Entretiens
« Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie », Texte et photos de Patrick Dupuis, agr.

Beau concours de circonstances : Sylvain Laquerre, Noëlline Dusablon et leur fils, Maxime, ont été décorés, en 2010, durant l’Année internationale de la biodiversité, d’un prix Phénix de l’environnement, « la plus haute distinction environnementale décernée au Québec ».

Les trois actionnaires ont décroché le prix Mise en valeur et protection de l’environnement et des écosystèmes, dans la catégorie Entreprises. Leur ferme de Saint-Casimir (Portneuf), qui compte 50 vaches en lactation et 160 hectares en culture, est la première exploitation agricole à remporter un Phénix de l’environnement depuis que le concours a été lancé, il y a 13 ans.

L’année 2010 a aussi marqué la fin du programme Biodiversité, lancé cinq ans plus tôt par l’UPA et la Fondation de la faune du Québec. Un programme qui a eu pour objectif de rehausser la biodiversité du milieu agricole et d’améliorer la qualité de l’eau d’une dizaine de rivières de la province. Les 32 entreprises agricoles du bassin versant de la rivière Niagarette y ont pris part; la Ferme Sylvain Laquerre était du nombre.

« La rivière Niagarette est le tributaire du bassin versant de la rivière Sainte-Anne, dont la qualité de l’eau était alors la plus dégradée », dit Sylvain Laquerre, président du syndicat de l’UPA de Portneuf-Ouest, qui a initié le projet. « En 2000, la Corporation d’aménagement et de protection de la Sainte-Anne (CAPSA) avait commencé à s’attaquer à ce problème. Le programme Biodiversité était l’occasion de donner suite aux efforts entrepris. »

Depuis quatre ans, Sylvain a constaté la présence sur ses terres d’urubus à tête rouge, rapaces qu’il n’avait pas l’habitude de voir à cette latitude et qui font bonne chère du rat musqué. « Leur aire de  distribution s’est étendue au nord en  raison, probablement, du réchauffement climatique », déclare Sylvain.

Un cahier du propriétaire a été rédigé par le géographe Alexandre Bélanger, de la Fédération de l’UPA Rive-Nord, en collaboration avec les groupes-conseils. Ce document proposait à chacune des 32 exploitations des mesures à prendre et faisait état des programmes d’aide offerts (notamment le programme Prime-Vert, du MAPAQ). Les aménagements qu’elles ont mis en place leur ont permis en 2009 d’être finalistes aux Phénix de l’environnement ainsi que de remporter le prix Valoris environnement et développement durable, décerné par l’Union des chambres de commerce et d’industrie de Portneuf, et le prix Jean-Paul-Raymond, au congrès de l’UPA.

Selon Sylvain, une des plus belles preuves du succès du programme Biodiversité a été le retour de la truite dans la rivière Niagarette. Un retour confirmé par le ministère des Ressources naturelles. « Sa présence est la preuve que la qualité de l’eau s’est grandement accrue, dit le producteur. Ça vaut bien des analyses d’eau. » Une trentaine d’autres espèces de poissons vivent dans cette rivière. « La nature reprend vite sa place », ajoute-t-il.

Travail minimal du sol, semis direct, restauration de ponceaux pour favoriser le passage des poissons, aménagement de traverses de machinerie et de corridors fauniques, voilà autant de mesures prises par les propriétaires pour protéger l’environnement.

Chez les Laquerre, Maxime s’occupe des productions végétales et son frère Benoit aide à la gestion du troupeau, en plus d’être expert-conseil à La Coop Univert.

L’aménagement, de bandes riveraines et l’empierrement des berges : une combinaison d’éléments qui évite l’érosion. À certains endroits de la rivière, là où les ponts ne résistaient pas au puissant mouvement des glaces et de l’eau lors de la fonte des neiges, au printemps, Sylvain a aussi aménagé des traverses à gué.
Une haie brise-vent
Une haie brise-vent constituée d’épinettes et de mélèzes longe une portion des terres en culture.
Carl Thibodeau
À l’arrière plan, Carl Thibodeau, T.P., expert-conseil à La Coop Univert, fait un suivi rigoureux des cultures de la ferme.
Carl Thibodeau
Carl Thibodeau
La présence de cabanes de vers de terre, photo de bas, est signe que le sol est en bonne santé. Le ver de terre peut vivre une dizaine d’années. Le travail trop intense du sol nuit à sa prolifération.

Les superficies en culture se répartissent également entre le blé, le soya, le maïs et les prairies. « Depuis l’année dernière, tout est en semis direct », fait savoir Maxime, qui a entrepris cette pratique il y a trois ans. Pour bien maîtriser les plantes indésirables et les maladies, les producteurs s’appuient sur un programme de rotation : quatre années de prairies de luzerne et de mil, suivies par une année de maïs, une de soya et une de blé. Jumelée à un bon drainage des terres, cette pratique assure une productivité élevée. Les produits de protection des cultures ne sont utilisés que lorsque c’est nécessaire.

Grâce au semis direct, les Laquerre estiment avoir consacré, en 2010, 170 heures de moins aux travaux du sol qu’en 2009. Cette façon de faire s’est traduite par une diminution de 2000 litres de la consommation de carburant et par des économies, au total, de plus de 10 000 $.

« On fait aussi beaucoup d’essais aux champs, indique Maxime. L’année dernière, on a semé du blé avec six variétés de trèfle. L’idée était de ne pas avoir de sol à nu pour empêcher la pousse des mauvaises herbes. De plus, le trèfle apportait une source d’azote au sol. On a fait des essais avec du sarrasin et de la moutarde. Par exemple, on a maintenu un couvert végétal permanent, avec des cultures intercalaires de maïs, de blé et de soya. » Mentionnons aussi que la Ferme Sylvain Laquerre réalise depuis plusieurs années des essais avec du maïs-ensilage en collaboration avec l’agronome Claude Borduas, responsable des parcelles d’évaluation au champ (PEC) à La Coop fédérée.

Carl Thibodeau, T.P., expert-conseil à La Coop Univert, travaille également avec l’entreprise pour mettre en place de meilleures pratiques culturales. Échantillonnage de sols avec l’aide d’un système par GPS, application d’engrais au semis (ce qui permet d’en réduire les dosages de 10 à 20 %), utilisation d’azote FRN (à libération lente) en bande dans le maïs, usage d’engrais granulaire Hyper P (une source de phosphore protégé qui empêche l’aluminium présent dans le sol de s’y fixer). Du côté de l’alimentation animale, Benoit Laquerre a aussi expérimenté diverses rations et divers ingrédients pour réduire la production de gaz à effet de serre du troupeau.

Ce n’est pas d’hier que Sylvain et Noëlline ont un penchant pour le développement durable. Au début des années 1990, avec une vingtaine de producteurs, Sylvain suit des cours d’agriculture biologique donnés par le cégep de Lévis-Lauzon. Son but est d’adopter des pratiques favorables pour l’environnement, tout en gardant en tête la rentabilité de l’entreprise.

Sylvain débute par l’aménagement de bandes riveraines, dès 1993. Il plante, le long de la rivière Niagarette, qui sillonne ses terres, 2000 arbres et arbustes fournis par la CAPSA. Il procède aussi au semis de plantes herbacées et à l’empierrement d’une partie des berges. Une combinaison d’éléments qui évite l’érosion et filtre les produits fertilisants et de protection des cultures. Une haie d’épinettes et de mélèzes protège des vents les parcelles en culture qui y sont les plus exposées.

« La plantation de végétaux permet en plus de capter du gaz carbonique », dit Sylvain qui cherche à lutter contre les changements climatiques et à réduire l’empreinte écologique de son entreprise. « L’aménagement de bandes riveraines, tout comme l’empierrement, ne peut se faire de manière irréfléchie, prévient-il. Il faut penser à la fonte des glaces, au mouvement de l’eau, car une rivière, c’est vivant, ça se déplace. Il faut aménager le tout intelligemment, en analysant bien la topographie pour éviter que l’eau ne s’infiltre trop abondamment derrière les pierres et ne provoque l’effondrement de la berge. »

Sylvain effectue en plus une saine gestion des fumiers – en les entreposant dans une structure étanche −, dont l’épandage sur les terres, avec le temps, améliore la santé du sol grâce à leur apport en matière organique. Parmi les autres mesures, mentionnons la récupération des eaux de laiterie, l’utilisation de savons sans phosphate et l’interdiction d’accès au cours d’eau pour les animaux. Le producteur a aussi installé des cabanes à hirondelles et des nichoirs à chauves-souris pour limiter la population de mouches. Il a aménagé des abris pour le canard branchu. La bécasse d’Amérique s’est aussi pointé le bec. Les bandes riveraines ont permis de réduire la population de rats musqués de façon écologique, en fournissant à leurs prédateurs des moyens de s’y camoufler.

L’année dernière, Sylvain a encore planté près de 1700 arbres, des épinettes et des chênes notamment, le long d’une autre portion de la rivière. La protection de l’environnement et de la biodiversité est pour lui un engagement à vie, en faveur de la vie…


L’alimentation du troupeau

Par Benoit Laquerre, agr.
Expert-conseil laitier et végétal
La Coop Univert

50 vaches, 35 taures
Classification :
2 EX, 17 TB, 25 BP
56 kg de quota

Production moyenne
34 kg de lait/jour
4,09 % de gras
3,4 % de protéine

Génisses 0-6 mois
Aliment Goliath VO-22
Lactoremplaceur
Goliath XLR 27-16
Foin sec

Génisses 6-24 mois
Foin sec
Ensilage de foin
Supplément Goliath 40
Maïs sec roulé

Vaches taries
Foin sec
Minéral Transilac VT7-3C

Vaches en transition
Foin sec
Ensilage de maïs
Aliment Transimil 24

Vaches en lactation
Foin sec
Ensilage de foin
Ensilage de maïs
Maïs sec roulé
Supplément Synchro 3040V
Minéral Synchro STB T
Minéral Synchro 18-5T

Vaches en lactation
Pour les 120 premiers jours de la lactation,
on ajoute :
Supplément C Synchro Pulpolac
Supplément C Synchro 4214

« À la suite du programme Biodiversité, la production d’un guide de bonnes pratiques servira de modèle à l’échelle du Québec, indique Sylvain dans le document de participation qu’il a soumis au concours. Un volet sensibilisation a aussi été ajouté. L’appui de municipalités, bénévoles et partenaires financiers a permis de fabriquer des cabanes à oiseaux avec les élèves de l’école primaire, d’aménager un sentier pédestre pour un centre d’hébergement et de présenter un court métrage sur notre projet au Festival du film en environnement de Saint-Casimir. »
D’après Line Beauchamp, ex-ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, avec qui Sylvain Laquerre a eu l’occasion de s’entretenir, le monde agricole devrait davantage faire connaître les améliorations qu’il fait en agroenvironnement depuis plusieurs années, afin que la population reconnaisse ses efforts. www.phenixdelenvironnement.qc.ca
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