Entretiens
Zita la magnifique, par Patrick Dupuis
La Ferme Flèche d'or est fière de son nom. Un nom qui a une signification bien particulière pour ses propriétaires, Luc Boisvert et Annie Lecours. « L'or, c'est l'excellence, et Flèche d'or, ça signifie viser l'excellence », dit Luc.

Le couple a récemment décroché un prix on ne peut plus reluisant. La vache étoile de son troupeau, Flechedor Stormatic Zita (EX-97 2E), a été décorée du titre le plus prisé par les éleveurs : The Fay Barney Recognition - Champion Bred & Owned (Grande Championne, Meilleur éleveur et propriétaire), à la World Dairy Expo, à Madison (Wisconsin), en octobre dernier. « C'est pour nous la plus haute récompense de l'une des plus prestigieuses expositions au monde », fait savoir Luc. De plus, c'est la toute première fois dans l'histoire de cette exposition que cette distinction est attribuée à un élevage québécois.

« The Magnificent Zita » (Zita la magnifique), comme on l'appelle maintenant dans le milieu, accumule les décorations les unes après les autres. Seulement en 2010, elle a remporté de multiples grands honneurs (voir l'encadré en page 20). D'ailleurs, Zita est en bonne position pour décrocher les titres All-Canadian et Tout-Québec, décernés par Holstein Canada et Holstein Québec, ainsi que celui de Réserve All-American, aux États-Unis.

Dans le monde entier, tous les yeux sont tournés vers Zita. « Les astres sont bien alignés dit Luc. Le focus est sur elle. C'est la nouvelle femelle, le nouveau croisement qui vient d'éclore sur le marché mondial. Il faut en profiter. »

Âgée de sept ans et quatre mois au moment de l'entrevue, en novembre dernier, Zita compte déjà parmi ses filles une EX et trois TB. « C'est la preuve qu'elle peut transmettre ses capacités », indique Luc. Le couple Boisvert-Lecours ne vient pas de s'inventer une passion pour l'exposition. Luc et Annie sont des éleveurs hors pair, qui cumulent 20 ans d'expérience.

Croire
À l'âge de 13 ans, quand Luc tente sa chance pour la première fois dans les arènes d'exposition, il termine dernier de sa catégorie. Le jeune adolescent, qui fait alors partie des Jeunes ruraux, ne prend pas ce résultat à la légère. Il travaille à s'améliorer. Son entourage lui prodigue des conseils qu'il s'efforce de mettre en pratique. Son père est un bon producteur, sans être fan de l'expo ou maniaque des animaux de race pure.

À 16 ans, avec 1400 $ dans son compte, il se rend à Montmagny, à la ferme de Marius Cantin, qui faisait encan. Il y achète une génisse du taureau Lynmack pour… 1400 $. À deux ans, la bête se classifie TB. La belle histoire commence.

Lorsque Luc et Annie acquièrent l'entreprise familiale, en 1989, le troupeau compte quelques sujets de race pure. Ils se lancent dans l'élevage et se lient d'amitié avec Albert Cormier, propriétaire de la ferme Cormdale, en Ontario, un important éleveur et exportateur d'animaux laitiers, qui possède de nombreux contacts en Europe. Pour une somme de 10 000 $, Luc lui achète une première génisse, qui, à trois mois, est déjà sous contrat pour la production de trois taureaux.

En l'espace de quatre ans, le couple, qui entretient des relations d'affaires avec plusieurs producteurs, investit 150 000 $ dans des sujets d'élevage. Les fondations du troupeau se mettent en place. « Grâce aux contacts d'Albert Cormier, notre ferme s'est fait connaître dans les expositions au Québec et on a pu vendre des animaux dans plusieurs pays, indique Luc. Nos lignées génétiques de haut niveau nous ont permis de produire des animaux exceptionnels. » La Ferme Flèche d'or possède une centaine de têtes réparties en une dizaine de familles de qualité (voir l'encadré en page 22).

Luc se rend compte au fil du temps que si une vache n'excelle pas lors d'une exposition, ce n'est que partie remise. « Il faut y croire et ne jamais désespérer, tout est là », dit-il. Amateur de hockey, il pense à Martin Saint-Louis, joueur vedette du Lightning de Tampa Bay, à qui on avait signifié dans sa jeunesse qu'il ne ferait jamais son chemin jusque dans la LNH, parce qu'il était de petite taille. Autre exemple qu'il aime citer : Céline Dion. « Si elle n'avait pas été "coachée" et qu'elle n'avait pas travaillé sa voix sans relâche, elle serait encore à Charlemagne. »

Quand il jouait au hockey, Luc ne figurait pas parmi les meilleurs, et les 15 autres membres de son équipe non plus. « Mais on gagnait, dit-il. Pourquoi? Parce qu'on travaillait ensemble et, surtout, parce qu'on voulait gagner. C'est d'ailleurs pour ça que le réseau La Coop a du succès. Croire en soi, c'est une force inestimable. »

À la maison comme à la ferme, Luc et Annie se partagent toutes les tâches. Leurs jumeaux, Bryan et Steven, âgés de 13 ans, contribuent aussi aux travaux. « Pour se rendre au top, il faut vivre la même passion », souligne Luc.

À 49 ans, Luc est aujourd'hui un modèle pour les jeunes éleveurs. « Ils me disent : "J'aimerais ça", je leur réponds : "Croyez-y et foncez." Moi aussi, j'ai eu des mentors. Bertrand Boisclair, Antonio Tourigny, par exemple, des producteurs généreux qui appuyaient les jeunes et dont je me suis inspiré. »

1 + 1 = 2
Grande Championne à l'exposition de Trois-Rivières de 2008 est le premier titre d'importance que Zita a remporté. C'est Alain Guillemette, expert-conseil à La Coop fédérée, qui avait dit à Luc et Annie : « Vous devriez y inscrire Zita, ce serait un bon test avant les autres expositions de cette année! »

« Une génisse, il faut tout faire pour ne pas la manquer, dit le producteur. Tout faire pour favoriser son gain. Pour qu'elle soit au-dessus des courbes de croissance. Pour que sa conformation soit exemplaire. Il faut la travailler pour que chaque kilo de gain soit laitier. »

Luc Boisvert et  Annie Lecours et leurs jumeaux, Brian et Steven, âgés de 13 ans.

Luc Boisvert et Annie Lecours et leurs jumeaux, Brian et Steven, âgés de 13 ans.

 

Un animal bien conformé, de grande capacité et doté de membres vigoureux aura une bonne longévité doublée d'une production élevée, croit l'éleveur, qui, même s'il connaît à fond les lignées de taureaux et de vaches avec lesquelles il travaille, sait que 1 + 1 n'égalent pas toujours 2. « Mais cette fois, avec Zita, 1 + 1 ont fait 2, s'exclame Luc. Tout a concordé. La génétique, la régie, l'appui constant des experts-conseils, tout. Ce n'est pas le prix qui assure le succès. Une des vaches les moins chères que j'aie achetées, c'est la mère de Zita, une vache aujourd'hui exceptionnelle (quatre étoiles), que j'ai payée à l'époque 5000 $. »à

« C'est l'instinct et l'œil de l'éleveur qui entrent alors en ligne de compte et qui le distinguent », indique Alain Guillemette.

« À deux ans, après qu'elle a vêlé, elle s'est améliorée année après année, dit Luc. Elle a commencé à 85 points et a atteint, tout juste avant la Royale, 97 points, le score le plus élevé jamais atteint au Canada, la cerise sur le sundae. »

« Zita est la première vache propriété élevé d'un éleveur québécois à obtenir 97 points, rappelle Francis Bilodeau, expert-conseil à La Coop des Bois-Francs. Au Canada, il n'y a que cinq vaches et un taureau qui ont atteint le cap des 97 points. »

« Certaines vaches se détériorent en vieillissant, dit Alain Guillemette. D'autres s'améliorent. Zita fait partie du second groupe. »

Quinze minutes après que le classificateur eut entré ce résultat sur le site de Holstein Canada à l'aide son ordinateur portable, un producteur de Rimouski s'était empressé d'appeler Luc pour le féliciter. Dans les jours suivants, la photo de Zita était à la une des sites de Semex Brésil, Semex Nouvelle-Zélande, Holstein World et Cowsmopolitan. Les marques de reconnaissance fusaient de partout. Avant que le couple ne se rende à la Royale de Toronto, Facebook titrait : « Tout le sud-ouest de la France est derrière Zita! » En tapant Flechedor Stormatic Zita dans Google, trois pages de liens qui lui sont consacrés s'affichent. Puis, arrivés à la Royale, Luc et Annie se sont aussitôt fait proposer une entrevue par le prestigieux magazine néerlandais Holstein International.

Zita

Dans les arènes d'exposition, Zita a toujours été conduite par Annie, avec qui elle a une grande complicité.

« Zita avait du potentiel, dit Luc, on l'a traitée aux petits soins. Pour cela, je suis entouré de connaisseurs, Alain et Francis; ça fait des années qu'ils sont là-dedans. L'exposition, c'est un accomplissement. C'est un peu comme un sprinteur qui gagne après s'être entraîné pendant des années. Zita était prête à donner cette performance. »

Sur le chiffre d'affaires de l'entreprise, environ 350 000 $, 60 000 $ proviennent de la vente d'animaux et d'embryons. Le succès de Zita et de sa progéniture a fait affluer les commandes de la France, du Japon et de l'Australie. Âgée de huit mois, une de ses filles s'est récemment vendue 25 000 $.

Le 23 juin 2007, Zita a bien failli perdre toute chance d'atteindre le nirvana de l'élevage. Elle s'était presque fait arracher un trayon en tombant accidentellement dans une mangeoire. « Amenée d'urgence à l'hôpital vétérinaire de Saint-Hyacinthe, Zita a subi une microchirurgie de trois heures pour raccorder tous les vaisseaux, indique Luc. Elle est sortie de l'hôpital le 7 juillet avec un trayon tout à fait fonctionnel, sans la moindre séquelle. C'est une miraculée, car d'après l'équipe médicale de l'hôpital, qui a fait un travail incroyable, elle n'avait que 10 % de chances de conserver son trayon. » Trente-trois jours après l'intervention, Zita a décroché le titre Meilleur pis de sa classe à l'exposition de Victoriaville. « J'en aurais fait autant pour n'importe quelle vache de mon troupeau, assure Luc. Il faut donner la chance au coureur. Il faut être patient. Ne pas jeter l'éponge trop vite. »

« Ce n'est pas le bâtiment qui fait la vache, souligne l'éleveur. Notre étable est modeste et c'est bien ainsi. Grossir n'est pas la seule voie possible pour avoir un avenir doré. Notre premier but est d'exceller. Pas seulement en exposition, mais dans toutes les sphères de l'entreprise. »

« Les expos, l'exhibit Coop, c'est une vitrine pour montrer nos plus beaux atouts, c'est un formidable outil promotionnel. Mais de retour à la ferme, il y a 40 kilos-jour à faire et il faut que les vaches tombent gestantes, enchaîne l'éleveur. Ça prend quelqu'un pour équilibrer ça, cette nourriture-là. C'est aussi important pour moi de mettre 2000 balles de foin de qualité dans l'étable, de remiser de la machinerie bien propre et en bon état, que d'élever une Zita. Il y a autre chose aussi : on tient beaucoup à se permettre une fin de semaine sur deux, à s'offrir une vie qui soit équilibrée sur tous les fronts. »

« Notre objectif d'exposition, dit Luc, est d'élever une autre Zita. Une génisse, née fin juin, est déjà inscrite au programme Top modèle. Alain et Francis sont à nos côtés. On regarde déjà pour la prochaine saison d'expos… »

Pour Alain Guillemette, qui, dans le cadre des « exhibits » Coop, a accompagné Luc et Annie à une dizaine de reprises dans diverses expositions où figurait Zita, la reconnaissance obtenue à l'Exposition internationale Holstein Québec est également une consécration. « Que des producteurs nous confient leurs meilleures bêtes, c'est très gratifiant, dit-il. Il y a une bonne relation de confiance entre les éleveurs et nous. »



Des résultats de haut niveau

Exposition de Trois-Rivières 2008
Grande Championne

Exposition de Victoriaville 2008
Grande Championne
de réserve

Royale de Toronto 2008
3e dans la classe Femelle
5 ans

Réserve Tout-Québec
chez les 5 ans 2008
Nomination All-Canadian chez les 5 ans
2008

Exposition agricole de Victoriaville 2010
1re Vache adulte
Meilleur pis de sa classe et propriété élevée
Grande Championne de réserve

Exposition provinciale de Québec 2010
1re Vache adulte
Meilleur pis de sa classe et propriété élevée
Grande Championne de réserve

World Dairy Expo Madison (Wisconsin) 2010
2e Vache adulte
Meilleur pis de sa classe
Mention honorable senior
Grande Championne
propriété élevée

Exposition internationale Holstein Québec
à Saint-Hyacinthe 2010

1re Vache adulte
Meilleur pis de sa classe et propriété élevée
Grande Championne

Foire royale d'hiver de l'agriculture
(la « Royale ») 2010

Exposition nationale Holstein du Canada
1re Vache adulte
Meilleur pis de sa classe et propriété élevée

L'alimentation à la
Ferme Flèche d'or

Par Francis Bilodeau, T.P.
Représentant, Secteur des ruminants
La Coop des Bois-Francs
bilodeauf@boisfrancs.coop
et
Alain Guillemette, T.P.
Conseiller régional
La Coop fédérée
alain.guillemette@lacoop.coop

Génisses
Goliath VO 21 et Goliath Expo

Vaches en lactation
Supplément synchro VIP
Supplément synchro Mega
Minéral synchro VIP

Vaches taries et en préparation
Minéral Transilac 7-3
Aliment Transilac 17 et 911

Autres sujets dignes de mention

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Pink TB-88 3 Étoiles

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