Entretiens
La biosécurité interne, par Éric Nadeau,
Le contexte économique actuellement difficile de la production porcine monopolise beaucoup d’énergie. Chaque jour, les aspects de rentabilité et de productivité sont au cœur de vos priorités. Dans cet ordre d’idées, la bonne santé du troupeau permet d’en tirer une performance élevée sans augmenter les coûts de production.
Éric Nadeau
Éric Nadeau

Avec le temps, lorsqu’il n’y a pas d’épisodes de maladie, les tâches reliées à la prévention de nouvelles maladies ou au contrôle de celles déjà présentes sont les jobs souvent mis de côté. Les prochaines lignes se veulent un rappel de notions de biosécurité « interne » déjà bien maîtrisées, mais quelquefois délaissées.

Qu’est-ce que la biosécurité interne? Il s’agit d’une série de mesures effectuées au sein même de l’élevage pour diminuer la prolifération de bactéries et de virus qui nuisent aux bonnes performances de vos troupeaux.

La première mesure concerne l’entretien des locaux d’entrée pour le personnel (corridor danois où autre). Leur utilisation et les règles entourant leur gestion sont souvent bien maîtrisées; par contre avec la venue des périodes froides les aspects « température du local et entretien » sont souvent revus à la baisse. Il ne faut pas oublier que le maintien d’une température adéquate dans cette section n’est pas uniquement un signe de confort, elle permet aussi de diminuer la survie d’agents infectieux de façon significative (par exemple le virus du SRRP peut survivre 1 mois dans un milieu à une température de 4 °C comparativement à 2 jours à une température de 37 °C). De plus, le maintien d’une température au-dessus de 20 °C dans ce local permet d’obtenir une meilleure efficacité de vos désinfectants lors de leur utilisation (certains désinfectants diminuent en efficacité à des températures inférieures à 15 °C ).

Il en va de même pour l’entretien de l’aire d’entrée (source potentiellement élevée de contaminants), qui doit être lavée, savonnée (eh oui!) et désinfectée chaque semaine. Avec la venue des périodes froides, il faut se rappeler que le taux de survie des agents pathogènes est supérieur à ces températures. Cette étape revêt donc une importance plus grande qu’en été pour protéger vos troupeaux contre l’introduction de microbes indésirables.

La deuxième mesure touche l’étape « nettoyage et désinfection » des locaux de production. Cette tâche, qui semble souvent bien effectuée lors de l’inspection visuelle des lieux, présente quelquefois des résultats différents lors d’analyses bactériologiques. Beaucoup d’entre vous se demandent pourquoi il reste encore des quantités importantes de bactéries après avoir respecté les quatre phases de nettoyage : 1) préparation de la salle; 2) lavage; 3) désinfection; et 4) séchage et vide sanitaire. La réponse réside souvent – mais pas uniquement – dans l’étape de désinfection (voir les points suivants) :

  1. validation des dosages recommandés pour les savons et désinfectants (une dilution de 1 % représente 10 ml de solution désinfectante par litre à la sortie du canon de la laveuse);
  2. humidification légère des locaux lors de l’application de ces produits, pour qu’il ne se crée pas d’effet de dilution;
  3. utilisation rigoureuse du canon moussant permettant un temps de contact suffisant (20 minutes) entre le savon et la pellicule invisible du biofilm;
  4. respect d’une température adéquate au sol pour maximiser l’efficacité des désinfectants utilisés (peut varier de 4 ºC à 15 ºC);
  5. utilisation de chartes permettant de connaître le nombre de pieds carrés qu’un litre de produit peut désinfecter;
  6. séchage rapide (12 heures) à des températures chaudes pour diminuer le taux de survie des agents infectieux restants.

La troisième mesure concerne la période de vaccination et de vermifugation des truies gestantes avant la mise bas. Cette étape a pour but de fournir au porcelet naissant une protection nécessaire contre certains pathogènes grâce à une prise de colostrum adéquate. Lors de la vaccination, il est important de respecter le délai requis pour l’incubation de la maladie (délai pour produire les anticorps chez la truie). Une période minimale de deux semaines avant la mise bas doit être respectée. De plus, on doit utiliser la quantité de vaccin requise (seringue et aiguille appropriées), l’injecter au bon endroit (non pas dans le gras), et il faut qu’il demeure en totalité dans l’animal (absence de saignement).

Une opération souvent négligée après l’application du protocole de vermifugation est celle qui consiste à laver la truie avec un savon doux (p. ex. : Hibitane lave-pis) avant son transfert en salle de lactation. Cette opération a pour but de retirer le fumier – pouvant potentiellement transporter des œufs d’ascaris – présent sur l’animal.

Après avoir respecté ces opérations, des validations s’imposent en maternité pour s’assurer que les porcelets naissants ont un accès facile aux tétines (pas d’obstruction par les barres de la cage), afin qu’ils puissent consommer librement le colostrum, riche en anticorps, qui les protégera dans leurs premières semaines de vie. Les porcelets présentant un gain de poids de 150 g (par kilo de poids à la naissance) après 24 heures de vie seront bien protégés et présenteront des niveaux d’anticorps supérieurs au moment du sevrage (réf. : Jean Le Dividiche, Colloque porc 2006).

Du côté de la propagation des maladies, il demeure toujours des règles de base que nous avons souvent tendance à oublier. Vous ne souhaitez certainement pas être l’agent de propagation de certains microbes… Malheureusement, il se peut que, sans le vouloir, vous le deveniez! On fait ici allusion aux actions effectuées lorsque vous devez manipuler des animaux malades, c’est-à-dire lorsque vous vous introduisez dans leur parc pour les traiter et lorsque vous les déménagez. Vos mains et vos bottes deviennent alors des agents potentiels de propagation.

L’exemple le plus frappant touche les maladies digestives associées aux E. coli, aux salmonelles ou à l’entérite hémorragique. Le fumier des animaux atteints est une source importante de transmission de ces maladies. Lorsque vous traitez ces animaux ou effectuez leur pesée, vous devez vous introduire dans leur cage ou leur parc et automatiquement, vos bottes sont mises en contact avec les microbes impliqués. Si vous ne prenez pas de précautions particulières lors de ces manipulations, vous devenez un agent de propagation. Il faut donc que vous ayez une méthode rigoureuse de lavage de vos bottes, de vos mains et de votre matériel de travail après chaque manipulation considérée comme à risque pour l’ensemble de votre cheptel.

Ces étapes de travail sont très efficaces pour prévenir les infections. La preuve de leur efficacité n’est plus à faire. Elles contribuent grandement à limiter le coût de production (songez notamment aux médicaments que vous n’aurez pas à utiliser). Nous vous encourageons à y apporter une attention particulière dans vos tâches quotidiennes.

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