Entretiens
Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Malgré un questionnaire un peu plus long que les années passées, c'est un total de 42 dossiers de candidatures qui ont été reçus par La Coop fédérée pour l'édition 2011 du Prix Transfert de ferme. La Coop a privilégié cette année le retour à une formule jugée, dont le jury était sous la supervision du premier vice-président de La Coop, Ghislain Cloutier. Le grand gagnant sera connu lors de l'assemblée générale de La Coop fédérée, le 24 février 2011.
Ferme Dion-Ouellet.Quand la communication va, tout va!
Pourquoi existe-t-il des concours pour souligner des processus de transfert fructueux? Parce qu'on ne transfère qu'une fois dans sa vie, répondent à l'unisson les gens de la Ferme Dion-Ouellet, et qu'il faut bien faire les choses!

Un des aspects du transfert de ferme qui ne peut plus être occulté de nos jours, ce sont les relations humaines, qui sont même au cœur du processus. Les producteurs qui transmettent leur ferme de manière efficace et constructive admettent ce fait et investissent du temps et des énergies dans leurs relations.

La Ferme Dion-Ouellet en est un exemple éloquent. Le climat relationnel entre les parents et leur relève est exceptionnellement bon, ont noté les juges du concours. Et pour preuve : quand est venu le temps, avec leur conseillère en transfert, d'évaluer la relation cédants-accédants, sans même se consulter, Jocelyn Dion et Line Bernier (les parents) et Isabelle Dion et Pierre-Olivier Ouellet (fille et beau-fils) se sont donné chacun des notes de 9,5 sur 10. Transparence et ouverture d'esprit permettent de prévenir la discorde, s'entendent-ils pour dire. Et adieu les clichés : Pierre-Olivier, un homme, un vrai, communique facilement ses idées, ce qui dénoue vite les possibilités de conflits relationnels.

Jocelyn Dion, sa fille Isabelle et son beau-fils Pierre-Olivier
Un rôle de mentor, c'est ce qui attend Jocelyn Dion quand sa fille Isabelle et son beau-fils Pierre-Olivier reprendront la ferme, en 2014.

Très tôt dans leur processus, les Dion-Bernier-Ouellet ont fait appel à une conseillère en transfert, Huguette Veillette. Une fois les entrevues individuelles et de groupe complétées, la conseil­lère avait peu de recommandations à émettre. Elle était en fait placée devant un cas modèle de transfert réussi.

Fait particulier, c'est le beau-fils de Jocelyn Dion et Line Bernier, Pierre-Olivier Ouellet, qui a intégré la ferme en premier, dès 2002. Il a d'ailleurs été accueilli à bras ouverts par Line et Jocelyn, les libérant d'une lourde charge de travail. Il s'occupe aujourd'hui des besognes quotidiennes et de la traite. Et en 2014, Pierre-Olivier prendra sous son aile la comptabilité et la gestion administrative de l'entreprise. Un autre cliché tombe : en 2011, ce n'est plus toujours la femme qui œuvre au bureau et l'homme à l'étable.

Non, l'étable, c'est davantage l'expertise d'Isabelle qui, après son diplôme en Technologie des productions animales de l'ITA, a débuté sa carrière à La Coop Excel puis chez Valacta. Reprendre la ferme? Non, ce n'était pas dans le collimateur. Mais petit à petit, cette option se révèle à elle, si bien qu'elle joint finalement la ferme, en 2008. « J'étais de plus en plus fébrile de pouvoir venir travailler chez nous, pour appliquer sur notre entreprise ce que je prêchais depuis 10 ans chez des centaines d'autres », affirme Isabelle. Aujourd'hui, son choix est clair. « On est bien sur la ferme. On a une belle liberté et pas trop de pression. Les objectifs, c'est nous-mêmes qui nous les fixons. »

De leur côté, à l'heure où plusieurs fermes sont sans relève1, Jocelyn et Line s'estiment chanceux de pouvoir compter sur des successeurs formés et prêts à s'investir. Line Bernier : « Le fait de pouvoir compter sur une relève efficace, travaillante et motivée facilite le transfert et même notre détachement sentimental d'avec l'entreprise. » Isabelle répond : « En retour, nous sentons qu'on nous fait confiance, ce qui est très valorisant. »

Jocelyn Dion, sa fille Isabelle et son beau-fils Pierre-Olivier
Le fait de pouvoir compter sur une relève efficace, travaillante et motivée facilite le transfert...

En 2014, année estimée du transfert définitif, une page se tournera pour Jocelyn et Line, qui aspirent à une vie plus calme, loin de la ferme, bien qu'ils seront toujours là en tant que mentors pour les jeunes, qui deviendront propriétaires de l'exploitation à l'âge de seulement 30 ans.

Il se sera donc écoulé peu de temps entre le moment où Jocelyn Dion aura repris officiellement la ferme de son père, en 1994, une transaction complétée du jour au lendemain, et l'amorce du transfert à Isabelle et Pierre-Olivier, en 2008.

S'ils n'hésitent pas à passer le flambeau à leur jeune relève, c'est que Jocelyn et Line ont compris que le retrait de la vie agricole n'est pas seulement la fin d'une étape, mais le début d'une autre. À respectivement 53 et 49 ans, ils sont heureux de passer à autre chose… comme le golf! Ils se préparent à une vie bien remplie, mais par autre chose que deux trains par jour.


Ferme Dion-Ouellet de Wotton, une candidature soutenue par
La Coop Pré-Vert.

1 Voir le document Profil de la relève agricole au Québec 2007 du MAPAQ.

Projection dans 20 ans
Les Dion-Bernier-Ouellet pensent-ils que les concours de transfert existeront encore dans 20 ans? La question ne démonte pas Pierre-Olivier Ouellet, qui se mouille : « Peut-être plus tellement des concours de transfert de ferme, mais plutôt des concours de fusion-acquisition d'entreprises, parce que la tendance vers un nombre plus restreint de fermes de taille plus grande est bien engagée. »
Ferme S. M. Perreault, De mains en mains vers demain


Reprendre la ferme, c'est épouser un mode de vie. Andrée-Anne et Alexandre Perreault n'ont pas hésité : ils suivront le sillon que leurs parents tracèrent.

Même à la veille de transférer une entreprise qui vaut plus d'un million $, les membres de la famille Perreault de Saint-Alexis (Lanaudière) sont calmes et sereins. Le mot le plus approprié? Plénitude.

ferme laitière
Andrée-Anne et Alexandre Perreault n'ont pas hésité : ils suivront le sillon que leurs parents tracèrent en reprenant une ferme laitière en bonne santé financière.

Leur transfert, les Perreault-Lachapelle l'ont entrepris en 1996, aussi bien dire au dernier millénaire. C'est déjà à ce moment qu'ils entamaient leurs premières rencontres avec leur CRÉA, quand André-Anne et Alexandre n'avaient que 12 et 10 ans respectivement. La planification, ils en font leur affaire. Si tout va bien, la ferme sera transférée à 100 % aux jeunes en 2016… 20 ans plus tard!

Pourquoi existe-t-il des concours pour récompenser ceux qui transfèrent leur ferme avec succès? Ne sait-on pas précisément aujourd'hui quels sont les facteurs de succès et les écueils en matière de cession d'entreprise? La très souriante Mireille répond : « Des concours existent parce que ce n'est pas un événement qui se vit faci­lement. Il faut bien le planifier, car c'est une période importante pour les jeunes et pour nous qui quittons l'entreprise. Et même dans 20 ans, je crois que les concours comme celui-ci exis­teront toujours, car l'être humain restera toujours l'être humain, et le transfert, une démarche tout ce qu'il y a de plus humaine. »

Serge Perreault ajoute son grain de sel : « Je me rappelle avoir déjà participé à des concours de tenue de registre, de qualité du foin et d'élevage des taures qui nous ont permis de nous amé­liorer, des concours qui auraient encore leur place aujourd'hui. Alors, je pense qu'un concours sur le transfert existera encore dans 20 ans. »

Si jeunesse savait… patienter
Au cours du processus de transfert, Andrée-Anne et Alexandre ont su faire évoluer l'entreprise, exigeant avec leurs primes à l'établissement quelques commodités pour rehausser la productivité (agrandissement pour le logement des veaux et génisses et matelas pour les vaches) ou l'agrément à travailler (garage chauffé et fonctionnel). D'autres investissements dits rentables ont aussi été réalisés, comme du drainage et nivelage des terres et des achats de quota.

Mireille Lachapelle et Serge Perreault, 51 et 54 ans, seront de jeunes retraités quand leur fils Alexandre et leur fille Andrée-Anne reprendront la ferme, en 2016

Mireille Lachapelle et Serge Perreault, 51 et 54 ans, seront de jeunes retraités quand leur fils Alexandre et leur fille Andrée-Anne reprendront la ferme, en 2016.

Enfin, « jeunesse » et « patience » ne sont pas deux mots qu'on mettrait dans la même phrase, pourtant, Andrée-Anne et Alexandre, actionnaires depuis 2007, trouvent que leur transfert va déjà bon train, qu'il ne s'éternise pas. « J'ai encore plein de choses à apprendre de mes parents », souffle celle qui a étudié en agronomie. Son frère Alexandre, diplômé en mécanique agricole et en production laitière, est du même avis. La bonne entente!

Sous la plume d'Élaine Grignon, les Perreault ont fait l'objet d'un reportage complet dans l'édition de mars 2009 du Coopérateur agricole.

Ferme S.M. Perreault de Saint-Alexis, une candidature soutenue par
La Coop Profid'Or

Ferme S. M. Perreault, De mains en mains vers demain


Si Jean Charest voulait, aux dernières élections, avoir seul les deux mains sur le volant, la Ferme DM Gagnon, devenue Ferme Darnoc Holstein, a brillamment réussi un transfert à huit mains sur le volant!

Ils ont bien essayé de se chercher des poux, mais non, pas même un embryon de chicane. Que de la bonne entente! Ou à peine ces deux choses, disent-ils, en rigolant : le type de revêtement de la toiture de la nouvelle étable (tôle prépeinte ou tôle galvanisée?) et le nom de la ferme issue du transfert (de Ferme DM Gagnon à Ferme Darnoc Holstein, Darnoc étant le préfixe de la ferme, provient de Conrad à l'envers, qui est le nom du père de Daniel Gagnon). Bref, pas de quoi en faire un plat, surtout pas un paragraphe dans un magazine!

nouvelle étable!
Seule pomme de discorde entre Joachim et son père Daniel : le type de revêtement de la toiture de la nouvelle étable! On a déjà vu pire…

En 2005, un événement aurait pu tout changer. Bêtement, en traversant le chemin, Joachim se fait frapper par un camion. Diagnostic : reins amochés, greffes de peau et fractures multiples nécessitant des implants orthopédiques… Le tout oblige Joachim au repos presque complet pour un an. En fauteuil roulant, Joachim se sent inutile. Monique a alors l'idée de l'initier à la comptabilité et à la gestion de la ferme, accélérant en quelque sorte le processus de transfert, la transmission des responsabilités. Aujourd'hui, Joachim a les finances de Ferme Darnoc Holstein bien en main.

Il ferme les livres chaque mois en imprimant un rapport qui trône sur le coin du bureau. La première semaine du mois, il le décortique, débusquant les économies possibles. Puis il présente l'état des résultats à ses parents, qui détiennent encore 50 % des actions, lors de rencontres formelles (dîner mensuel). Autrement, on en jase informellement, accoté sur le réservoir de lait.
Il faut apprécier la détermination de Joachim à exploiter la ferme familiale : « Dès mon retour à la ferme, relate Joachim, alors que j'étais encore en fauteuil roulant, j'ai demandé à ce qu'on rencon­tre notre conseillère en transfert du CRÉA Bas-Saint-Laurent, Antonine Rodrigue, pour poursuivre les démarches. Il n'y avait pas de raison pour moi de reculer. Je guérirais. » Aujourd'hui, une discrète boiterie affecte encore Joachim, dont l'étable toute neuve de l'automne 2008 (qui a fait l'objet de la chronique rénovation du Coopérateur de décembre 2009) a été conçue pour faciliter ses allées et venues.

la génétique du troupeau

Joachim et Émilie travaillent à développer la génétique du troupeau pour, un jour, la commercialiser. C'est leur rêve.

Un transfert haut la main… et non les mains en l'air!
Un transfert équitable pour tous, y compris pour les enfants qui ne voulaient pas reprendre la ferme, c'était une priorité pour Daniel Gagnon et Monique Lebel. Pas question de voler quiconque en transférant! Le couple voulait simplement reconnaître le travail accompli sur la ferme antérieurement par leurs trois autres enfants.

Comme le travail de leur fille Julie, qui aurait pu reprendre la ferme, son diplôme de l'ITA en poche, mais qui a suivi son cœur vers la ferme laitière de son conjoint à la même hauteur que l'Isle-Verte, mais à l'intérieur des terres, à Saint-Pierre-de-Lamy. Puis celui de Gervais, qui a épousé la carrière d'ingénieur mécanique et qui aurait bien repris la ferme, mais seulement quand les poules auraient des dents! Et enfin Sophie, enseignante au primaire, qui ne se voyait pas enfiler des bottes tous les jours. « Pour nous, c'était primordial que les enfants aient d'abord un diplôme et qu'ensuite ils fassent ce qu'ils voulaient faire dans la vie », explique Monique Lebel. Pas de bras tordu, pas de remords, pas de rêve brisé.

interieur étable!
Conciliabule improvisé pour faire une bonne photo. La scène aurait toutefois pu être réelle, car la communication est excellente entre les quatre partenaires.

Mais l'équité « interprogéniture » était une priorité « secrète » de Monique Lebel et Daniel Gagnon, qui n'avaient pas annoncé leur intention de donner un certain montant à leurs trois autres enfants. Ainsi, ces trois derniers ont trouvé sous l'arbre de Noël 2008 trois enveloppes contenant chacune un chèque dont les fonds provenaient de la vente de la maison de la ferme à Joachim et Émilie. Pas un pactole, mais une belle reconnaissance du travail effectué dans leur jeunesse. Un cadeau de Noël inattendu et qui a fait plaisir à tous!

À la bonne franquette? Non merci!
Daniel Gagnon : « Quand j'ai acheté de mon père, nous nous sommes entendus sur le prix et j'ai fait un chèque. C'était pas mieux dans l'temps, les transferts à la bonne franquette! Ça manquait clairement de communication sur les objectifs et les besoins de chacun. » Joachim renchérit : « Derrière chaque transfert, il y a des chiffres, des contrats, des conventions, mais surtout des humains. »

Il poursuit : « Je ne voulais pas d'un transfert où j'aurais signé mon nom en bas de la page pour avoir 20 % et où j'aurais ensuite pris mon mal en patience. Notre processus de transfert ne s'éternisera pas parce qu'il a été bien planifié, avec un début et une fin. Je sais donc déjà qu'en 2016, si tout va bien, 100 % des parts et des responsabilités auront été transférées. »
On ne l'écrira jamais assez : savoir bien s'entourer est une clé de succès. « Notaire, planificateur financier, conseillère en transfert, fiscaliste, agroéconomiste… Ça nous a coûté cher d'honoraires professionnels, mais ça en a valu la peine. »

Tout est écrit
Hypothèses : disons que Joachim décède ou que Daniel et Monique divorcent… Qu'arrive-t-il? « Toutes les possibilités sont édictées dans la convention des actionnaires que nous avons préparée avec notre conseillère en transfert et notre notaire », répond Monique Lebel. « Nos mandats d'inaptitude et nos testaments, bref le plan de match est à jour si un imprévu survient », ajoute Joachim.

Autre chose qui était écrit, dans le ciel cette fois : que Joachim reprendrait la ferme. « Au secondaire, les cours d'éducation au choix de carrière, je trouvais ça long et ennuyeux! »

Ferme Darnoc Holstein de L'Isle-Verte, une candidature parrainée par La Coop Agriscar

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