Entretiens
Tomates à crédits, propos recuellis par Patrick Dupuis
Les Serres du Saint-Laurent, entreprise qui produit les tomates Savoura, n'ont pas suivi l'exemple du gouvernement canadien pour gérer leurs émissions de gaz à effet de serre. Cette entreprise est la toute première au Québec et la deuxième au Canada dont les efforts de réduction de GES ont été validés par la norme internationale Voluntary Carbon Standard. Les Serres du Saint-Laurent peuvent désormais accumuler ou vendre des crédits de carbone. Entretien avec la directrice générale, Marie Gosselin.
Marie Gosselin
Marie Gosselin

Le Coopérateur agricole : Quelles pratiques vous ont valu cette certification?

Marie Gosselin : Pour chauffer notre complexe de serres de Saint-Étienne-des-Grès, on utilise depuis 2007 du biogaz plutôt que du combustible fossile, comme le gaz naturel. Ce biogaz est du méthane, un puissant gaz à effet de serre, récupéré d'un centre d'enfouissement situé à proximité de nos installations. Cette pratique contribue donc à réduire les émissions de GES dans l'atmosphère, réduction qui se comptabilise sous forme de crédits de carbone. En somme, des crédits nous sont accordés pour chaque unité de réduction de GES.

  • Décrivez-nous vos installations de Saint-Étienne-des-Grès.
  1. C'est un complexe de serres d'une superficie de 52 000 m2, soit l'équivalent de 10 terrains de football. Il compte 126 000 plants de tomates, qui permettent la production de 60 tonnes de tomates par semaine.
  • Qu'est-ce qui vous a poussés à vouloir décrocher cette certification?
  1. Ça fait partie de la démarche environnementale de notre entreprise pour réduire notre empreinte carbone. En plus d'utiliser du biogaz pour chauffer les serres, on récupère (à la cheminée) le CO2 qui est issu de cette combustion. Le CO2 est réintroduit dans les serres pour nourrir les plantes. De plus, on réutilise toutes nos solutions nutritives, et nos emballages sont entièrement faits d'un matériau recyclé et recyclable.
  • Vous êtes la première entreprise au Québec et la deuxième au Canada à obtenir la certification. Pourquoi si peu l'obtiennent?
  1. Même si on en parle beaucoup, le marché des crédits de carbone est assez récent. De plus, pour le moment, c'est un marché volontaire. Si une entreprise n'a pas un projet qui a des chances d'être validé ou si elle n'a pas espoir de vendre un jour des crédits, elle ne se lancera pas dans cette démarche, qui est assez coûteuse et complexe. Les normes sont très élevées et il faut mesurer de multiples paramètres. Toutefois, une réglementation québécoise, chapeautée par la Western Climate Initiative − le marché du carbone nord-américain −, devrait entrer en vigueur en 2012.
Serres du Saint-Laurent

Photos : Les Serres du Saint-Laurent

  • Avez-vous eu de l'aide pour obtenir la certification?
  1. Bien sûr. On a été appuyés par la société-conseil québécoise ÉcoRessources. Une fois le projet monté, des valideurs de l'organisation First Environment, de Chicago, sont venus étudier et auditer notre demande de certification.
  • Qu'est-ce que cette validation représente pour Les Serres du Saint-Laurent?
  1. Nos installations de Saint-Étienne-des-Grès remplissent maintenant les conditions requises pour la vente ou l'accumulation de crédits carbone. De plus, la validation que nous avons obtenue est reconnue à l'échelle mondiale. Elle satisfait les plus hauts standards en la matière. Nos crédits pourront donc être échangés sur tous les marchés qui seront mis en place partout dans le monde.
  • Comptez-vous en échanger?
  1. On a commencé à les comptabiliser depuis le mois de septembre 2010. On pourrait donc en échanger, car il y a des acheteurs de crédits de carbone, même si on évolue, pour le moment, dans un marché volontaire. Ils en achètent maintenant pour profiter de la hausse du marché lorsqu'il sera réglementé. C'est notre analyse de la situation qui dictera si on en vendra ou si on les conservera pour d'éventuels besoins. Actuellement, en l'absence d'une réglementation, le prix est plus bas. S'il y avait une loi canadienne issue d'une volonté des gouvernements de diminuer les GES, la valeur des crédits pourrait s'accroître, un peu comme ça s'est fait en Europe. On se retrouverait dans un marché d'offre et de demande. Une chose est certaine, dès que ce marché sera réglementé, les prix monteront.
  • Est-ce que d'autres installations de votre entreprise pourraient aussi remplir les conditions du Voluntary Carbon Standard?
  1. Oui, et on se penchera prochainement sur la question. L'envergure du projet de Saint-Étienne-des-Grès valait davantage le coup, car il y avait nettement plus de crédits de carbone à aller chercher là en raison de l'utilisation du biogaz. Les serres de 5,5 hectares que nous construisons présentement au Mexique, qui seront aussi chauffées au biogaz, pourraient également faire l'objet d'une validation auprès du Voluntary Carbon Standard dans un avenir rapproché.

Le marché du carbone

« Si les gouvernements limitent les quantités de CO2 que pourront émettre les entreprises, ces dernières pourront respecter les normes de deux façons. Elles pourront soit réduire leurs propres émissions, soit acheter des crédits auprès d'une autre entreprise qui a dépassé le niveau de réduction qu'elle devait atteindre et dispose ainsi de crédits à vendre. Les crédits deviendront alors des marchandises. » (Bob Willard, The Next Sustainability Wave : Building Boardroom Buy-In)

Pour en savoir plus :

Les Serres du Saint-Laurent
www.savoura.com

Voluntary Carbon Standard
www.v-c-s.org

First Environment
www.firstenvironment.com

ÉcoRessources
www.ecoressources.com

« Climate-Smart » Agriculture
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture a publié un rapport qui présente tout un éventail de moyens pour réduire l'empreinte carbone des pratiques agricoles.
www.fao.org/docrep/013/i1881e/i1881e00.htm

Chicago Climate Exchange
www.chicagoclimatex.com

Western Climate Initiative
www.westernclimateinitiative.org
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