Entretiens
Artisans du changement

Pour les dirigeants de la coopérative Organic Meadow (Les Prés bio), située à Guelph, en Ontario, l'agriculture biologique est loin d'être un retour en arrière, mais bien un pas en avant

logo Organic MeadowLa toute nouvelle laiterie que la coopérative a mise sur pied avec une entreprise partenaire, Steen's Dairy, est, aux yeux de ses gestionnaires, un exemple concret de modernisme. Inaugurée en août, à Guelph, cette laiterie, d'une capacité de 20 millions de litres, intègre les toutes dernières technologies en matière de manutention et d'emballage de lait frais destiné à la consommation. Un investissement de plusieurs millions de dollars, en incluant un soutien financier important de la part de l'État ontarien.

« Nous avons tout mis en œuvre pour nous assurer de mettre en marché un produit qui répond aux plus hautes exigences des consommateurs », indique John Macdonald, gérant de l'usine, qui travaille dans l'industrie laitière depuis 33 ans. Pour relever d'un cran le niveau de salubrité de l'usine, les murs intérieurs des locaux de transformation ont été recouverts d'acier inoxydable. Une première dans ce secteur au Canada, selon les dirigeants de la coopérative. Les trois quarts du lait reçu dans cet établissement sont certifiés biologiques. Le reste, soit 25 %, ne l'est pas. Les deux types de lait sont rigoureusement acheminés dans des réservoirs d'entreposage qui leur sont propres.

La laiterie est le premier établissement de ce genre que possède Organic Meadow. La coopé­rative mise d'abord sur une production et une transformation locales qui permettent, grâce à des circuits courts d'approvisionnement et de distribution, de tisser des liens étroits entre les producteurs, les transformateurs et les consommateurs. Des ententes ont été prises avec des laiteries de l'Ontario, du Québec, de la Colombie-Britannique et du Manitoba. Vingt millions de litres de lait sont acheminés annuellement à ces entreprises, qui fabriquent, pour Organic Meadow, une gamme étendue de produits vendus par l'entremise de 800 détaillants au Canada, et ce, tant dans les épiceries spécialisées que dans les grandes chaînes. La coopérative commercialise lait, beurre, fromage, crème, crème sure, yogourt et crème glacée. Elle met aussi en marché du grain, des œufs et des légumes congelés.

John Macdonald, gérant de la toute nouvelle laiterie qu'Organic Meadow
John Macdonald, gérant de la toute nouvelle laiterie qu'Organic Meadow vient de construire à Guelph, en Ontario, en partenariat avec Steen's Dairy. On y emballe le lait en plusieurs formats, répartis en cinq catégories : sacs de 4 litres (épiceries), sacs de 250 ml (institutions), contenants de 20 litres, 10 litres et 5 litres (restaurants et cafétérias), cartons de 1 litre, 500 ml et 250 ml (épiceries), et cartons de 2 litres avec bouchon dévissable (épiceries). La laiterie distribue également de la crème glacée ainsi que du lait en bouteille de verre, dont la demande est en croissance. Au besoin, on peut y traiter de petits volumes, qui permettent d'approvisionner des marchés de créneau.

« Organic Meadow est avant tout une coopérative de mise en marché », fait savoir Ted Zettel, cofondateur de la coopérative, qui compte une centaine de membres et 35 employés. « Outre l'usine que nous venons de mettre sur pied, les entreprises de transformation ne nous appartiennent pas. Et nous ne souhaitons pas pour le moment faire d'autres acquisitions. Notre façon de travailler, par des accords de partenariat avec de petites entreprises familiales ou des coopératives de transformation – sans lesquelles nous n'aurions jamais pu nous développer –, nous permet de nous concentrer sur la commercialisation de nos produits. »

« Il aurait sans doute été plus "payant" d'approvisionner notre réseau de détaillants au pays à partir d'une seule grande usine établie en Ontario », admet Ted Zettel, qui est également président de la Fédération biologique du Canada. « Mais qu'en aurait-il été du maintien des campagnes et de l'économie locale où nos produits sont distribués, et quelles auraient été les conséquences d'une telle démarche sur l'environnement? À Organic Meadow, nous ne servons pas que des intérêts financiers. Nous sommes à l'écoute des parties prenantes, de nos membres et de leurs besoins. »

Voilà beaucoup de chemin parcouru depuis la fondation de la coopérative, en 1989. Quelques producteurs de lait et de grains dotés de modestes ressources financières se réunissaient alors autour d'une table de cuisine pour jeter les bases de ce qui allait devenir, quelques années plus tard, en 1995, la première laiterie au pays à mettre en marché un produit laitier biologique (le Country Meadow Cheese). L'année suivante, elle lançait un lait bio (l'Organic Meadow Milk). Courage, détermination, persévérance ont animé ce noyau d'entrepreneurs idéalistes, qui s'étaient donné pour mission de repenser le système alimentaire.

Bien que marginale, une tendance favorable se dessinait à l'époque pour le commerce des produits biologiques. L'ancêtre d'Organic Meadow, OntarBio Organic Cooperative Inc., commercialisait déjà le grain de ces producteurs depuis un certain nombre d'années. Des difficultés financières vécues alors par l'entreprise ont amené ses membres à lui redonner un second souffle.

Pour relever d'un cran le niveau de salubrité de l'usine, les murs intérieurs des locaux de transformation ont été recouverts d'acier inoxydable

Pour relever d'un cran le niveau de salubrité de l'usine, les murs intérieurs des locaux de transformation ont été recouverts d'acier inoxydable.

La ferme familiale constitue la base d'Organic Meadow. Une centaine d'exploitations, toutes certifiées biologiques et établies en Ontario, la composent. On dénombre 70 producteurs laitiers, dont 15 % sont mennonites et 30 % d'origine allemande ou néerlandaise. La coopérative rassemble aussi des producteurs de grain, d'œufs et de légumes. « Ces influences venues d'Europe, notamment, là où l'agriculture biologique est pratiquée depuis plus longtemps, nous ont aidés à peaufiner nos façons de produire », souligne Ted Zettel.

Les vaches au pâturage

Les vaches au pâturage. Une pratique que redécouvrent un nombre croissant de producteurs, même « conventionnels ».

Les membres ne lésinent pas pour maximiser la qualité et la pureté des produits qu'ils acheminent à leur coopérative. Et ils se servent d'outils et de pratiques modernes pour y arriver. « L'agriculture bio est une agriculture fine, de pointe, de précision », rappelle Ted Zettel. Logiciels de gestion de données, bâtiments innovateurs, programme de rotation poussé, système d'enregistrement des mouvements des bêtes pour faciliter la détection des chaleurs ne sont que quelques-uns des moyens qu'ils utilisent. « Les producteurs se convertissent au bio pour réduire leurs coûts, dit Ted Zettel. En effet, ils apprennent à trouver leurs propres solutions aux problèmes qui se présentent et s'aperçoivent qu'en diminuant légèrement la production de lait, par exemple, ils gagnent beaucoup au chapitre de la santé de leur troupeau. »

John Macdonald, gérant de la toute nouvelle laiterie qu'Organic Meadow
Jenny Butcher, représentante à la coopérative Organic Meadow

Programme micoFIT
Consultez le site de l'Ontario Power Authority : www.fit.powerauthority.on.ca.

Coût de soleil
Pour réduire son empreinte écologique et celle de ses producteurs membres, la coopérative, en établissant des liens avec des fabricants, leur offre la possibilité de doter leur entreprise de panneaux solaires. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du programme microFIT, qui comprend des mesures incitatives lancées par l'État ontarien (sous l'égide de l'Ontario Power Authority) pour remplacer les centrales au charbon, qui doivent « disparaître totalement de la province d'ici la fin de 2014 ». D'une durée d'au moins 20 ans, ce programme prévoit une rémunération garantie pour la production d'électricité à partir d'énergie solaire. Il permet aussi de produire l'électricité à l'aide d'énergie éolienne, hydraulique ou bioénergétique. À 80,2 ¢ par kilowattheure, là où la production est de 10 kW ou moins, le solaire offre le revenu le plus élevé.

« Les producteurs de lait Jeff Yeandle et Bob Gilroy [voir le reportage sur note site Web sous l'onglet Dossier] se sont prévalus de cette offre, informe Jenny Butcher, représentante à la coopérative Organic Meadow. Ils ont investi près de 100 000 $ pour mettre en place les panneaux solaires. Avec les revenus qu'ils en tireront, ces panneaux devraient se payer d'eux-mêmes en une dizaine d'années. »

« Il s'agira donc d'électricité produite localement, dit Shelly Juurlink, responsable des relations avec les membres. Ainsi, on pourrait dire qu'une part du lait produit à la ferme le sera à partir d'une énergie verte. Un lait vert, en quelque sorte. Un geste qui s'avère bénéfique à la fois pour la coopérative, les producteurs, la société et l'environnement. »

Organic Meadow ouvre ainsi la voie pour un autre projet qu'elle souhaite réaliser : l'analyse du cycle de vie de ses produits. Les émissions de gaz à effet de serre liées à la production laitière étant déjà bien documentées, la coopérative aimerait cette fois aller plus loin, soit de la vache jusqu'à la sortie de la ferme. Le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), de l'École Polytechnique de Montréal, en collaboration avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, compte effectuer cette étude d'ici 2013. Organic Meadow prévoit également appliquer une démarche semblable pour l'ensemble de ses activités de transformation, y compris le recyclage de ses emballages; bref, du « berceau au tombeau ».

« En plus de penser localement, Organic Meadow mise sur la qualité, l'originalité, la responsabilité sociale, ainsi que sur son statut de coopérative », dit Ted Zettel. Par exemple, le chocolat qu'elle utilise pour aromatiser lait et crème glacée provient directement de Cocoa Camino, coopérative canadienne équitable et biologique (La Siembra), qui travaille avec des coopératives productrices de cacao du Pérou, de Panamá et de la République dominicaine. « C'est plus cher, dit Fabrice Roche, conseiller en production laitière à Organic Meadow, mais cette façon de faire est liée à nos convictions : rémunérer adéquatement les producteurs, limiter les intermédiaires et assurer la qualité des produits de la terre à la table. »

Mais la concurrence est impitoyable dans ce marché où l'on se dispute âprement le moindre pourcentage. « Nous avons reçu plusieurs offres d'achat, mais nous ne sommes pas à vendre », assure Ted Zettel. Le segment des produits biologiques connaît des hausses de ventes de 10 à 20 % année après année, dit-on à la coopérative. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, les ventes au détail de produits alimentaires biologiques au Canada se chiffraient à plus de 2 milliards $ en 2008.

Les consommateurs achètent bio d'abord pour des raisons de santé, et particulièrement pour celle de leurs enfants, a-t-on noté à Organic Meadow lors d'études de marché. Dans la décision d'achat, le prix n'entre pas réellement en ligne de compte. « Notre marque domine le marché des produits laitiers bios au Canada, dit Ted Zettel. Elle jouit d'une forte connotation positive et on lui reconnaît un haut degré d'authenticité, tout comme pour la plupart des produits biologiques dont on vient d'uniformiser les standards en juin 2009, sous le Régime Bio-Canada. » (Voir l'encadré.)

« La demande de produits bios est élevée, mais 80 % de ces produits vendus au Canada sont importés, dit Fabrice Roche. De plus, seulement 2 % des ménages en consomment, contre 20 % en Europe. Il y a donc beaucoup de potentiel à exploiter. Mais puisque la consommation de lait liquide plafonne et que le marché est saturé, il faut se tourner vers des produits différents, uniques, et miser sur la transformation, qui assurera une croissance plus soutenue. » Organic Meadow a récemment lancé un kéfir. Fabrice Roche croit qu'un brie ou un bleu viendrait avantageusement garnir le plateau de fromages qu'offre la coopérative, lequel se compose pour le moment de suisse, de cheddar et de mozzarella.

La ferme familiale constitue la base d’Organic Meadow

La ferme familiale constitue la base d'Organic Meadow. Une centaine d'exploitations, toutes certifiées biologiques et établies en Ontario, la composent. Au centre, Fabrice Roche, conseiller en production laitière à Organic Meadow, en compagnie de Cyril et Myriam Schneider, producteurs laitiers de Glen Robertson, en Ontario, et propriétaires de la ferme Dameya Holsteins. Le couple élève un troupeau de 80 têtes (dont 35 vaches en lactation) de haut statut génétique.

« En Ontario, le mouvement coopératif s'étiole, dit Jenny Butcher. Les grandes entreprises prennent de plus en plus de place. Organic Meadow est indéniablement à contre-courant de cette tendance. »

« Le modèle agricole qui s'appuie sur le pétrole à bas prix, l'usage abusif d'eau et l'emploi de technologies coûteuses, dont certaines sont polluantes, n'est pas viable à long terme, croit Ted Zettel. Qu'adviendra-t-il de ce type d'agriculture, largement dépendante du coût des intrants, lorsque le prix des énergies fossiles doublera? C'est également une agriculture qui ne peut être reproduite partout. Aussi, une agriculture qui n'est pas durable en soi devra tôt ou tard être abandonnée au profit d'autres méthodes. L'agriculture biolo­gique est durable, elle fonctionne avec des systèmes de production qui peuvent s'appliquer n'importe où sur la planète. »

L'agriculture biologique
Depuis le 30 juin 2009, le Règlement sur les produits biologiques a rendu obligatoire la certification de la conformité à la norme nationale sur l'agriculture biologique. Pour en savoir plus, consultez les liens suivants :
http://inspection.gc.ca/francais/fssa/orgbio/quest2f.shtml
http://inspection.gc.ca/francais/fssa/orgbio/orgbiof.shtml
http://inspection.gc.ca/francais/fssa/orgbio/staintf.shtml
(Source : Agence canadienne d'inspection des aliments)

Innover au profit des producteurs biologiques
En septembre dernier, le gouvernement du Canada a annoncé un investissement de 6,5 millions $ qui permettra de regrouper l'expertise du milieu universitaire, de l'industrie et de l'État en vue de l'élaboration de processus efficaces et rentables pour les producteurs biologiques. La Fédération biologique du Canada gèrera cet investissement. Les recherches porteront principalement sur la fertilité des sols, la culture des céréales, la production en serre et la transformation des aliments. Cette grappe scientifique contribuera à élaborer une marque reconnaissable et de grande qualité afin de positionner le Canada comme un chef de file de la production biologique.
(Source : Agriculture et Agro­alimentaire Canada)

Yeandle Farm, jeff Yeandle

Jeff Yeandle et Bob Gilroy sont producteurs de lait à Princeton, dans le comté d’Oxford, où l’on trouve un important bassin laitier et des terres parmi les plus productives de l’Ontario. Les deux associés, qui gèrent un troupeau de 120 têtes (55 vaches en lactation) et 120 hectares (300 acres) en culture, ont obtenu leur certification bio en 2005, après une transition qui a duré environ trois ans.

« L’agriculture biologique demande une connaissance poussée des animaux d’élevage et des cultures, dont la production est intimement liée à la nature. Ç’a été une démarche qui nous a appris à aller à la source des problèmes lorsqu’ils se présentent », dit Jeff Yeandle, qui réussit à nourrir son cheptel sans achat d’intrants, hormis des suppléments de vitamines et de minéraux. Les multiples cultures (luzerne, soya, maïs, sorgho, sarrasin, seigle, orge, avoine, pois), produites en un système élaboré derotations, subviennent aux besoins des animaux. Les protéines nécessaires sont exclusivement tirées des fourrages, du pâturage et des grains. Pour en améliorer la qualité, des analyses de sol sont effectuées afin de fournir l’information requise. « Les cultures apportent aussi nutriments, structure et matière organique au sol, dit Jenny Butcher, représentante de la coopérative Organic Meadow. Le programme de rotation de Jeff et Bob permet en plus une maîtrise efficace des mauvaises herbes et des ravageurs sans apport de produits de protection des cultures. »

« L’alimentation d’été est principalement constituée de pâturages, d’orge et de foin sec, indique Jeff. En hiver, on sert du foin de sorgho, de l’orge, de l’ensilage de foin ainsi que de l’ensilage en balles rondes. »

« La coopérative ne commercialise aucun intrant, sauf des semences, par l’entremise de notre division des grains, indique Shelly Juurlink, responsable des relations avec les membres. Nos producteurs s’approvisionnent auprès d’autres entreprises. Organic Meadow investit beaucoup de temps et d’argent dans les services aux sociétaires. Les conseillers travaillent donc principalement à accroître la performance des producteurs. Ils organisent des visites de fermes et plusieurs ateliers de formation traitant du soin des troupeaux, de la gestion des pâturages, de la qualité du lait, de certification biologique, d’élaboration de produits, le tout gratuitement. »

nouveau bâtiment

L’installation de panneaux solaires permettra aux deux propriétaires d’obtenir un revenu supplémentaire et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de leur entreprise.

Les deux producteurs laitiers ont récemment aménagé un tout nouveau bâtiment pour abriter leur troupeau. Il est constitué d’un dôme de toile robuste apposée sur des arceaux de métal et ne comporte aucun enclos, entrave, stalle ou appareil de récurage. Les vaches y circulent librement, été comme hiver. D’une dimension de 21 mètres sur 51 (70 pieds sur 168), ce bâtiment, fabriqué au Wisconsin, est doté de capteurs qui, en fonction de la température extérieure, déclenchent un mécanisme permettant d’abaisser ou de relever des rideaux qui modulent une ventilation entièrement naturelle. En plein été, d’après les éleveurs, il peut faire à l’intérieur du bâtiment jusqu’à 15 °C de moins qu’à l’extérieur.

Les vaches foulent une litière composée d’un mélange de sciure de bois et de leurs déjections. Remuée deux fois par jour, cette litière, à laquelle on ajoute régulièrement de la sciure fraîche, se transforme rapidement en un compost sec et inodore qui, en plus, n’attire pas les mouches. Les vaches n’hésitent pas à s’y étendre en tout confort. Le bâtiment est nettoyé une fois l’an. La litière, source d’éléments fertilisants, est épandue sur les terres.

Avec une production moyenne de 22 litres par vache, les éleveurs ne visent pas à battre des records. Leurs objectifs sont plutôt de maximiser le rendement et la qualité de leurs cultures ainsi que de diminuer leurs coûts.

Les membres d’Organic Meadow investissent, pour l’achat d’une part sociale, l’équivalent de 10 % des revenus bruts annuels de leur ferme.
Une vidéo décrivant le nouveau bâtiment peut être visionnée à l’adresse suivante :
www.youtube.com/watch?v=lDzjNh4v_Y4.

Le programme de rotation de Yeandle Farm
Jeff débute en semant de l’orge d’hiver en septembre, qu’il récoltera la première semaine de juillet. Du sarrasin est ensuite semé. À l’automne, il épand du fumier. Le tout est mélangé et préparé pour recevoir un semis de seigle. Au printemps, le seigle est roulé afin que Jeff puisse faire, au cours du même passage à la fin mai, un semis direct de soya. Il récolte le soya début septembre, puis sème de l’orge d’hiver, qu’il récolte au printemps. Jeff implante alors une luzernière, dont il tirera deux ou trois années de récoltes. La luzernière fait ensuite place au sorgho, semé au printemps et récolté en septembre. Jeff sème enfin du seigle ou de l’orge d’hiver, et le cycle recommence. « Pour trouver la bonne combinaison, il faut faire de multiples essais et constamment s’adapter », dit le producteur.
Dameya Holsteins

Les puristes croient qu’une production de lait élevée ne s’inscrit pas dans une démarche biologique. Qui tranche, qui juge? » demande Cyril Schneider. « L’agriculture biologique ne dicte en effet aucune façon de faire en matière de dimension ou de productivité des entreprises, dit Fabrice Roche, expert-conseil pour la coopérative Organic Meadow. Certains producteurs certifiés bios gèrent des cheptels de 200 vaches et parfois plus; c’est tout à fait compatible. »

Cyril et Myriam Schneider, producteurs laitiers de Glen Robertson, en Ontario, et propriétaires de la ferme Dameya Holsteins, élèvent un troupeau de 80 têtes (dont 35 vaches en lactation) de haut statut génétique. Originaire de Suisse, le couple est établi en Ontario depuis 11 ans. Son exploitation est certifiée biologique depuis deux ans. Il a fièrement livré son premier lait bio en mai 2008. La productivité moyenne se monte à plus de 9000 kilos. Le sujet le plus productif de leur troupeau a une production de plus de 11 000 kilos. Les propriétaires, passionnés de génétique Holstein, adorent les belles et bonnes bêtes bien conformées. « La génétique, c’est un défi», disent Cyril et Myriam, qui visitent régulièrement les arènes d’exposition en tant que spectateurs.

Dameya Holsteins enregistre une classification impressionnante : 6 EX, 16 TB et 8 BP. En matière d’élevage, Cyril et Myriam misent sur la conformation et la longévité. La doyenne, Aurore BB (TB-88), une des premières vaches qu’a acquises le couple, en 1999, a produit, en neuf lactations, 84 906 kg de lait à 4,8 % de gras et 3,5 % de protéine.

Accroître la présence de sujets portant le gène rouge figure aussi parmi les objectifs des éleveurs. « La demande de ces vaches est en croissance, en raison de leur capacité à mieux supporter la chaleur en période estivale, notamment au pâturage », fait savoir Cyril.

Danyca, la fille de Cyril et Myriam, a étudié en zoothérapie

Pour les Schneider, la génétique est une passion et un défi. Ci-dessus : Jackpot, fille du célèbre taureau Shottle, du centre d’insémination artificielle ABS, au Wisconsin. 
Danyca, la fille de Cyril et Myriam, a étudié en zoothérapie.

« Le succès provient d’une génétique de haut niveau et de la manière dont on élève les sujets, croit Myriam. On sélectionne les taureaux pour obtenir des vaches bien adaptées aux pâturages. Ça commence avec le veau, que l’on touche et manipule dès la naissance pour l’habituer rapidement à la présence humaine, ce qui facilitera, plus tard, les interactions avec l’animal. Dès l’âge de trois ou quatre jours, on sort les veaux à l’extérieur. »

« L’agriculture biologique, ce n’est pas plus difficile que l’agriculture traditionnelle, indique Cyril, mais c’est différent. On mise d’abord sur la prévention plutôt que sur le traitement. La dimension de notre ferme nous permet de prendre le temps de réfléchir, d’analyser un problème, ce que la grande entreprise classique n’a souvent pas le loisir de faire. »

Santé, bien-être, qualité des membres, fertilité des vaches, longévité sont des éléments sur lesquels les Schneider estiment avoir réalisé des gains en se convertissant au biologique.

« On prend aussi ce qu’il y a de bon dans le traditionnel, indique Cyril. Les maladies circulent, on doit vivre avec son temps. S’il faut traiter d’urgence, on le fera. On ne veut pas perdre d’animaux. Par ailleurs, on monte jusqu’à 30 % [maximum de 8 kg de moulée sur un total de 25 kg de matière sèche] la part de concentrés de la ration, en début de lactation seulement, pour atteindre le pic. Le bio, ce n’est pas synonyme d’austérité. »

Les vaches façonnent le pâturage.

Les vaches façonnent le pâturage. Elles sélectionnent les plantes en les consommant et, du coup, favorisent leur repousse et leur prolifération, au détriment de celles qui sont moins utiles. « Je n’ai pas labouré depuis 11 ans », dit Cyril.

Fabrice Roche coordonne le Club des « pâtureurs » francophones, qui regroupe des fermes traditionnelles et bios et dont le but principal est de développer la production de lait au pâturage durant la belle saison. « C’est une pratique que tous peuvent faire, qui n’est pas réservée qu’aux producteurs bios, dit-il. Produire du lait à bas coût et de meilleure qualité est le moteur qui va ouvrir la porte au grand retour à l’herbe. »

Alain Fournier, du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, étudie la composition du lait produit par des vaches confinées à l’intérieur par rapport à celles ayant accès aux pâturages.

Ferme Michael et Heidi Krol

« Produire un lait fourrager est ce qu’il y a de plus économique », dit Michael Krol. La ration de son troupeau de 80 vaches laitières est à base de fourrages à hauteur de 70 %, et jusqu’à 85 % l’été lorsqu’elles sont à l’extérieur, où elles disposent chacune de 0,6 hectare de pâturage.
En matière d’élevage, ce producteur de Lancaster opte pour une logique par troupeau plutôt que par animal. Gardé en stabulation libre, le cheptel de race pure, dont la production moyenne se chiffre à 7000 kg, compte 85 % de Holstein et 15 % de Jersey.

Michael met en pratique une gestion intensive des pâturages, composés principalement de graminées et de trèfle blanc. Ils sont gérés de telle sorte que les vaches se déplacent d’une parcelle à une autre deux fois par jour pour favoriser la repousse. « Les vaches récoltent elles-mêmes le foin et, du coup, fertilisent la prairie. Une façon de faire qui diminue catégoriquement les besoins en machinerie nécessaire à la récolte ainsi qu’en fosses d’entreposage des fumiers », dit Michael.

Les vaches portent au cou un détecteur de mouvement qui note l’intensité de leur activité

Les vaches portent au cou un détecteur de mouvement qui note l’intensité de leur activité. Les données, enregistrées à leur entrée au salon de traite, permettent de détecter les chaleurs plus facilement et sans avoir à utiliser d’hormones pour les synchroniser.
Grâce à l’exercice qu’elles font au pâturage, les vaches conservent un état de chair idéal et sont moins sujettes au problème de boiterie.

« Notre objectif est d’accroître la production de lait avec ce que l’on cultive à la ferme, dit le producteur de 53 ans, père de neuf enfants. Nous comptons réussir en travaillant sur la qualité des fourrages. »

En plus du pâturage, Michael sert à ses vaches du foin de grosses balles carrées et de l’ensilage, le tout composé de luzerne, trèfle rouge, mil, brome et fétuque. Au semis, il ajoute des pois et de l’avoine. « Ces plantes poussent rapidement et empêchent les mauvaises herbes de croître. » Le programme de rotation consiste en trois ans de foin, un an de maïs-grain et un an de seigle. Le seigle, résistant à l’hiver, est une source d’énergie et fournit la paille nécessaire.

« Le défi, en agriculture biologique, c’est de lutter contre les mauvaises herbes, dit Michael. C’est par une bonne rotation qu’on y parvient. Il faut aussi repenser toute la fertilisation, en utilisant judicieusement les fumiers et les plantes qui fixent l’azote de l’air. C’est un changement majeur par rapport à l’agriculture qui s’appuie sur les engrais et produits de protection. » Les cultures de la ferme sont certifiées bios depuis 2000 et le lait, depuis 2002. Michael, qui avait suivi quelques cours d’agriculture biologique, a entrepris sa démarche de certification en 1998.

un ouveau bâtiment est construit pour permettre d’en accueillir 80.

« Les rendements en foin avaient fléchi pendant la transition, dit Michael. Ils sont maintenant aussi élevés qu’en mode traditionnel. »
En 2002, un incendie détruit l’étable à entraves dans laquelle logeaient 55 vaches. La même année, un ouveau bâtiment est construit pour permettre d’en accueillir 80.

 

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