Entretiens
Réflexion de dernière minute avant de semer
Voilà le mois d'avril arrivé. Il est grand temps d'effectuer les derniers préparatifs pour les semis. Les semoirs sont réglés et calibrés. Les appareils aratoires et tracteurs, prêts à fonctionner. Les choix de cultures sont faits. Les stratégies d'établissement des refuges dans le maïs, fignolées. Les décisions de désherbage hâtif, finalisées. Bref, vous êtes fin prêt à repartir une saison de culture qui apportera abondance à la récolte. Mais avez-vous envisagé tous les facteurs maîtrisables pour optimiser votre revenu? Lors de votre rencontre avec votre expert-conseil en productions végétales, avez-vous discuté des points de régie en matière de fertilisation qui peuvent améliorer votre rentabilité? Plusieurs concepts vous ont été présentés au cours de l'hiver, et il devient parfois difficile de s'y retrouver. Dans le présent article, vous trouverez une liste de points auxquels réfléchir avant le grand départ des semis de maïs et de soya.
François Labrie
François Labrie

Maïs
Le maïs est une culture qui peut atteindre des rendements astronomiques (pensez que 25 kg de semences donnent plus de 12 tonnes métriques de grain). L'azote est vraiment l'élément moteur de ce rendement et représente un investissement majeur pour cette culture. Vous pouvez l'appliquer avant de semer ou en postlevée une fois la culture établie. Par contre, comme il est impossible de prévoir la pluviosité, l'azote peut être lessivé des sols ou se volatiliser dans l'air lorsqu'il y a excès de pluie.

Un outil qui permet de gérer ce risque est l'azote à libération contrôlée FRN. L'azote FRN peut être appliqué en présemis en mélange avec de l'urée ou incorporé tôt après la levée du maïs. L'enrobage de l'azote FRN protège votre investissement en azote contre les pertes et vous évite d'avoir à repasser dans le champ lorsque le maïs est au stade de 5 à 8 feuilles. Cette façon de faire vous libère donc du temps pour finaliser le désherbage, effectuer la première coupe de foin et même terminer les semis (soya, haricots et légumes). Au fil des années, on a publié plusieurs résultats d'essais avec le FRN dans le maïs. En voici les grandes lignes.

Des essais comparatifs ont été menés à neuf endroits en Montérégie, en banlieue nord de Montréal et dans l'est de l'Ontario, où l'on a comparé, en 2007, l'azote FRN en présemis incorporé avec de l'urée. Tout était identique dans ces champs, sauf la source d'azote. Au tableau 1, vous trouverez l'analyse de la rentabilité de cette façon de faire avec deux scénarios de prix du maïs.
Lors d'essais conduits à la Ferme de recherche en productions végétales de La Coop fédérée en 2008 et en 2009, l'azote FRN a permis d'obtenir une rentabilité accrue comparativement à l'urée en présemis incorporé (voir le tableau 2).

Avec ces résultats, il est facile de constater que l'azote FRN permet d'optimiser la rentabilité de l'investissement en azote dans la culture du maïs. Et ce, sans compter l'effet positif sur l'environnement que procure ce produit : l'azote FRN est utilisé par la culture et non perdu dans l'environnement.

Un autre facteur à considérer dans la culture du maïs est l'ajout de magnésium dans les sols légers (loam et sable). Trop souvent, en saison, nous voyons des champs carencés même si l'analyse de sol montre un niveau de richesse suffisant en cet élément.

Pour faire suite à un essai réalisé à la Ferme de recherche en 2007 (voir les résultats de l'essai), des tests ont été effectués en sol léger chez cinq producteurs en 2009, et les résultats ont été concluants. Dans cet essai (voir le tableau 3), nous avons substitué les 20 kg de potasse du démarreur sous forme de muriate de potasse (chlorure de potassium – du 0-0-60) par 20 kg de potasse sous forme de K-Mag (0-0-21, 5-10, 5-21). Cette façon de faire ne change en rien la charge de travail lors des semis et permet encore une fois d'optimiser la rentabilité de l'investissement en fertilisants.

Il est facile de constater que ces deux points de régie de la fertilisation du maïs peuvent avoir un grand impact sur la rentabilité de cette culture. Évidemment, il y a une multitude d'autres points à discuter avec votre expert-conseil, tels que :

  • l'utilisation de l'Hyper-P au démarrage
  • la dose optimale d'azote à employer
  • le taux de semis du maïs
  • la gestion de la potasse
  • le désherbage hâtif avec
  • herbicides résiduels
  • l'ajout d'éléments mineurs
  • l'emploi d'un fongicide en saison

Soya
Il y a beaucoup de questions quant à un certain plafonnement des rendements du soya. En matière de fertilisation, il est important de surveiller de près le niveau de potasse des champs pour que cet élément ne soit pas limitatif. Avec l'azote, des pistes tendent à montrer qu'il peut être avantageux de bien gérer cet élément. Il est rentable sur le plan économique et favorable pour l'environnement de semer le soya en semis direct ou en travail minimal. Par contre, les résidus laissés en surface peuvent temporairement immobiliser l'azote, qui sera libéré plus tard. Voilà pourquoi des essais ont été conduits pour apporter de l'azote au semis afin de contrecarrer cet effet. Lors d'un semis à l'aide d'un semoir offrant la possibilité d'appliquer un engrais de démarrage en bande à côté de la semence, l'ajout d'azote sous forme d'ammonitrate (CAN) peut s'avérer très profitable, comme le montre le tableau 4.

Tableaux

Lorsqu'il était impossible d'appliquer de l'azote en surface avec le semoir, des essais ont débuté en 2010 avec du Solaz 32 et de l'urée; ils se poursuivront en 2011.

Joanie Labrecque
François Labrie

Un facteur pouvant grandement influencer la productivité du soya est l'espacement du semis. Dans le but d'avoir un seul semoir et de profiter de la précision d'un semoir pneumatique, certains producteurs sèment le soya en rangs de 30 pouces (76 cm). Puisque cette façon de faire ne permet pas au soya de maximiser l'espace disponible dans le champ, il en résulte souvent une diminution du potentiel de rendement. En consultant le tableau 5, qui résume des essais effectués à la Ferme de recherche de 2002 à 2007, on constate que plus de 330 kg/ha de soya sont ainsi sacrifiés. Au prix de la récolte, cela représente un manque à gagner considérable.

Un des sujets chauds de l'hiver 2010-2011 a été la question des dates de semis du soya. Le message a été assez clair : il faut semer le soya hâtivement. Vous trouverez dans le tableau 6 la synthèse des essais effectués à la Ferme de recherche en 2010. Il est manifestement démontré qu'un semis de soya dans la première semaine de mai est rentable dans la région de Saint-Hyacinthe, à condition, évidemment, que le sol soit suffisamment portant, et ce, tant en semis direct qu'en régie « conventionnelle » des sols.

Voici d'autres points de régie à discuter avec votre expert-conseil à propos de la culture du soya

  • le taux de semis optimal
  • le désherbage hâtif avec produits résiduels
  • l'utilisation d'un inoculant qui favorise une nodulation plus rapide
  • les éléments mineurs
  • l'utilisation de fongicides
  • l'utilisation de mycorhizes

Comme vous pouvez le constater, plusieurs décisions peuvent être prises avant les semis pour optimiser le rendement des cultures de maïs et de soya, sans changer de variété de semences. Discutez-en avec votre expert-conseil. Évidemment, ce ne sont que des points de gestion de la culture, mais rappelez-vous qu'il faut commencer avec un sol en bonne santé, bien drainé, chaulé et doté d'un bon niveau de fertilité pour que vos cultures puissent se développer à leur plein potentiel.

Bonne saison des semis!

L'azote ESN (FRN) marque des points

Une étude effectuée par Bernard Gagnon, Noura Ziadi et Cynthia Grant, de Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Québec, intitulée Évaluation d'engrais à libération lente en production de maïs-grain, a permis de tirer les conclusions suivantes:
– Bénéfices marqués lors des saisons normales à pluvieuses;
– Rendements de 0,8 à 1,6 t/ha de plus que l'urée;
– Rentabilité accrue à la ferme;
– Peut se substituer aux applications en postlevée;

  • Plus grande flexibilité d'application;
  • Réduction des coûts (un seul passage);
  • Facilité d'application au champ;
  • Évite les périodes d'humidité excessive;

– Par contre, moins d'avantages d'utilisation lors d'étés secs.

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