Entretiens
Intenses tribulations à la ferme Tribel
« 34,28 kilos à matin, c'est bon signe », dit Bruno Lebel, le sourire aux lèvres,
en prenant connaissance, sur l'ordinateur du carrousel de traite, de la pesée de lait
d'une prometteuse « fraîche vêlée ».
La reconstruction en quelques chiffres
1200 m3 de béton (150 camions)
5000 2 par 8 sur le toit
650 toises de tôle, 30 000 vis
4400 entremises de 14 ¼ po
500 toises de Pelruf, 50 000 vis

La décision d'acheter un carrousel de traite de 28 places avec ses frères, Denis et Francis, est le fruit d'une profonde réflexion sur la façon dont ils allaient s'y prendre pour remettre sur pied ce que leur famille a mis deux générations à bâtir.

L'étable laitière du trio Lebel, natif de Saint-Narcisse-de-Rimouski, a été entièrement détruite par les flammes le 5 janvier 2009. Sur les 250 têtes que comptait la ferme Tribel, seule une taure a été épargnée. Toutes les autres, malgré le brasier, sont demeurées à l'intérieur. Un problème électrique est sans doute à la source de l'incendie.

« On venait d'investir 400 000 $ », dit Denis Lebel. En 2008, les frères avaient abandonné leur élevage de 550 brebis et réaménagé la section de l'étable réservée à celles-ci pour y loger, en stabulation libre, les quelque 80 génisses et taures qui étaient auparavant dans un autre bâtiment, à une dizaine de kilomètres de l'emplacement principal de la ferme. Un nouveau système d'alimentation par convoyeurs avait également été installé ainsi que des rails porteurs doubles pour 16 unités de traite.

« Pas un instant on n'a pensé abandonner », disent-ils, malgré le profond découragement qu'ils ont éprouvé à la vue d'une part de leur histoire partie en fumée. Deux jours après le triste événement, ils commencent déjà à déblayer le lieu de ses innombrables débris et récupèrent toutes les matières recyclables. Il leur faut près d'une semaine pour tout nettoyer.

Élodie Lebel
« Durant la reconstruction, alors qu'on s'occupait des foins, les enfants ont travaillé très fort à faire tout le lattage et l'isolation du bâtiment, souligne Bruno. Entre autres, ils ont posé 2500 2 par 6. » Ci-dessus, sa fille Élodie.


Les Lebel et la bête


La bête, c'est le feu dévastateur « qui a détruit le travail de deux générations », comme le soulignait la journaliste qui a couvert le tragique événement, survenu le 5 janvier 2009, alors que les trois frères Denis, Bruno et Francis Lebel allaient festoyer, comme chaque année dans le temps des Fêtes, avec des voisins et amis producteurs de lait. Les propriétaires de la ferme Tribel, de Saint-Narcisse- de-Rimouski, ont immortalisé le tout en produisant un DVD sur lequel on retrouve des extraits de la couverture médiatique et des images de toutes les étapes de la remise sur pied de l'entreprise : depuis les bâtiments en flammes jusqu'à la reconstruction complète. La bête n'est plus, mais les trois frères foncent toujours. Denis, Francis et Bruno veulent aussi souligner le soutien, tout au long de cette épreuve, de leurs conjointes respectives, Louiselle, Danielle et Marie-Claude.

 

Reconstruire
Avant d'arrêter leur choix sur un nouveau bâtiment, qui influencera les façons de travailler des générations qui les suivront, ils visitent une vingtaine de fermes au Québec. Ils y voient tous les types de gestion de troupeaux et d'équipement. Leurs enfants les accompagnent. À eux trois, ils en ont huit. L'opinion de ces derniers est importante. « Quand tu repars, il faut être ouvert d'esprit et ne pas rester collé à ce que tu faisais avant », dit Denis. Les Lebel optent pour une étable à stabulation libre, un système d'alimentation RTM portatif et un carrousel de traite.

Animés d'une détermination inébranlable, les trois frères amorcent la reconstruction en mai 2009, tout en faisant les semences! L'étable allait vivre d'un nouveau souffle. Un formidable effort de solidarité se déploie en région pour les soutenir. La famille, les amis, des producteurs agricoles, La Coop Purdel, l'UPA régionale, le MAPAQ : tous mettent la main à la pâte. Un comité d'aide est formé par les propriétaires des fermes HRD Duchesne (Robert) et Promoshire (Laurent et Lucie), amis des Lebel, pour amasser et gérer les dons d'animaux et d'argent ainsi que pour organiser l'horaire d'une très nombreuse main-d'œuvre bénévole. « On nous a aidés spontanément et sans rien demander en retour », dit Denis, qui s'émeut au souvenir de cette généreuse fraternité. Les trois frères souligneront cet engagement de belle façon en organisant une grande soirée à laquelle 300 bénévoles seront conviés, de même qu'une journée portes ouvertes qui attirera près de 2500 personnes.

Mais avant, au travers des foins et des battages, on s'active du matin au soir sur le vaste chantier. Il faut aussi régler les questions de zonage, car le bâtiment n'a plus la même dimension et est orienté différemment. Hormis le coulage du béton, cette formidable équipe réalisera tous les travaux d'excavation, d'amé­nagement du terrain et de construction. Au final, les économies seront substantielles, et le coût total, en deçà du budget prévu.

Produire
Avant l'incendie, 250 têtes, dont 100 vaches en lactation, remplissaient un quota de 115 kilos. Denis admet que leur assurance était insuffisante. Elle ne couvrait pas la reconstruction en cas de sinistre. En conservant le même quota, ils étaient contraints d'emprunter pour remettre l'étable sur pied, sans toutefois accroître leur rentabilité. Puisqu'ils sont des producteurs hautement efficaces, chaque kilo de quota supplémentaire se traduit par plus de revenus. « Avec une moyenne annuelle de 10 700 kilos de lait par vache, la productivité est une des forces de l'entreprise », indique Joël Lepage, expert-conseil à La Coop Purdel. « Chaque pourcentage de réduction de nos dépenses compte beaucoup », souligne Denis, qui, tout comme ses frères, garde à l'œil deux indicateurs qui en disent long sur leurs façons de faire : l'endettement à l'hectolitre et le pourcentage des dépenses.

Classification du troupeau 5 EX, 69 TB, 124 BP, 26 B, 13 NC

Classification du troupeau 5 EX, 69 TB, 124 BP, 26 B, 13 NC

Pour déterminer le nombre de vaches à mettre en production dans la nouvelle étable, plusieurs études technico-économiques réalisées avec le logiciel Optilait seront mises sur la table par Pascal Labranche, agroéconomiste à La Coop fédérée. Tous les résultats le confirment : plus le nombre de vaches augmente, plus les frais fixes diminuent. On s'entend pour 235 vaches, dont 190 en lactation à la fois. Au total, 450 têtes logeront dans le nouveau bâtiment. Le quota est haussé à 215 kilos. Les Lebel réussissent à en acheter suffisamment tout juste avant qu'il ne devienne une rareté. Le scénario retenu correspond aussi à la capacité de travail des trois frères. On présente le projet à l'institution financière, qui, devant le haut niveau de professionnalisme de l'étude de faisabilité, le soutient d'emblée.

mélangeur portatif
mélangeur portatif
Le troupeau
Le troupeau est alimenté d'une RTM servie une fois par jour, distribuée à l'aide d'un mélangeur portatif. L'orge, la moulée et le supplément sont entreposés dans des silos extérieurs. L'espace mangeoire en céramique (moins poreux
que le ciment) demeure plus frais. Quelque 385 ha (950 acres) en culture permettent de fournir l'essentiel de l'alimentation. Pour le confort des vaches, les producteurs ont installé des caoutchoucs sous la raclette et des matelas dans les stalles de façon à reproduire la sensation qu'elles éprouvent en marchant dans les pâturages.

La nouvelle de la catastrophe a bien sûr dépassé les frontières régionales. Les commerçants d'animaux en province ont été mis au fait du besoin des Lebel de reconstituer leur troupeau. Joël Lepage leur sera d'un très grand soutien. Fin juin 2009, il en déniche un qui fera parfaitement l'affaire : 185 vaches et une centaine de génisses. De la bonne génétique de stabulation libre. Le hic, c'est que le troupeau se trouve en Saskatchewan… Et ça urge, le propriétaire doit s'en départir au plus tard le 1er août. Les trois frères sautent dans l'avion. « Quand on a vu le troupeau, on n'a pas hésité un instant, dit Bruno. Seulement, il fallait trouver un moyen de l'héberger, car même le 1er août, notre nouveau bâtiment ne pouvait être prêt. »

Comble de chance, Bruno et Denis trouvent, avec l'aide de Richard Gagné, du CIAQ, une étable vide mais fonctionnelle à Montmagny, qui pourra accueillir 135 vaches. Les autres sujets seront mis au pâturage à Saint-Narcisse. « Des animaux, achetés dans quatre ventes à l'encan, logeaient déjà temporairement, depuis mars, dans la shed à machinerie », précisent-ils.

Le 31 juillet, un convoi de sept camions-remorques quittent la Saskatchewan avec, à leur bord, le troupeau entier. Bruno est aussi du voyage. Il faut, pour mener le cheptel à bon port, quelque 60 heures de route, en plus d'un arrêt de 24 heures en Ontario pour traire et dégourdir les vaches.

Du 1er août au 15 octobre, date butoir pour l'achèvement des travaux et l'entrée des vaches dans la nouvelle étable, Bruno loge dans une roulotte à Montmagny et s'occupe du troupeau. Joël Lepage l'appuie de ses conseils. Une des filles de Bruno et un des fils de Denis lui prêtent main-forte.

Vivre
Avec une capacité de 125 vaches à l'heure, le carrousel a radicalement changé leurs façons de faire. Il ne faut qu'une heure et demie à Denis et Bruno pour faire la traite, pendant que Francis se charge de l'alimentation. La fratrie Lebel est à l'étable dès 5 h. À 7 h 30, tout est terminé. Le dimanche, on n'alimente pas le troupeau, car une double ration lui a été servie la veille. Une gestion du temps qui permet aux Lebel d'en disposer d'un peu plus pour passer de bons moments en famille.

Signe éloquent de leur réussite, la production augmente sans cesse et les vaches vêlent comme un charme. « Les programmes informatiques de suivi des courbes de lactation et de gestion de la reproduction sont les secrets de notre réussite », déclare Denis.

« On est tous les trois des fonceurs », s'accordent pour dire les frères Lebel, qui souhaitent hausser le quota à 250 kilos. Leur père est décédé lorsque Denis n'avait que 14 ans et ses frères jumeaux 8 ans. « Avec notre mère, on a appris à se débrouiller et à travailler fort très jeunes. On savait tout faire de nos mains. »

La qualité de vie a aussi été prise en compte dans leur projet. Chacun ne travaille qu'une fin de semaine sur trois. Les enfants sont à leurs côtés. Bruno est aidé d'Élodie et Nicolas; Denis, d'Anthony, Cédric et Jordan; et Francis, de Myriam et David. Ils peuvent ainsi profiter de leurs chalets, situés au lac Pointu, à huit kilomètres de la ferme, en montagne, où l'eau est l'une des plus pures du Bas-Saint-Laurent. « Ce seront nos maisons de retraite », disent-ils. Mais ça, c'est pour plus tard. Car il n'est pas encore question de s'arrêter. Il y a beaucoup de lait à produire et la relève arrive à grands pas.

Le carrousel de traite de 28 places

Chaque vache porte un podomètre qui facilite la détection des chaleurs. Un détecteur de podomètre, dans le carrousel, permet de déterminer lesquelles sont prêtes à être inséminées. Elles sont alors acheminées vers un enclos, après la traite.
On peut également planifier les échographies grâce, encore une fois, à une sortie automatique.

Le carrousel de traite de 28 places, d'une capacité de 125 vaches à l'heure. Les vaches s'y font traire le temps d'une rotation complète, qui dure à peu près 13 minutes.
Un programme de médecine préventive assure un suivi de l'état de santé du troupeau tous les 15 jours.

Côté fourrages, les Lebel misent sur l'efficacité : une faucheuse et une grosse presse à balles carrées sous plastique.

La fibre longue est plus naturelle pour les vaches. Une alimentation simplifiée, homogène, adaptée à leurs exigences de production et à leur rythme de vie. Seul inconvénient : le plastique, dont il faut se débarrasser. Francis se penche sur la façon écologique de le faire, pour éviter de l'acheminer vers les lieux d'enfouissement.

L'alimentation du troupeau Tribel
Par Joël Lepage, DTA
Expert-conseil
La Coop Purdel

Ration totale mélangée servie une fois par jour

Groupe 1
Jusqu'à 170 jours en lait
Ensilage en balles carrées,
1re coupe
3 kg de foin sec, 2e coupe
12 kg de moulée complète Synchro VIP
1 kg de supplément couverture Synchro 21-23

Groupe 2
Jusqu'à la fin de lactation
Ensilage en balles carrées,
2e coupe
2 kg de foin sec, 2e coupe
4 kg de moulée complète Synchro VIP
4 kg d'orge
125 g de minéral Synchro 18-5

Groupe « Fraîches vêlées » 24 vaches (en rotation).
Un espace leur est réservé. Chaque vache qui y entre en sort après trois semaines. Permet d'avoir les animaux à l'œil et de leur éviter le stress et la compétition à la angeoire en début de lactation (un important point de régie en stabulation libre).

3 kg de foin sec le matin,
en débutant + la ration
du groupe 1.

Groupe Taries et
préparation au vêlage

Ces sujets occupent également un espace qui leur est propre.
50 % foin 1re coupe
50 % paille
Taries : 200g minéral
Préparation au vélage :
4 kg de Transilac 14
500 g de Transilac 911

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