Entretiens
Haybec, le foin du Québec, Texte et photos d'Étienne Gosselin

Dans l'esprit de beaucoup, il n'y a rien de plus banal qu'une balle de foin. Pour les producteurs qui désirent y consacrer les efforts, il est toutefois possible de « faire du foin » avec le foin. L'organisme coopératif Haybec s'emballe à le démontrer. Tour de la question en quatre temps.

1. Développer le marché du foin
Formée en 2007, Haybec résulte de la mise en commun des efforts de six coopératives (Matapédienne, Purdel, Agriscar, Saint-Alexandre-de-Kamouraska, Groupe Dynaco et La Coop fédérée) désireuses de développer le marché du foin de commerce1. La mission de Haybec : structurer l'approvisionnement et la mise en marché du foin produit par ses membres, assurer la logistique du transport et trouver de nouveaux marchés. En d'autres termes, regrouper et développer l'offre ainsi que trouver et accroître la demande.

Haybec achète donc le foin et la paille des coopératives locales, qui s'assurent de payer le producteur dans les plus brefs délais suivant la transaction. Haybec se charge ensuite de la mise en marché.

2. Compétitif et segmenté
Le coordonnateur de la mise en marché de Haybec, Alexandre Beaulieu, croit dur comme fer au potentiel de sa région natale − le Bas-Saint-Laurent− pour la production de fourrages de qualité. Tellement que depuis sa sortie de l'Université Laval, où il a étudié en agroéconomie, Alexandre Beaulieu rêve de voir cet or vert mieux valorisé. Dans le cadre d'un de ses cours universitaires, il avait à rédiger un travail portant sur l'organisation de la mise en marché dans une production agricole. Le foin est devenu son sujet de prédilection. Et ultérieurement, l'objet de son premier emploi, après qu'il eut fait parvenir son travail de recherche aux dirigeants de Haybec.

Flash foin
Le Québec est une terre propice aux plantes fourragères. En 2008, 850 000 hectares ont été consacrés à la culture du foin2, soit davantage que les 646 000 hectares dévolus aux céréales (avoine, blé, orge et maïs-grain). Pour cette même année, le prix à la ferme a tourné autour de 125 $ la tonne, alors que la valeur moyenne des exportations était de 14 millions $.

De l'aveu même d'Alexandre Beaulieu, le marché du foin est compétitif et segmenté.Compétitif parce qu'il existe de nombreux acteurs, parfois grands mais plus souvent petits, qui n'écoulent que leurs surplus de foin. Et segmenté parce que chaque acheteur a ses propres exigences, ses propres besoins. Foin pauvre ou riche, densifié ou pas, pour lequel le prix (ou, inversement, la qualité) est le critère principal… Alexandre Beaulieu dit : « Quelques producteurs ont leurs propres marchés bien établis, qu'ils soient à l'échelle locale ou internationale. Dans la région, des commerçants font également affaire avec quelques producteurs, mais surtout lors des années de pénurie dans les régions centrales. La mission de Haybec est donc différente : c'est d'être présente chaque année dans la région et de contribuer à développer la profession de producteur de foin de commerce. »

Une bonne aptitude à la communication, un téléphone intelligent et une voiture de fonction, voilà les outils de travail d'Alexandre Beaulieu. « Ça prend beaucoup d'écoute pour décoder les attentes des acheteurs. Il faut aussi comprendre les producteurs, les camionneurs, les responsables des douanes… Autant de personnes, autant de visions différentes d'un même produit, le foin », dit-il.

Haybec (hay veut dire foin)
La consonance anglaise du nom Haybec (hay veut dire foin) exprime la volonté de cet organisme de percer le marché international avec le foin de l'est du Québec.

Fermettes, écuries et entreprises laitières et bovines sont les principaux clients. « Nous connaissons assez bien le marché du foin pour chevaux des États-Unis, ajoute le coordonnateur de Haybec. Notre défi est double : poursuivre le développement de ce marché et pénétrer d'autres secteurs. » Un essai d'exportation au Japon (camion jusqu'à Montréal, train jusqu'à Vancouver, bateau jusqu'au Japon) a d'ailleurs eu lieu en 2010. Une première exportation outre-mer qui a permis de valider la logistique d'une telle démarche tout en assurant une première présence de foin québécois sur ce marché. « L'exportation outre-mer n'est pas très répandue dans l'est du pays, alors que les provinces de l'Ouest ont déjà exporté annuellement près de 400 000 tonnes de fléole rien qu'au Japon. Ainsi, nous collaborons activement avec des entreprises bien établies pour orienter une partie de nos produits vers Dubaï, Tokyo et Pékin, par exemple. »

3. Professionnaliser le secteur
Grappin pour déplacer mécaniquement les petites balles, absence de poussière et de moisissures dans le foin, gestion serrée des coûts de production… Non seulement Haybec veut populariser la production du foin, mais le regroupement veut aussi la professionnaliser.

Le foin n'est pas un produit homogène. Les pourcentages de matière sèche et de protéine peuvent passer du simple au double, l'énergie fluctuer de plus de 30 %, la couleur et la digestibilité varier grandement. Le foin peut aussi présenter des caractéristiques indésirables : la poussière peut être présente, tout comme les moisissures et autres corps étrangers, telles les roches. Alexandre Beaulieu le rappelle : « Le foin à vendre n'est pas toujours du foin de commerce. » C'est pourquoi on réalise des analyses sur chaque lot de foin acheté par Haybec, ce qui permet de connaître précisément la qualité des fourrages et d'y associer un prix conséquent.

Les plantes fourragères foisonnent dans le Bas-Saint-Laurent.

Les plantes fourragères foisonnent dans le Bas-Saint-Laurent.

Fernand Ouellet, de la Ferme JF Ouellet, est mécanisée. À gauche : Alexandre Beaulieu, coordonnateur de Haybec
De la semence à la petite balle carrée (ou la grosse), toute la production de foin du producteur porcin Fernand Ouellet, de la Ferme JF Ouellet, est mécanisée. À gauche : Alexandre Beaulieu, coordonnateur de Haybec.

« Si mon rôle principal est de coordonner les activités de mise en marché, c'est celui des experts-conseils des coopératives d'assister les agriculteurs dans leur production de fourrages pour l'obtention d'une qualité constante et optimale », souligne Alexandre Beaulieu. Pour normaliser la production, un protocole (sorte de cahier des charges) a été conçu. Il ne laisse rien au hasard : espèces et variétés, désherbage, fertilisation, fauchage, conditionnement, séchage…

4. La force du réseau
Dans un avenir rapproché, Haybec aimerait pouvoir compter sur un réseau de producteurs, de la vallée de la Matapédia à L'Islet, qui s'engageraient par contrat à consacrer une certaine superficie de leurs terres à la production de foin, entreposé à la ferme, moyennant une avance versée selon la quantité récoltée à la fin de la saison. Des contrats portant sur des superficies plutôt que sur des tonnages, car on sait que les rendements peuvent être très variables d'une année à l'autre. À plus long terme, Haybec vise même à devenir la référence du réseau La Coop en matière d'approvisionnement de foin pour l'ensemble de la province.

L'agroéconomiste Alexandre Beaulieu est convaincu que le jeu en vaut la chandelle : il cite les références économiques du CRAAQ qui montrent que, dans le Bas-Saint-Laurent, la rentabilité de la production commerciale de foin est avantageusement comparable à celle de la production des petites céréales.

Haybec commercialise du foin sec, mais également de la paille

Haybec commercialise du foin sec, mais également de la paille.

1 Le secteur du foin de commerce n'est sous l'égide d'aucune fédération spécialisée ou plan de mise en marché collective. Le libre marché prévaut.
2 www.stat.gouv.qc.ca/publications/ ind_bioalimentaire/pdf/ Profil_bio_2009.pdf

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