Entretiens
Ferme G. Labbé et Fils inc. 6 "morceaux" de robots!, Texte et photos de Patrick Dupuis
Étienne Labbé et ses deux fils Charles et Louis ont un nouvel allier à l'étable : un sixième robot de traite.

Les propriétaires de l'entreprise de Saint-Odilon-de-Cranbourne, en Beauce, ont « embauché » leurs deux premiers « employés électroniques » en 2007. Deux autres se son joints à eux en 2008. Puis encore deux autres en 2010. Et ce n'est pas tout, l'emplacement du septième est déjà aménagé.

Deux vastes bâtiments, érigés en 1999 et 2010, abritent le troupeau. Avec les sujets de remplacement, on y retrouve au total 800 têtes. Mais on a prévu le coup pour une centaine de bêtes de plus. « Pouponnière, parcs à vêlage, tous les outils sont en place », indique Charles. Mais la rareté du quota met en veilleuse le projet d'expansion et l'achat du septième robot.
À la ferme, on mise sur une productivité accrue et l'optimisation des tâches reliées à la traite du cheptel de 320 vaches laitières en stabulation libre. « Mais attention, un robot de traite n'est pas fait pour ceux qui n'aiment pas traire les vaches », prévient Étienne Labbé, aujourd'hui à la tête de l'entreprise que son père, Gédéon, a fondée en 1936.

« Avec les robots, on est moins présents à l'étable qu'avant, ajoute Louis, c'est vrai pour la traite du moins, bien que ça ne nous empêche pas de commencer notre routine de travail dès cinq heures le matin. En revanche, on mise beaucoup sur la surveillance, l'observation, l'écoute. Il faut connaître et aimer les animaux. Ça permet de rapidement détecter la source d'un problème. » Et pour les connaître, ses bêtes, Louis ne donne pas sa place. Il a en tête les caractéristiques de chacune. Quand quelque chose ne va pas, il le voit clairement. L'œil d'Étienne, aussi, est vif et perçant. La traite robotisée, c'est une autre façon de travailler. Nicole, la conjointe d'Étienne, l'a adoptée d'emblée, elle qui, chaque jour, est à l'étable et gère en plus toute la comptabilité de l'entreprise.

Un logiciel d'accès aux robots par l'entremise d'Internet et auxquels ont également accès le fabricant (Lely), leur expert-conseil (Jonathan Lehoux) et leur vétérinaire (Daniel Forgue), permet aux propriétaires de l'entreprise de demeurer en contact étroit avec ce qui se passe à tout moment dans les bâtiments. « Chaque vache est numérotée, dit Étienne. De la maison, on peut toutes les vérifier. Le robot révèle une foule d'information sur chacune d'elles : poids de l'animal, quantité de lait produite, température du lait, fréquence de passage au robot, chaleur, mesure de la conductivité du lait qui informe des risques de mammites, etc. »

Voilà un changement radical dans leurs façons de faire, car jusqu'en novembre 2007, ils s'acquittaient de la traite de leurs 215 vaches d'alors, gardées en stabulation attachée, à l'aide d'un système à 19 unités.

« Bien sûr, il faut une masse critique de production pour se doter de certaines nouvelles technologies, dit Étienne. C'est un choix, une philosophie, même. » Déjà, en 2001, ces producteurs visionnaires et avant-gardistes avaient érigé des silos bunkers, commencé à élever en stabulation libre les sujets de remplacement de même que les vaches taries et en transition, pour se préparer à gérer tout le troupeau de cette façon.

Les Labbé ont pourtant hésité entre se doter d'un salon de traite ou d'un système de robotisation. Un voyage en Europe, où l'on utilise la robotique depuis longtemps, ainsi que des visites de fermes au Québec, les ont convaincus d'opter pour cette technologie. Pascal Labranche, agroéconomiste à La Coop fédérée, les a aidés à évaluer divers scénarios économiques. Bref, un chemi­nement qui a été longuement mûri.

L'arrivée des robots leur a permis de résoudre un problème de main-d'œuvre. Elle se fait rare et il devenait de plus en plus difficile de planifier les travaux de fin de semaine, disent-ils. « Avec les robots, on a réussi à pratiquement doubler le nombre de vaches du troupeau, tout en se passant d'un employé à temps plein et de quatre employés de fin de semaine, fait remarquer Louis. Ç'a justifié l'investissement en robotique et procuré plus de flexibilité pour mettre l'accent sur d'autres aspects de la ferme, aux champs, par exemple. »

Avec cinq personnes et demie (y compris les propriétaires) pour gérer près de 400 kg de quota, cela fait environ 70 kg par unité travail personne (UTP), une donnée bien au-delà de la moyenne provinciale qui témoigne de l'efficacité accrue qu'a permis d'atteindre la robotique. « Jack Rodenburg, de l'organisme Dairy Logix Ontario, mentionne que les producteurs efficaces consacrent un tiers moins de temps à faire un même travail que les producteurs les moins efficaces, fait savoir Philippe Couture, conseiller en production laitière, spécialisé en robotique, à La Coop fédérée. Selon lui, le producteur de l'avenir devra travailler à optimiser son temps, et c'est justement ce qui semble être le fer de lance de la ferme Gédéon Labbé et Fils. »

pouponnière dotée d'un système automatisé pour l'alimentation solide et lactée, ainsi que pour le suivi du poids et du taux de gain de chaque veau.
Dans le nouveau bâtiment, les Labbé ont aménagé une pouponnière dotée d'un système automatisé pour l'alimentation solide et lactée, ainsi que pour le suivi du poids et du taux de gain de chaque veau.

Aux robots, le troupeau s'en tire avec une moyenne plus que respectable de 33 kg par vache par jour. Chaque vache s'y fait traire 3,3 fois et essuie 2,3 refus pour un total moyen de 5,6 passages par animal. « Un nombre plus élevé de traite favorise une plus grande production de lait par vache, indique Étienne. Le refus est en soi une bonne chose, car il signifie que la vache a envie de se déplacer, que ses membres sont en bon état, que son rumen fonctionne bien. Ce sont des éléments gagnants pour favoriser le passage. Dans une certaine mesure, plus une vache passe fréquemment dans le robot, plus celui-ci aura l'occasion de la prendre au moment où elle doit se faire traire. »

Étienne, Charles et Louis mettent d'ailleurs largement l'accent sur la santé du troupeau. Leur stratégie de gestion des vaches taries et en préparation au vêlage (transition) fonctionne au quart de tour, si bien que les désordres métaboliques sont à peu près inexistants. « Le calcul des rations taries-transitions est effectué à chaque changement de fourrages et le suivi rigoureux du pH urinaire aide beaucoup à la prévention », indique Louis. Des parcs spécifiques leur ont été aménagés pour favoriser leur bien-être. Les stalles des vaches en lactation sont spacieuses et leur offrent une bonne liberté de mouvement. On taille les sabots d'environ 75 à 80 vaches tous les mois pour leur assurer confort et agilité. L'accès au robot est facile et on ne s'y bouscule pas. Nul besoin de pousser un animal pour qu'il aille se faire traire (ce qu'ils étaient contraints de faire lorsqu'ils ont acquis leur premier robot, faute d'expérience).

Étienne Labbé entouré de ses deux fils, Louis et Charles

Étienne Labbé entouré de ses deux fils, Louis et Charles. Les plus récentes étables de l'entreprise, construites en 1999 et 2010 et jointes l'une à l'autre, mesurent respectivement 91 mètres sur 27 et 86 mètres sur 39.

En robotique, deux concepts coexistent. Le « trafic » guidé ou semi-guidé, qui « guide » la vache pour qu'elle passe au robot, et le trafic libre (la préférence des Labbé). « Dans un système comme dans l'autre, la santé est un élément déterminant pour avoir du succès, mentionne Philippe Couture. La qualité de l'attractif (aliment) au robot est également très importante, car elle favorisera les passages et la traite. »

L'expert-conseil Jonathan Lehoux
L'expert-conseil Jonathan Lehoux passe à la ferme une demi-journée par semaine pour effectuer un suivi complet du troupeau : alimentation, état de chair, traite robotisée, etc. « C'est un regard extérieur dont on a absolument besoin », fait savoir Étienne Labbé.
La robotique a permis une uniformité de traite jamais atteinte auparavant. « Dès qu'un quartier est vidé, le godet se détache. Il n'y a jamais de surtraite, souligne Louis. Le bain de trayons est aussi toujours uniforme. Le nombre de leucocytes a radicalement chuté depuis. »
un robot d'affouragement
À intervalles réguliers, un robot d'affouragement repousse devant les vaches la ration totale mélangée dont la plupart des ingrédients proviennent des 452 hectares en culture de la ferme.

On compte environ 53 vaches par robot. « On est déjà monté jusqu'à 68 vaches, indique Louis. Mais c'était trop. Il y avait congestion et compétition au robot. Les vaches plus timides se faisaient tasser par les dominantes. » Le nombre de traites par vache était plus faible, autour de 2,6 ou 2,7
(2,5 étant un minimum souhaité). Avec un nombre restreint de vaches, il y a au minimum 10 % de temps libre au robot (comparativement à 3 ou 4 % avant). Les timides ont leur place. Et chaque robot produit autant de lait.

La robotisation a modifié aussi leur choix de croisements génétiques. Louis, qui effectue toutes les inséminations, ne tenait pas compte, avant, de la vitesse de traite. C'est aujourd'hui un critère de sélection important. Une traite efficace et rapide décongestionne le robot. En plus de pieds et membres de qualité et d'une capacité élevée de produire du lait, on veut des vaches qui soient efficaces au robot. Louis ne retient plus les taureaux dont le paramètre de rapidité de traite est inférieur à 2,5 litres par minute.

Un indicateur de productivité que les Labbé gardent maintenant à l'œil, c'est la quantité de lait produite par robot. Elle se chiffre à environ 1800 kg par jour en moyenne, avec certains robots pouvant atteindre 2000 kilos. « Précisons qu'il y a six mois, pour démarrer les deux derniers robots, il a été nécessaire d'acheter plusieurs vaches de première lactation, et qu'il n'y a que 53 vaches par robot, dit Philippe Couture, ce qui n'a pas favorisé une production optimale, bien que les producteurs se soient quand même très bien tirés d'affaires. » Au moment d'écrire ces lignes, le troupeau comptait 42 % de vaches en première lactation à environ 170 jours en lait.

Pour faciliter la traite et maximiser la produc­tivité par robot, on mise sur le regrou­pement des vaches selon des critères de sélection précis : grosseur, fortes productions (40 kilos et plus), premier veau, etc. Dès le départ, elles sont assignées à un robot jusqu'à la fin de leur lactation. Avec un septième appareil, une catégorisation des sujets encore plus rigoureuse pourra être mise en place.

« Dans une entreprise en expansion, il faut trouver les moyens d'abattre plus d'ouvrage avec autant de personnel, croit Étienne. La traite robo­tisée est, pour nous, une excellente façon d'y arriver. »

Une bonne luminosité, une ventilation adéquate et amplement d'espace devant les robots favorisent les passages des vaches

Une bonne luminosité, une ventilation adéquate et amplement d'espace devant les robots favorisent les passages des vaches. Le bâtiment est aménagé en plusieurs sections. Après la période de tarissement, les vaches entrent dans la section transition, puis dans celle réservée au vêlage. Les vaches fraîchement vêlées accèdent à un robot (avec salle d'attente) qui leur est réservé.



L'alimentation Ferme G. Labbé et Fils inc.
Par Jonathan Lehoux, T.P.
Expert-conseil, La Coop

Génisses 0-2 mois
Lactoremplaceur
Goliath XLR 27- 16
Aliment Goliath vo-21 (med)
Foin sec

2-6 mois
Aliment Goliath vo-18 (med)
Foin sec

6-24 mois
Mélange d'ensilage de foin
Ensilage de maïs
Foin sec
Minéral Goliath vip

Vaches taries
Minéral transilac vt3-6t
Mélange d'ensilage de foin
Ensilage de maïs
Foin sec

Vaches en transition
Aliment transimil 15
Supplément c Transilac 911
Mélange d'ensilage de foin
Ensilage de maïs
Foin sec (contrôle du pH urinaire par expert-conseil)

Vaches en lactation
RPM de base servie à volonté : Mélange d'ensilage de maïs (40%) Ensilage de foin (60%)
Foin sec (2 kg)
Maïs sec
Supplément synchro vip minéralisé

Au robot : en complément selon
le niveau de production : Aliment
Robocoop 20 et Aliment Robocoop 2 (l'aliment Robocoop, spécialement conçu pour usage
en robots, est cubé à l'aide d'un procédé minimisant les particules fines.)

Du lait, mais du porc aussi
Les Labbé sont aussi très actifs en production porcine. Leur première incursion dans ce secteur remonte à 1956. Alors exclusivement finisseur, ils haussent leur cheptel à l'engrais de 600 porcs en 1995, puis encore de 500 de plus l'année suivante, pour un total de 1600 sujets. En 1997, ils portent un grand coup et mettent sur pied une maternité (avec pouponnière) de 338 truies. Enfin, en 2000, ils ajoutent 700 places en engraissement. C'est Charles qui a la responsabilité de ce secteur de l'entreprise. Et il s'en tire haut la main. À preuve, le nombre de porcelets sevrés par truie par année oscille entre 26 et 28 (la moyenne québécoise se chiffre à 21 ou 22). Charles possède son propre logiciel Pig Champ et a adopté, avec l'aide de l'expert-conseil Mario Goupil, de La Coop Unicoop, la production de porcs La Coop.
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