Entretiens
L'ostéoarthrite vertébrale un problème à surveiller
L'ostéoarthrite vertébrale (OAV) est un problème en émergence pouvant surtout toucher les poulets à griller mâles et les coqs de reproduction de chair.
Joanie Labrecque
Francine Dufour

L'OAV a été recensée en Amérique du Nord et en Europe. On l'a vue occasionnellement au Canada. En Ontario, le premier cas a été répertorié en 2008. Au Québec, au moins un cas a été signalé par un vétérinaire praticien, chez des poulets de chair de 22 jours, et un autre troupeau a présenté les signes cliniques typiques de cette maladie dans la semaine précédant l'abattage (diagnostic non confirmé). Il n'y a donc pas de quoi paniquer, mais le fait de connaître ce problème émergent nous permet d'être davantage aux aguets quand nous observons nos oiseaux.

Chez le coq de reproduction, le début du problème survient vers l'âge de 6 à 12 semaines et dure de 4 à 6 semaines. Chez le poulet de chair, il commence habituellement après 4 semaines. Dans les deux cas, le nombre d'oiseaux touchés est variable. La mortalité est due à la sélection, puisque les volailles ne peuvent pas accéder à l'eau et à la moulée et dépérissent. Chez le poulet de chair mâle, on parle de 2 à 4 % d'oiseaux atteints. Chez le coq reproducteur, on a rapporté des cas où jusqu'à 25 % des sujets souffraient d'OAV.

Les volailles malades ont typiquement le dos arqué et s'appuient sur leur poitrine, les pattes légèrement relevées, dirigées vers l'avant et l'extérieur. Un abcès est présent à la base de la septième vertèbre thoracique, la seule pouvant se déplacer dans la colonne vertébrale du poulet, ce qui a pour effet de comprimer la moelle épinière. Mais attention, les oiseaux montrant ces signes n'ont pas tous un abcès. Une autre maladie, la spondylolisthèse, entraîne les mêmes symptômes, mais elle résulte d'une dislocation des vertèbres causant elle aussi le pincement de la moelle épinière. Quelques sujets touchés par la spondylolisthèse se retrouvent dans tous les troupeaux. Des nécropsies permettent de différencier les deux maladies. Pour constater s'il y a présence d'un abcès, il faut enlever les poumons afin d'exposer les côtes et la colonne vertébrale. L'abcès, de couleur jaune pâle à blanche, a l'aspect d'un renflement à la base de la vertèbre, là où les poumons rencontrent les reins. Au laboratoire, des analyses bactériologiques pourront confirmer si Enterococcus cecorum, la bactérie à l'origine de l'OAV, est en cause.

Position typique des oiseaux atteints d'OAV.
Position typique des oiseaux atteints d'OAV.
Un abcès comprime la moelle épinière des oiseaux malades.
Un abcès comprime la moelle épinière des oiseaux malades.
L'abcès se présente comme un renflement à la base de la vertèbre où les poumons rencontrent les reins
L'abcès se présente comme un renflement à la base de la vertèbre où les poumons rencontrent les reins

Enterococcus cecorum est un habitant normal de l'intestin et il peut causer de l'arthrite et de l'ostéomyélite (infection de l'os). Par contre, on en connaît peu sur la relation entre les bactéries peuplant le système digestif et celles trouvées dans les abcès. La recherche démontre qu'une grande diversité de souches d'Enterococcus cecorum colonisent le tube digestif, mais que celle trouvée dans les abcès est toujours la même. Il semble que la maladie se propage par voie orale. Le stress ne semble pas en cause dans l'apparition de la pathologie, sauf celui associé à la santé intestinale (à la suite d'une coccidiose, d'une restriction alimentaire trop importante, d'une contamination bactérienne de l'intestin ou d'une modification de la flore normale). La source de la bactérie n'est pas connue.

Dans une ferme, l'OAV est sporadique, c'est-à-dire que tous les oiseaux n'en seront pas nécessairement atteints, et ne semble pas se propager aux poulaillers avoisinants pendant la période d'élevage. Par contre, quand un lot en a été l'hôte, le suivant, dans le même poulailler, sera probablement touché lui aussi.

Les antibiotiques utilisés ne pénètrent pas bien dans l'abcès et le traitement est peu efficace. La meilleure intervention consiste à éliminer les oiseaux infectés. Il est donc préférable de prévenir, en s'assurant de la bonne santé intestinale des volailles. Si on a diagnostiqué cette maladie dans un troupeau, il est recommandé de laver et de désinfecter le bâtiment, de nettoyer les conduites d'eau en prenant soin d'enlever le biofilm et de prévoir un assainissement continu de l'eau pendant la période d'élevage.

La recherche permettra éventuellement d'en savoir plus sur la source de la bactérie, de même que sur les meilleures stratégies de prévention et de traitement.

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