Cette plante a été créée à la suite d’un programme de sélection génétique ayant permis d’en réduire le contenu en substances « problématiques », comparativement à son ancêtre, le colza original, qui en contient davantage.

Parmi ces substances, il y a les tannins, reconnus pour causer des baisses de performances. Par contre, il a été établi que les tannins présents dans le canola, aux taux normaux d’incorporation aux aliments, ne nuisent pas de façon significative à la digestibilité des aliments.

L’acide érucique et les glucosinolates sont deux autres types de substances pouvant causer des problèmes lorsque les poules consomment du canola. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour se voir attribuer le nom « canola » par les autorités compétentes du Canada, un cultivar doit avoir une concentration maximale d’acide érucique et de glucosinolates qui répond à des normes bien établies. Ces deux substances ne causent donc aucun problème lorsque le canola est servi aux volailles aux taux d’incorporation utilisés dans l’industrie de l’alimentation animale.

Enfin, il existe une autre substance problématique, la sinapine, dont la dégradation incomplète conférerait aux œufs des poules brunes une odeur de poisson. Ce problème a été résolu par la sélection génétique de poules brunes qui possèdent maintenant l’enzyme pour digérer et dégrader la sinapine contenue dans le canola.

Courtisons le canola… Résultats de tests
Dans un essai mené avec des poules pondeuses à la ferme de recherche avicole du réseau Cooperative Research Farms (CRF), à Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, le canola a été incorporé dans la ration alimentaire à différentes concentrations et sous les trois formes présentées précédemment (entier, tourteau pressé à froid et tourteau « conventionnel »). Résultats : le canola n’a eu aucun impact négatif sur le taux de ponte ou sur la qualité de la coquille des œufs aux concentrations suivantes :

  • l’inclusion maximale de tourteau de canola, pressé à froid ou « conventionnel », se situe entre 60 et 100 kg/t; et
  • pour le canola entier, le taux maximal d’incorporation recommandé est de 50 kg/t.

L’inclusion de canola entier dans les aliments pour volailles est une pratique courante dans l’Ouest canadien, où cette culture est plus abondante et où on peut acheter des lots de semences de canola déclassées, par exemple.

Des essais en élevage, effectués avec du canola entier et du tourteau de canola pressé à froid, ont donné de bons résultats avec la poule pondeuse, comme dans l’essai à plus petite échelle réalisé à Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, et ont généré des économies sur le coût d’alimentation.

Le canola devient intéressant aussi quand les sources traditionnelles de protéines, telles que la farine de viande ou le tourteau de soya, ne sont pas accessibles à cause d’une interdiction réglementaire – comme ce fut le cas pour les farines animales en Europe –, d’une pénurie locale ou d’un prix trop élevé.

Maintenant que vous connaissez mieux le canola, à l’avenir, quand on vous offrira d’en inclure dans les aliments de vos volailles, peut-être répondrez-vous : « Oui, je le veux! »

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