Entretiens
La régie des sols... la clef du rendement! Par Pascal Larose
Depuis le début des temps, l'agriculture ne cesse de progresser vers de nouveaux sommets: modernisation de la machinerie, technologies de pointe (capteur de rendement, guidage par GPS), évolution de la génétique des semences. À cette évolution génétique est venue se greffer la biotechnologie au milieu des années 90, avec notamment l'apparition de la résistance à la pyrale. En 2011, les technologies « SmartStax, » et « VT2 Pro » permettront d'optimiser le plein potentiel des surfaces en culture en réduisant le refuge à 5 % de la superficie du champ. Ceci dans le but de hausser les rendements à des niveaux jamais atteints auparavant.
Par Denis Caron
Pascal Larose
Photo : Jean-Marc Raymond

Pourquoi tant d'effort pour
augmenter les rendements?

Pour deux choses. Premièrement, la population mondiale ne cesse de s'accroître. D'ici à 2050, elle devrait atteindre 9 milliards d'habitants. Deuxièmement, la consommation augmente avec le revenu. En effet, les besoins mondiaux en céréales sont passés de 155 kg à 250 kg par année par habitant depuis 1964 (une hausse de plus de 61 %).

La demande des nouveaux marchés ne devrait pas ralentir dans le futur. Par exemple, la Chine ne dispose que de 7 % des terres arables et de l'eau douce du globe pour en nourrir 22 % de la population. À ce rythme, si les rendements demeurent les mêmes, c'est 10 millions d'hectares supplémentaires qui devront être ensemencés chaque année pour subvenir au besoin de la planète et maintenir les stocks de céréales au niveau actuel. (Source : La Presse Affaires 29-11-2010)

Vos sols ont-ils la « santé » pour atteindre ces rendements?
L'intensification de l'agriculture au fil des ans a peut-être nui à nos sols. La détérioration de leur structure par un travail répétitif année après année en a favorisé la compaction et réduit la perméabilité. Des zones humides apparaissent et s'agrandissent avec les années au détriment de la performance de certains sols au Québec. La situation est parfois à ce point critique que plusieurs producteurs ont décidé d'ajouter des drains entre les drains existants, afin de pallier cette diminution de productivité. Est-ce la bonne solution? Pas dans tous les cas. Il est vrai que plusieurs systèmes de drainage au Québec ont atteint leur durée de vie, mais la plupart du temps, il s'agit d'un problème de structure de sol et de compaction engendrées par des années de travail intensif et de culture à rotation courte. Comment pouvons-nous pallier cette problématique tout en conservant le but premier de notre agriculture qui consiste à nourrir le monde en produisant plus avec la même surface de terre arable? Je vous invite à prendre votre pelle ronde et à vérifier la santé de votre patrimoine.

Evolution des agrégats dans un sol lour soumis a diff.rents degrés de compactage Racines de maïs en sruface, bloqués par une zone compacte

Un sol en santé possède une belle agrégation de particules qui favorise l'infiltration de l'eau, de l'air et des racines en profondeur. Il faut le voir comme un écosystème où chaque geste posé a un effet sur les autres éléments qui le composent. Sur les photos de la page précédente, de gauche à droite, on peut constater l'impact de la machinerie et du travail du sol en condition humide.
La compaction peut s'accroître au fil des ans si les méthodes culturales ne changent pas. Cependant, jusqu'à 10 ans peuvent s'avérer nécessaires pour redonner à un sol son allure de jeunesse, avec une activité microbienne lui permettant une aération adéquate favorable au développement racinaire.

Les racines agissent comme une pompe qui nourrit la plante en eau. En la consommant, la plante absorbe les nutriments essentiels à sa croissance. Si les racines sont limitées par une zone compactée, comme sur les photos ci-dessus, l'exploration du sol le sera tout autant, diminuant par le fait même l'absorption de nutriments et, par conséquent, le rendement de la plante.

Comment y parvenir?
Le travail réduit du sol en favorise la restructuration. Le travail vertical (strip till, zone till) est sans doute l'avenue la plus simple et efficace. Il permettra au sol de se refaire une santé pour faciliter la transition vers le semis direct.

L'introduction de plantes de couverture en post-récolte contribuera à réduire la période de transition vers le semis direct. La plante de couver­ture, en plus d'explorer le sol avec un système racinaire différent de celui de la culture principale, va récupérer l'azote non utilisé en cours de saison. Elle protègera votre sol contre l'érosion éolienne et hydrique afin de maintenir en place le « top soil », sa partie la plus riche.

Au printemps suivant, la plante de couverture va se dégrader et remettra en disponibilité l'azote qu'elle a consommé l'automne précédent. Les systèmes racinaires en décomposition laisse­ront d'innombrables trous améliorant l'entrée d'air et d'eau dans le sol. Vous favoriserez la restruc­turation de votre sol, réduirez les pertes d'azote dans l'environnement et, enfin, conser­verez le meilleur de vos terres sur votre entreprise plutôt que d'en faire bénéficier votre voisin ou le cours d'eau le plus près.

La restructuration ne se fait pas du jour au lendemain, mais si rien n'est changé dans la régie actuelle des sols, dans 10 ans on en sera au même point. Cependant, la population aura continué de croitre et la productivité n'aura pas suivi le tempo. Les rêves de rendement ultime n'auront été qu'une lueur d'espoir, car le sol n'aura tout simplement pas la santé nécessaire pour l'atteindre.

Par Denis Caron
Avoine semée en post-récolte de maïs ensilage

Essais à la ferme de recherche La Coop
En 2010, quatre espèces de plante de couverture ont été évaluées afin de vous faire connaître de nouvelles avenues en matière de régie des sols. Deux céréales, le seigle d'automne et l'avoine; une graminée, le ray-grass et une légumineuse, le trèfle rouge.

Observations 2010
Après une année d'essais, nos observations dans la culture du maïs nous ont permis de réaliser que les céréales se comportent bien lors d'un semis en post-récolte, principalement après l'ensilage de maïs. La plante en place bénéficiera d'une application de lisier post-récolte et captera les éléments fertilisants tout en réduisant les risques environnementaux liés à une application automnale.

Le ray-grass et le trèfle se sont bien adaptés à une régie de semis au stade 8 à 10 feuilles du maïs. Résultat : un tapis de végétation qui permet une meilleure portance pour la récolte l'automne venu. La plante en place profitera de l'azote non utilisé par la culture pour croitre et libèrera le tout le printemps venu pour la culture subséquente.

Finalement, pour la culture du soya, le traitement de semis à la volée (simulant une application par avion) au stade de la tombée des feuilles, s'est avéré le plus concluant. L'établissement du seigle d'automne et de l'avoine était plutôt moyen, tandis que le ray-grass s'est bien adapté à ce type de semis. Les conditions très sèches au semis ont réduit l'efficacité du traitement.

En 2011, l'essai sera reconduit afin d'évaluer les pièges reliés à cette régie et son impact sur le rendement.

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