Entretiens
Madame sourire, Isabelle ST-Pierre
Qui aurait cru qu'une femme de 53 ans, n'ayant jamais eu à se préoccuper des finances familiales, deviendrait quelques années plus tard la gestionnaire d'une érablière de 10 000 entailles et une administratrice de La Coop Ste-Justine, entreprise enregistrant annuellement un chiffre d'affaires de près de 15 millions $? Laissant de côté son ordinateur portable, Marthe Audet-Jolin explique avec sagesse : « Parfois, la vie se charge de nous apprendre des choses. »

Janvier 1997. Léonce, entrepreneur forestier, est victime d'un grave accident de travail. Il rend l'âme après une semaine à l'hôpital, entouré de sa femme, Marthe, et de ses trois garçons – Mario, âgé de 31 ans, Martin, 28 ans, et Bernard, 26 ans. La jeune veuve se réfugie alors chez son frère, Robert. « Marthe, on a des forces cachées. Il faut aller les chercher quand on en a besoin », lui confie-t-il de son fauteuil roulant. Sur le coup, ces bons mots n'atteignent pas leur cible. Plus tard, Marthe se les appropriera.

Arrive le printemps et, avec lui, le temps des sucres. Malgré le chagrin, les enfants et Marthe décident de s'atteler à la tâche. « Nous ne pouvions pas abandonner. Nous voulions poursuivre son projet et ses rêves », explique-t-elle avec douceur.

Ayant de la graine d'entrepreneur, le groupe ne cesse de faire évoluer le projet. Après la construction d'un chalet annexé à l'érablière, ils acquièrent un lot de bois connexe. Dès la première année d'acquisition, le nombre d'entailles bondit de 5500 à 8000. Cette année, ils visent la pleine capacité, soit 10 000 entailles. Ces résultats exceptionnels ne sont pas étrangers à l'investissement en temps et en expertise du plus jeune, acériculteur et propriétaire d'une érablière de 20 000 entailles.

En plus de contribuer aux travaux quotidiens et d'assumer la gestion financière, Marthe confectionne chaque année les 200 petits plats individuels nécessaires au ravitaillement des travailleurs des deux érablières. « C'est beaucoup de temps, mais ça vaut vraiment la peine. On épargne 50 % des coûts et les garçons sont tellement heureux de manger la bonne nourriture de maman », précise-t-elle en rigolant.

Son engagement auprès de La Coop Ste‑Justine commence en 2006, lorsqu'on l'invite à se joindre au conseil d'administration. Sa première réaction : « Est-ce que je suis capable? » Après un temps de réflexion, elle fait le saut pour un premier mandat, qu'elle renouvellera à l'échéance. Elle découvre à la coopérative un nouveau monde. « Les premières années, j'écoutais beaucoup. Avec une formation pour comprendre la coopérative et mon rôle, j'aurais sûrement été plus efficace plus rapidement », glisse-t-elle, songeuse.

Alors que la quincaillerie est une des plus performantes du réseau, le secteur de l'ali­mentation représente un défi de rentabilité pour la coopérative. Selon Marthe, un meilleur encadrement et un programme de formation adéquat ont permis d'améliorer les pratiques du personnel et, du même coup, de faire croître les ventes. Fait intéressant : la municipalité de Sainte-Justine compte environ 1800 habitants, tandis que la coopérative est la propriété de plus de 2250 membres fidèles. Pas moins de 80 % des ventes s'effectuent avec ces derniers.

Malgré son intérêt pour la coopération, cette femme de cœur n'hésiterait pas à céder son siège à un des membres de la relève. « C'est important qu'ils prennent leur place. »

« Marthe, t'as tellement changé », s'exclament plusieurs personnes de son entourage. Et Marthe de leur répondre : « On n'oublie jamais. On apprend à vivre avec. J'ai fait le choix de continuer. Moi qui ai plutôt un tempérament peureux, j'ai décidé d'affronter mes peurs, de franchir des barrières, et ce n'est pas terminé », conclut-elle avec un regard plein de confiance en la vie.

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