Entretiens
Colloque des coopératrices Un réseau pour agir, par Guylaine Gagnnon
Deux éléments du 10e Colloque des coopératrices, tenu les 2 et 3 novembre dernier à Victoriaville, ont particulièrement fait la joie de Marilyne Côté, une jeune productrice laitière du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui assistait pour la première fois à cette rencontre. D’une part, les activités offertes pour faciliter le réseautage, notamment la visite de l’usine de Citadelle et le souper qui a suivi. D’autre part, les témoignages de femmes venant de différents horizons, mais ayant un lien en commun : l’engagement.

En effet, après une première journée où les parti­cipantes ont tout appris sur les activités de l’usine de Citadelle, le colloque s’est poursuivi avec un programme axé sur des témoignages, de la réflexion et des échanges. Pour commencer cette deuxième journée, trois femmes ont partagé, avec simplicité, leur expérience d’engagement.

La première, Monique Brisson, est actuellement conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Longueuil. Auparavant, elle a assumé la direction générale de la Coopérative funéraire de la Rive-Sud de Montréal pendant quatre ans. Un poste qu’elle a obtenu parce qu’on l’avait invitée à poser sa candidature. Dans ses fonctions, Mme Brisson a su innover pour faire du centre funéraire un lieu de partage, de soutien à la collectivité et de promotion des arts. Depuis, des activités telles que des cafés-causeries, des concerts ou des expositions d’œuvres d’art y sont organisées chaque année. « Développez votre réseau : il est essentiel et on ne sait jamais quand il peut servir », conseille Mme Brisson à son auditoire.

Maria Labrecque-Duchesneau, la deuxième conférencière, est présidente fondatrice d’Au cœur des familles agricoles, organisme qui a pour mission de faire connaître les besoins du milieu agricole. Être à l’écoute des gens qui vivent des difficultés et se battre pour obtenir des services qui n’existent pas encore sont quelques-unes des actions quotidiennes de Maria. « S’il n’y a pas de solution à un problème, je la crée », dit-elle de sa voix forte. Elle a notamment fondé un regroupement de personnes gaies en agriculture : le Club des agriculteurs gais du Québec. Une première au monde, l’a-t-on informée.

Sophie Rousseau-Loiselle présidente de la Fédération québécoise des coopératives en milieu scolaire, Maria Labrecque-Duchesneau présidente fondatrice d’Au coeur des familles agricoles et Monique Brisson, conseillère municipale à la Ville de Longueuil

Trois conférencières ont donné le coup d’envoi de la deuxième journée du colloque : Sophie Rousseau-Loiselle, très engagée en coopération, notamment à titre de présidente de la Fédération québécoise des coopératives en milieu scolaire; Maria Labrecque-Duchesneau, présidente fondatrice d’Au coeur des familles agricoles, et Monique Brisson, conseillère municipale à la Ville de Longueuil et ex-directrice générale de la Coopérative funéraire de la Rive-Sud de Montréal.

Francine Ferland
Francine Ferland, première à occuper le poste réservé à une femme au conseil d’administration de La Coop fédérée, a fait partager sa grande expérience au sein de diverses instances coopératives.
Yolande Brosseau
« Au fil du temps, la dynamique entre les femmes a changé. Nous avons appris à nous connaître et, maintenant, nous avons du plaisir à nous retrouver. » Yolande Brosseau, membre de La Coop Univert, présente pour la septième année consécutive au colloque.

Malgré son tout jeune âge, la troisième conférencière, Sophie Rousseau-Loiselle, compte déjà plusieurs années d’engagement à son actif. Diplômée en urbanisme, elle termine actuellement une maîtrise en administration publique à l’ENAP. Mme Rousseau-Loiselle siège depuis six ans au conseil d’administration de sa coopérative étudiante. Elle y a occupé les fonctions d’admini- stratrice, de secrétaire, de vice-présidente et de présidente. Depuis 2008, elle assume en plus la présidence de la Fédération québécoise des coopé­ratives en milieu scolaire. Enfin, en 2010, elle a été élue présidente de l’Alliance des jeunes coopérateurs et mutualistes du Québec. Pourquoi s’engager dans cette dernière organi- sation? « Je voulais alléger la structure et y promouvoir la formule coopérative auprès des jeunes, car il y a beaucoup de choses à y apprendre. »

Après avoir été passablement motivées par ces trois femmes au parcours impressionnant, les participantes ont dû réfléchir à l’ensemble de leurs propres réseaux et, plus précisément, à la contribution qu’elles y apportent et aux bénéfices qu’elles en retirent. Ensuite, elles ont eu à définir les caractéristiques d’un réseau idéal et, à partir de ces données, à évaluer dans quelle mesure le réseau La Coop se rapproche de cet idéal. L’approche de la pédagogie coopérative utilisée pour l’animation de cet atelier de réflexion a aussi permis aux coopératrices d’explorer des pistes d’amélioration pour faire progresser le réseau La Coop vers cet idéal. L’éducation coopérative a été souvent citée au nombre des actions prometteuses.

Deux autres conférencières ont fait part de leur expérience, dont Francine Ferland, qui a été la première à occuper le poste réservé à une femme au conseil d’administration de La Coop fédérée, de 1998 à 2006. Elle a aussi été la première femme à siéger au conseil d’administration de sa coopérative locale, Unicoop, en 1990. Depuis 2000, elle est administratrice à la Coopérative de développement régional Québec-Appalaches; elle en a été élue présidente en avril 2005. Plus récemment, elle a été nommée présidente de la Fédération des coopé­ratives de développement régional du Québec. Elle a également siégé au conseil d’administration du Conseil du statut de la femme, de 2005 à 2009. Les sujets d’intérêt de Mme Ferland sont concentrés autour de la coopération, de l’agriculture et des femmes dans les organisations. Au cours des années, ses différents mandats lui ont notamment permis de cerner l’apport positif des femmes dans les conseils d’administration. Ainsi, la recherche d’un consensus, l’importance des relations humaines et l’écoute sont quelques-unes de leurs forces qu’elle estime importantes et qui, tient-elle à préciser, s’avèrent complémentaires à celles de la gent masculine.

Monique Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, et Sophie Bédard, administratrice à La Coop fédérée.

Monique Leroux, conférencière et présidente du Mouvement Desjardins, et Sophie Bédard, administratrice à La Coop fédérée.

« Le meilleur leader n’a pas de subordonnés, mais des hommes et des femmes qui travaillent avec lui. »

– Mary Parker Follet, une pionnière du management

Isabelle St-Pierre
Isabelle St-Pierre est consultante aux affaires coopératives de La Coop fédérée. Elle a contribué à l’organisation du colloque. Mme St-Pierre collabore également au magazine Le Coopérateur agricole en écrivant des portraits de femmes engagées.

Pour boucler la boucle de ces deux journées, quoi de mieux que d’inviter une femme pour qui le réseautage n’a certainement plus de secrets, soit Monique Leroux. En plus de faire partager généreusement son expérience personnelle, la présidente du grand Mouvement Desjardins a souligné que la représentativité des femmes s’avère extrêmement importante pour l’avenir de cette entreprise financière. D’abord, parce qu’elles gèrent en grande partie les dépenses de consommation dans la société nord-américaine, dit-elle. Aussi, en raison de leur plus grande longévité, le patrimoine financier se retrouve en grande partie, dans le temps, géré et influencé par elles. Par ailleurs, des études – canadiennes et américaines – prouvent que les femmes ont une façon de gérer le risque qui contribue grandement aux bonnes performances générales. D’autres études démontrent que des équipes mixtes de gestion, entre autres dans les entreprises financières, offrent une complémentarité de styles d’expertise qui, de façon générale, entraîne de meilleures performances. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à avoir une formation. En plus, elles obtiennent de très bons résultats dans leurs études. Quelques facteurs compro­mettent toutefois leur accès à des postes déci­sionnels, a remarqué la présidente. Elle mentionne notamment la mobilité. C’est pourquoi, chez Desjardins, un plan d’action vise à alléger ces facteurs « disqualifiants ».

Sophie Bédard, qui occupe le siège réservé à une femme au conseil d’administration de La Coop fédérée depuis quatre ans et qui a organisé la rencontre, était très fière de ce 10e Colloque des coopératrices. « Je suis satisfaite, d’abord parce que le taux de participation n’a jamais été aussi grand. Mais aussi parce que jamais nous n’avons senti aussi fortement les liens qui se sont développés au cours des années. » Mme Bédard a profité de cette tribune pour lancer un appel aux femmes et obtenir des suggestions qui contribueraient à varier la formule du colloque. Question de se renouveler. Un sujet qui sera discuté lors du petit-déjeuner qui se tient chaque année à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de La Coop fédérée.

Colette Lebel, directrice des affaires coopératives à La Coop fédérée

Un réseau au féminin

Colette Lebel, directrice des affaires coopératives à La Coop fédérée, a fait part à l’auditoire de résultats d’études qui montrent que les femmes s’intègrent mieux dans une structure réseau que dans une structure hiérar­chique. En effet, elles ont une grande aisance à évoluer dans un réseau en raison de leurs qualités inter­personnelles, soit leur capacité à discuter, à tisser des liens et à travailler de façon « transversale ». On n’entend pas parler de leadership flamboyant chez les femmes, poursuit-elle : c’est davantage un leadership de collaboratrices. Néanmoins, l’objectif au sein d’une orga­nisation, établie en structure réseau ou hiérarchique, demeure celui d’influencer pour changer les choses.

Par ailleurs, Mme Lebel a tenu à souligner que les trois entreprises occupant les premières places du palmarès des 50 meilleures entreprises citoyennes du Canada, dont elle a fait mention dans sa chronique d’octobre dernier dans Le Coopérateur agricole, ont toutes des femmes à leur haute direction! Rappelons qu’il s’agit de Mountain Equipment Co-op, du Groupe Co-operators (coopérative d’assurances dont La Coop fédérée est membre) et de Vancity Credit Union (coopérative financière de Vancouver).

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