Entretiens
La coopération un mode de vie, par Isabelle St-Pierre, M. Sc.
Il y a des femmes qui éblouissent par l’étendue de leurs connaissances ou exercent un leadership flamboyant qui attire le respect. D’autres ont un sens pratique admirable et des qualités humaines qui inspirent. Ginette Quesnel figure sans conteste dans cette seconde catégorie.

C'est au volant d’une Smart aux couleurs d’une vache Holstein que l’attachante vice-présidente de la Fromagerie coopérative St-Albert se rend à l’entretien. Ginette nous accueille, un tricot à la main : « Dans mes temps libres, je fabrique des chaussettes et autres vêtements qui sont remis à l’Hôpital pour enfants d’Ottawa. » Ce passe-temps est un exemple qui reflète non seulement sa grandeur d’âme, mais aussi son style de vie. Son mode d’action : la coopération.

Fille d’agriculteur et de coopérateur, la dynamique Ginette voit le jour à St-Albert, petit village francophone de l’Est ontarien. Parmi ses 11 frères et sœurs, elle découvre un mode de vie et des valeurs familiales qui l’inspireront. En 1997, elle devient copro­priétaire, avec son mari, de la ferme LCM Quesnel, située dans un village voisin, Moose Creek. Son union avec Marc a donné des fruits : cinq enfants sont venus garnir les rangs de la famille. Tandis que Pascal, 26 ans, Valérie, 24 ans, et Joël, 18 ans, participent quotidiennement aux travaux de la ferme, Francis, 22 ans, et Carine, 20 ans, de même que son conjoint, y collaborent de façon ponctuelle. L’exploitation de l’entreprise agricole, qui compte 140 vaches en lactation et 200 hectares en culture, s’effectue en équipe. De plus, Ginette et Marc sont membres d’un groupement de gestion agricole. Les agriculteurs et agricultrices de ce réseau échangent des connaissances, font part de leurs problèmes et s’entraident mutuellement. « C’est sérieux. On présente nos chiffres, on discute stratégies. Cette coopération nous permet d’être plus forts dans nos entreprises respectives, tout en contribuant à l’amélioration de l’agriculture est-ontarienne. C’est stimulant », dit Ginette, le regard pétillant.

Après plus de 10 ans de participation éclairée aux assemblées générales des membres de la fromagerie coopérative, Ginette décide de faire le saut. Elle explique ses motivations en ces termes : « Ça faisait 20 ans que j’étais mère de famille. Ça teintait mon engagement social : conseil scolaire, comité d’amélioration de la cour d’école, club optimiste, etc. Mais j’étais aussi agricultrice. J’avais le goût de contribuer autrement, pour moi, pour notre entreprise et pour notre collectivité. » À ce moment, elle ne se doutait pas qu’elle allait devenir la première femme à siéger au conseil ni qu’elle poursuivrait la tradition familiale amorcée en 1974 par son père, Fernand.

Ainsi, depuis 2004, cette femme de cœur prend part aux destinées de la Fromagerie coopé­rative St‑Albert, mettant à profit ses talents de gestionnaire, mais également sa vision féminine et coopérative des affaires. « Je ne peux pas renier ma nature : je suis maternelle. Toujours, je m’assure que nos décisions n’ont pas de répercussions malheureuses sur les gens. »

Fondée en 1894, la Fromagerie coopérative St‑Albert collectionne les distinctions depuis 2000. Pour expliquer le succès de cette coopérative, Ginette affirme avec un sourire moqueur : « Notre fromagerie, c’est la Wayne Gretzky des fromageries. » Plus sérieusement, elle poursuit en précisant que la qualité du fromage est un incontournable, de même que des installations à la fine pointe de la techno­logie. La coopératrice conclut avec conviction : « Notre développement s’effectue dans le respect de notre nature coopérative. Nos membres ne sont pas uniquement attirés par la ristourne à court terme, ils ont le désir d’assurer la pérennité de leur entreprise. Si nous existons depuis 116 ans, c’est que nos ancêtres ont fait des sacrifices. Nous pensons à la relève, à la collectivité, et acceptons d’investir ce qu’il faut pour que l’entreprise prospère encore dans 150 ans. »

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