Entretiens
La génétique :  un outil précieux pour réduire  la variabilité de la carcasse

L'été approche. Les stress de chaleur vont nuire au bien-être de nos poulets et avoir des répercussions financières importantes dans l'industrie avicole.
Nadège Hervé
Nadège Hervé

La sélection génétique des poulets de chair des 50 dernières années a eu pour but d'augmenter le rendement en viande des carcasses (développement musculaire), mais avec, comme conséquence, une difficulté accrue à faire face à des températures externes élevées. Cet article résume les travaux de recherche qui ont permis de mettre en place un protocole de conditionnement à la chaleur afin de réduire l'effet néfaste d'une hausse soudaine du mercure.

Ce protocole s'applique uniquement aux poulets de chair jusqu'à 42 jours d'âge.

La thermorégulation
La thermorégulation permet à l'organisme de conserver une température constante et normale. La température corporelle de la volaille adulte se situe entre 41 et 42 °C. Certains comportements anormaux sont observables lors de périodes de chaleurs intenses : les oiseaux ouvrent les ailes, mangent leurs plumes, boivent plus d'eau et ont tendance à s'éloigner davantage de leurs congénères. Les poulets ont peu de ressources physiologiques pour pallier les variations de température :

  • Perte de chaleur par radiation, convection et conduction. Le flux sanguin afflue dans les extrémités dépourvues de plumes (crêtes et pattes) et d'autres tissus, tels que la langue, le larynx et la trachée.
  • Perte de chaleur sous forme de vapeur d'eau (halètement).

Impact du stress de chaleur
Le stress de chaleur peut causer de nombreux problèmes aux oiseaux de vos élevages. En voici quelques-uns :

  • Diminution de la prise alimentaire : le processus de digestion entraîne une élévation de la température corporelle et, par conséquent, les animaux diminuent leur consommation alimentaire afin de générer moins de chaleur. Qui dit réduction de consommation dit réduction du gain de poids, de l'ordre de 20 à 30 % dans ce cas-ci.
  • Affaiblissement du système immunitaire : réduction du poids des organes qui produisent des anticorps (moelle osseuse, thymus), de la réponse des anticorps, de leur nombre et de leur capacité de détruire les corps étrangers ainsi qu'une réduction de la disponibilité de certains minéraux et vitamines dans le sang.
  • Augmentation de la formation des dérivés réactifs de l'oxygène, qui causent des dommages oxydatifs aux lipides, aux protéines et à l'ADN.

Le conditionnement thermique
En aviculture, le conditionnement thermique consiste à soumettre les oiseaux à des températures élevées et contrôlées afin d'augmenter leur tolérance physiologique et de réduire la mortalité à la suite d'une élévation soudaine de la température. Le centre de régulation de la température corporelle est régi par des neurones thermosensibles situés dans l'hypothalamus. Durant la première semaine de vie des poussins, cette partie du cerveau n'est pas encore mature. C'est pourquoi le moment idéal pour procéder au conditionnement thermique est trois jours après l'éclosion.

Le conditionnement thermique doit s'effectuer à une température ambiante se situant entre 36 et 37,5 ºC, et il doit durer exactement 24 heures (pas plus, pas moins), car en prolongeant cette durée, on observe une détérioration du gain compensatoire de croissance. Ce conditionnement conférera aux oiseaux une capacité accrue de thermorégulation lors d'un stress de chaleur subséquent, comme si leur mémoire se souvenait de la chaleur subie pendant leur « petite enfance ».

Bien sûr, cette technique s'applique particulièrement aux oiseaux qui risquent de souffrir des contrecoups des hautes températures lors de la finition (c'est-à-dire entre 24 et 42 jours d'âge), soit au cours des mois de juillet et d'août pour le Québec. Afin d'améliorer le bien-être futur de ces oiseaux « à risque », vous pourrez mettre en place le protocole de conditionnement thermique (voir ci-dessus) à trois jours d'âge. Cependant, il doit s'accompagner d'une vérification de plusieurs autres points de régie qui peuvent aussi aider à diminuer l'impact négatif d'un stress de chaleur, comme la réduction de la densité d'élevage (pas plus de 30 kg/m2), une ventilation optimale (afin d'éliminer la chaleur produite par les oiseaux), un abreuvement optimal (disponibilité et qualité de l'eau), un programme de luminosité adapté (favorisant la prise alimentaire en période fraîche), l'utilisation de brumisateurs et, enfin, la mise en place d'un vide sanitaire adéquat (pour pallier le système immunitaire plus fragile).

Petit conseil pour bien dormir : prévenez votre centrale d'alarme qu'à minuit, au troisième jour d'âge, la température va augmenter à 37 °C… Sinon, c'est votre bien-être qui sera compromis!

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