Entretiens
La Ferme Holdream : s'accrocher à son rêve
C'est depuis qu'ils sont assez vieux pour enjamber un dalot que les frères Étienne et Guillaume Lessard veulent vivre de la production laitière. Du rêve d'enfance à celui qu'on caresse du bout des doigts et qu'on finit enfin par réaliser, la nuit fut noire et parfois cauchemardesque. Mais au petit jour…

L'histoire commence par le tumulte de la séparation, puis du divorce, de leurs parents. Une relation qui contaminait grandement le climat familial. Les garçons, fraîchement diplômés d'écoles d'agriculture, décident de s'accrocher à leur rêve d'établissement, même s'il a fallu convaincre leur père, Bertrand, de ne pas vendre. Appelons même une vache une vache : n'eut été l'intérêt maintes fois manifesté de Guillaume et Étienne, la ferme aurait été démantelée. Leur expert-conseil de La Coop Alliance, le dévoué Robin Malenfant, le confirme : « Guillaume et Étienne ont littéralement déplacé des montagnes pour vivre leur rêve. »

Ainsi, en 2001, Guillaume obtient 20 % des actions de l'entreprise. En 2006, à l'âge de 23 et 25 ans respectivement, Étienne et Guillaume rachètent, après bien des tergiversations, la totalité de l'entreprise. C'est à ce moment que commence sa progression fulgurante : elle quintuplera ses actifs!

Aujourd'hui, seuls un peu de musique dance dans l'étable, quelques caisses de bière et un calendrier de femmes légèrement vêtues dans le couloir de la laiterie trahissent la présence de jeunes à l'étable, car pour le reste, tout est impeccablement tenu et entretenu!

Objectif Lune!
Une nouvelle vacherie construite en 2007, une étable à taures bâtie en 2008, deux silos assemblés en 2008 et 2009, l'achat de 145 hectares (360 acres) de terre assortis de trois bâtiments d'élevage en 2010, le passage à trois traites au début 2010, et un quota qui est passé de 27 à 105 kg par jour en moins de 10 ans… Et dire que quand il préparait son projet d'établissement sur les bancs de l'ITA, Guillaume Lessard s'imaginait augmenter simplement le quota à 50 kg/jour, de manière à intégrer à temps plein son frérot, Étienne!

Pendant trois ans, 90 % des taures et 50 % des vaches ont engendré des veaux issus d'embryons transplantés. Encore aujourd'hui, on compte environ 10 transplantations embryonnaires par année à Holdream. De 12 000 kg de lait (MCR de 275-290-280) en 2010, la moyenne devrait monter à 14 000 kg (MCR combinée de 920) par les améliorations en matière de confort (matelas et stalles plus grandes), par l'apport d'ensilage de maïs et d'un ensilage d'herbe mieux conservé en silo-tour (qui dit meilleure conservation dit meilleure consommation), par l'amélioration génétique (classement actuel : 3 EX, 39 TB, 37 BP – dont 23 sont classées 83 points et plus au 1er veau – et 2 B) et par l'instauration des trois traites quotidiennes.

Assurément, les entreprises menées par les frangins donnent le tournis. Un vertige, c'est bien ce qu'a éprouvé leur premier conseiller financier. Le frein qu'il leur imposait était loin de plaire à ces jeunes intrépides, qui rêvaient trop grand pour le risque qu'il était prêt à prendre.

Les deux « vingtenaires » sont comme des livres ouverts : une force tranquille et une belle maturité animent ces jeunes 100 % voués à leurs 85 vaches en lactation. Ils se font une religion d'atteindre les objectifs concrets, mesurables et réalisables qu'ils se fixent. « Étienne et Guillaume voulaient qu'une de leurs bêtes finisse première à l'Expo de Saint-Honoré : c'est chose faite, dit Robin Malenfant. Ils travaillent actuellement à obtenir, d'ici deux ans, leur premier "bidon de lait", ce trophée soulignant l'admission dans le club sélect des MCR supérieures à 300. Et ils sont en train de bâtir un troupeau qu'ils veulent voir figurer parmi les cinq meilleurs en production au Québec. Parfois, je trouve qu'ils poussent un peu fort. J'espère simplement qu'ils me feront mentir! »

ferme laitière des frères Guillaume et Étienne Lessard

« Aide-toi et le ciel t'aidera », c'est la devise des frères Guillaume et Étienne Lessard, qui n'ont pas chômé pour assurer le démarrage – plutôt fulgurant – de leur ferme laitière.

vaches en séance de rumination

Mortes? Non, seulement bien à l'aise et en pleine séance de rumination

Trois traites
Pourquoi trois traites? La réponse surprend : « D'abord pour la santé des animaux, répondent à l'unisson Étienne et Guillaume Lessard. Ensuite, pour la productivité. Nos vaches sont indisposées moins longtemps par l'impressionnant poids de lait qui pendouille entre leurs pattes – l'une nous donne même 90 kg de lait par jour [Eleber Champion Rituel]. Les mares de lait sous les animaux sont moins fréquentes et le compte de cellules somatiques s'est stabilisé à 150 000. »

Ils poursuivent : « Les 60 000 dollars de revenu additionnel dû à une augmentation de production variant entre 10 et 12 % nous permettent amplement de couvrir les coûts de cette traite supplémentaire – un employé à temps plein et des fourrages. Nous n'avons pas augmenté les quantités de concentrés, misant sur le lait fourrager. Et nos vaches ne maigrissent pas. Au début, elles arrivaient même trop grasses au tarissement! Nous évaluons, depuis, l'état de chair rigoureusement et nous nous assurons d'une préparation au vêlage attentionnée. »

Robin Malenfan
Robin Malenfant, expert-
conseil de La Coop Alliance, parle à ses « p'tits gars »,
des jeunes qu'il a vu grandir
et s'établir courageusement
en production laitière.
frères Guillaume et Étienne Lessard

Robin, le grand frère
Robin Malenfant travaille en production laitière depuis 28 ans. Sa relation avec Guillaume et Étienne va au-delà de simples rapports conseiller-clients. Quand il parle de Guillaume et Étienne, Robin les appelle « ses p'tits gars ».

« Quand j'ai commencé au PATLQ, en 1982, je travaillais aussi à la Ferme Eleber [ancien nom et préfixe de la ferme], ce qui fait que j'ai toujours entretenu de forts liens avec cette ferme et ses exploitants, allant jusqu'à changer les couches d'Étienne quand il était bébé! »

Aujourd'hui, quand les p'tits gars lui parlent de leurs projets, il ne peut qu'acquiescer, d'autant que ce technologue ayant grandi lui aussi dans une ferme laitière aurait bien aimé, plus jeune, s'établir en production laitière. Il vit aujourd'hui son rêve par procuration, s'énergisant au contact du dynamisme contagieux de ces jeunes. « J'essaie de faire miens leurs objectifs, soutient Robin, de manière à répondre parfaitement à leurs besoins. »

Le beau geste
En 2000, c'est un Étienne âgé de 16 ans et un Guillaume de 18 ans pleins de candeur et de détermination qui frappent à la porte de Pierre Caron, réputé Maître-éleveur de la Ferme Karona, à Plessisville. But de la visite : acheter, avec les dépôts à terme issus de leur épargne de jeunesse (quelques milliers de dollars), une génisse avec un pedigree prometteur.

« Au cours de la visite, la confiance s'est installée entre nous, se remémore Pierre Caron. J'ai senti la passion qui habitait ces jeunes. Ils sont finalement repartis avec une vache déjà prête à surovuler. Les deux frères sont ensuite revenus à quelques occasions visiter la ferme et acheter des sujets. » Payées largement en dessous du prix du marché, cette première vache (Karona Supersire Rivale EX 6*) ainsi qu'une autre achetée un peu plus tard (Karona Progress Petry TB-87 3*) sont les ancêtres des trois quarts du troupeau. « Ces deux jeunes ont le vent dans les voiles aujourd'hui et ça me fait plaisir d'avoir contribué à leur succès », mentionne Pierre Caron.

Robin Malenfant n'hésite pas à comparer les frères Lessard à un Sidney Crosby recrue, devenu aujourd'hui le joueur d'impact qu'on connaît, ayant soulevé la coupe Stanley. Le but le plus cher de Guillaume et Étienne est du même ordre : l'obtention d'une plaque de Maître- éleveur. Un rêve peut-être pas si inaccessible, compte tenu de leur avidité de succès, de reconnaissance et d'excellence.

Devoir nº 77 : Complétez les phrases suivantes. Nom : Guillaume Lessard

1) Un tournant dans ma vie fut… le divorce de mes parents. C'est à ce moment
que j'ai compris que j'étais prêt à tout pour conserver la ferme.
2) Un mot que je bannis de mon langage, c'est… découragement.
3) Une chose que je ne dis jamais, c'est… « j'aurais donc dû… »
4) La production laitière, c'est… motivant. Il y a tellement de défis à relever!
5) Il faut toujours… avoir confiance en ses moyens.
6) Question en prime : En 2020… à l'aube de la quarantaine, ce sera probablement
la fin de nos investissements majeurs.

Devoir nº 78 : Complétez les phrases suivantes. Nom : Étienne Lessard

1) Une source de motivation, pour moi, c'est… la Ferme Karona, de Pierre Caron,
à Plessisville.
2) Mon mot préféré est… persévérance. Je crois qu'on peut avoir tout ce qu'on veut
à condition de vraiment le vouloir.
3) La production laitière, c'est… un métier dans lequel il faut mettre du temps
et de la passion.
4) Je recommande à tout le monde de… foncer et de croire en soi-même.
5) Il faut toujours… aller de l'avant et laisser le passé en arrière.
6) Question en prime : En 2020… nous remporterons le titre de Maîtres-éleveurs?

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