Entretiens
Pleins feux sur Washintong, par Nicolas Mesly
Les agriculteurs américains et l'ex-président Bill Clinton ont volé la vedette cette année à la Conférence sur les perspectives agroalimentaires du Département de l'Agriculture des États-Unis (USDA), tenue à Washington. En coulisse, on murmure que les éleveurs laitiers entendent produire plus d'énergie à la ferme pour baisser leurs coûts de production et rester concurrentiels sur le marché international. Et il est aussi question d'un « diplôme vert » pour les producteurs…

Les agriculteurs, héros de l'Amérique!


Les nouveaux héros américains ne sont certes pas les banquiers de Wall Street ni les génies de l'informatique de la Silicon Valley. Ce sont les agriculteurs du Midwest, au volant de leurs moissonneuses-batteuses. Enfoncés dans un gouffre budgétaire sans précédent depuis la crise économique de 1929, les fermiers américains sont les seuls à répondre à l'appel du président Obama, qui veut doubler, d'ici cinq ans, les exportations de la première puissance agricole et militaire de la planète.

L'économiste en chef du USDA, Joseph W. Glauber, prévoit que les exportations agricoles américaines atteindront 135,5 milliards $ US en 2011 – un record – et que les importations atteindront, elles, 88 milliards $ US. Le surplus commercial dégagé, 47,5 milliards $ US, serait le plus élevé depuis le début des années 1980. De quoi renflouer un peu les coffres vides de Washington et revigorer une économie moribonde. Chaque milliard de dollars d'exportations agricoles générerait entre 8000 et 9000 emplois.

La Chine surclasse le Canada et… inquiète
La Chine deviendrait le premier client des États-Unis cette année, reléguant le Canada à la deuxième place. L'Empire du Milieu représente une bonne part du revenu sans précédent prévu pour les agriculteurs américains, soit 341 milliards $ US, une hausse de 27 milliards par rapport à 2010 et de 57 milliards par rapport à 2009.

La Chine importe déjà 60 % du soya et 20 % de l'huile végétale offerts sur la planète. Mais pour la première fois, en 2009, « la Chine est passée du stade d'autosuffisance à celui d'importateur net de maïs », indique Rebecca Bratter, directrice du développement des affaires du US Grains Council (UGC), organisation qui regroupe les plus gros exportateurs de grain américains. (La demande chinoise est stimulée, entre autres, par la production porcine, qui passe du stade artisanal à celui des gros élevages sous intégration.) Si Mme Bratter s'est dite enthousiaste face au marché exponentiel chinois, elle a paru très inquiète des répercussions d'une demande massive du petit grain jaune américain.

C'est que la nouvelle demande chinoise de maïs américain s'ajoute à celle de l'industrie américaine d'éthanol-maïs. Celle-ci accaparera 37 % de la récolte américaine, tirant à la hausse non seulement le prix du maïs, mais aussi ceux du blé et du soya, et ce, alors que les stocks de ces céréales sont au plus bas. La donne chinoise pourrait donc déclencher une nouvelle flambée des prix internationaux des denrées, au moment où ceux-ci sont supérieurs à ceux de 2008, et provoquer de nouvelles émeutes de la faim dans quelque 40 pays.

Malgré ce contexte risqué, nos voisins du Sud entendent bien continuer « d'appuyer sur l'accélérateur », a indiqué le secrétaire à l'Agriculture, Tom Vilsack. Ce dernier a balayé du revers de la main les inquiétudes quant à une répétition du scénario de 2008. « En travaillant sur le plan international avec le concours de nos agences, nous pouvons aider les gouvernements à éviter les erreurs qui ont provoqué cette crise », a-t-il dit.

Bill Clinton ravive le débat «biocarburants contre nourriture »
Insistant sur l'importance pour les États-Unis de se sevrer du pétrole d'un Moyen-Orient instable – les importations de pétrole constituent plus de la moitié du déficit commercial américain –, le conférencier-vedette, Bill Clinton, a quand même lancé un avertissement poli au gratin alimentaire venu l'entendre : « Si vous produisez plus de biocarburants, vous produisez moins de nourriture. Ça veut dire que le prix des aliments sera plus élevé et que nous aurons plus d'émeutes de la faim. »

Bill Clinton
Le conférencier-vedette, Bill Clinton : « Si vous produisez plus de biorcarburants, vous produisez moins de nourriture. Ça veut dire que le prix des aliments sera plus élevé et que nous aurons plus d'émeutes de la faim. »

L'ex-président américain a exhorté l'auditoire à trouver un juste équilibre en maximisant « l'offre de bons aliments à des prix abordables, notre effort vers l'indépendance énergétique et notre engagement à réduire la menace des changements climatiques et la destruction des ressources naturelles ». Selon lui, ces objectifs devraient être étudiés et analysés tous les cinq ans d'ici les 20 prochaines années, car ils sont contradictoires et polémiques.

Inquiétude des producteurs
En réponse à la crainte envers l'aide internationale américaine susceptible de soutenir de futurs concurrents, particulièrement en Afrique, tant le secrétaire Vilsack que l'ex-président Clinton ont tenu à rassurer les producteurs américains de denrées. « Je peux vous dire que la productrice de soya que nous aidons sur sa petite parcelle au Malawi, grâce à l'accès à de meilleures semences et à des engrais, ne vous concurrencera pas. Mais avec le revenu de 800 $ tiré de cette récolte, elle peut envoyer son fils de 13 ans à l'école pour la première fois de sa vie. Cette aide permet simplement d'améliorer les conditions de vie et l'avenir de ce petit coin de la Terre », a indiqué Bill Clinton. Ce dernier dirige depuis 2001 une fondation qui porte son nom et appuie ainsi de nombreux projets agricoles, notamment au Rwanda et en Haïti.

Par ailleurs, l'énorme écart technologique entre les producteurs africains et américains n'est pas près d'être comblé, les premiers semant des graines à la volée, les seconds des semences
high tech à l'aide de tracteurs équipés de GPS, rappelle pour sa part le secrétaire Vilsack. Mais surtout, MM. Clinton et Vilsack estiment que l'importante demande de denrées agricoles attribuable à une augmentation de la population mondiale de 6,5 milliards à 9 milliards de personnes en 2050, combinée à l'émergence des classes moyennes et à de nouvelles habitudes alimentaires, consolidera la présence des agriculteurs américains sur les marchés internationaux.

Une valeur sûre
« Les agriculteurs et les éleveurs sont le meilleur pari de l'Amérique! » a renchéri le secrétaire Vilsack. Grâce à eux, les Américains consacrent moins de 10 % de leur revenu à leur facture d'épicerie, ce qui leur permet de posséder une plus belle automobile, une plus grande maison, ou encore de prendre des vacances. Et si l'Amérique rurale représente à peine 16 % de la population du pays, elle compte pour 44 % des effectifs de l'armée. « C'est cette jeunesse rurale américaine qui risque sa vie en Afghanistan et en Irak afin que nous vivions dans un monde plus sécuritaire », a-t-il souligné. Là ne s'arrête pas l'effort de guerre des producteurs agricoles américains ou de leur progéniture. Dans le but de diminuer son monstrueux déficit budgétaire, Washington compte réduire de quatre milliards $ US les programmes d'assurance récolte cette année.

Chine : importation de maïs

 

Éthanol : de l'eau dans le gaz

Les critiques fusent de toutes parts à l'endroit de l'industrie de l'éthanol, y compris au sein des producteurs. Les grands intégrateurs de volailles et de porcs attribuent à ce biocarburant subventionné le coût élevé du maïs, qui a presque doublé en un an. À Washington, nombre d'observateurs pensent même que la filière éthanol mourra au feuilleton. Et que la loi sur la sécurité et l'indépendance énergétiques des États-Unis pourrait être modifiée en conséquence.

Cette loi, votée en 2007, est claire : Washington veut réduire de 20 % ses importations d'or noir en provenance de la poudrière du Moyen-Orient. Comment? En haussant d'ici 2022 sa production d'éthanol à 136 milliards de litres. De ce volume, 57 milliards de litres doivent provenir de l'éthanol-maïs. Les céréaliculteurs du Midwest ont déjà presque rempli leur part du contrat : ils produisent plus de 51 milliards de litres annuellement.

Mais qu'en est-il des 79 milliards de litres d'essence verte qui manquent pour combler le volume décrété par cette loi? On parle d'éthanol de deuxième génération fabriqué avec de la paille de blé ou des tiges de maïs, par exemple, et même d'éthanol de troisième génération conçu à partir d'algues. Selon une étude du USDA (juin 2010), pour fabriquer cet éthanol de deuxième génération, il faudrait construire 527 bioraffineries d'une capacité de 152 millions de litres chacune au coût moyen d'un peu plus de 300 millions $ US l'unité. Un investissement total de près de 168 milliards $ US! Le hic, c'est que même si la technologie commence à être au point pour fabriquer cette essence cellulosique, pas un investisseur ne veut se hasarder dans le domaine. Deux grandes inconnues freinent les ardeurs des financiers de Wall Street : le futur prix du pétrole et le manque d'une source garantie d'approvisionnement en biomasse.

« Il faudrait que le prix du baril du pétrole soit de 120 $ US et plus pour que l'éthanol cellulosique soit concurrentiel sur le marché, et ce, sans intervention de l'État. Mais personne ne peut prédire le prix du pétrole », explique Wally Tyner, expert de l'Université Purdue. Selon les estimations de ce professeur, le prix du pétrole oscillera entre 51 et 210 $ US le baril d'ici 2035.

Quant à l'approvisionnement, personne ne s'entend sur le volume exact de biomasse qui pourrait être transformée en éthanol cellulosique, mais on s'accorde toutefois pour dire qu'il y en aurait assez pour produire le volume décrété par la loi. Toutefois, pas un producteur n'est enclin à faire pousser des récoltes énergétiques – comme le panic érigé ou le miscanthus – sans avoir un prix minimal de 100 $ la tonne et un systè­me d'assurance récolte bien en place. Ce qui n'est pas encore le cas.

Volume d’éthanol requis par la loi sur la sécurité et l’indépendance énergétiques des États-Unis

Afin d'éliminer ces deux grandes incertitudes et de créer un marché favorable au développement de l'éthanol cellulosique, le professeur Tyner suggère que Washington ou le Pentagone fasse des appels d'offres à long terme pour l'achat de ce biocarburant. (L'armée américaine achèterait la moitié du pétrole importé aux États-Unis.) Cela n'empêche pas M. Tyner de remettre cette filière en question : « Nous avons des objectifs nationaux de production d'aliments pour les humains et les animaux, de production de biocarburants et de protection de la biodiversité. Possédons-nous suffisamment de terres pour réaliser tout ça? »

« L'industrie de l'éthanol a de nombreux ennemis. Mais ne l'enterrez pas trop vite! » a pour sa part averti le journaliste agricole chevronné et conférencier invité Jerry Hagstrom. Malgré la controverse, le lobby de ce biocarburant a convaincu les parlementaires américains de reconduire leurs subventions millionnaires en 2011 ainsi qu'un tarif protectionniste contre l'éthanol brésilien, qui est produit à moins cher avec de la canne à sucre. Autre grande victoire : la très puissante Agence de protection de l'environnement (EPA) des États-Unis a donné son feu vert en décembre dernier à ce que le pourcentage d'éthanol contenu dans l'essence vendue à la pompe passe de 10 % à 15 % (E10 à E15). Cette mesure va accroître la demande de ce biocarburant d'environ quatre milliards de gallons (15 milliards de litres). Reste à savoir si cet éthanol sera fabriqué à partir de maïs ou de cellulose.

États-Unis : plus de fermes produisent de

l'énergie

Au cours des cinq dernières années (2005-2009), 72 % des digesteurs à méthane, 50 % des éoliennes et 63 % des panneaux solaires ont été installés dans des fermes américaines. C'est une des conclusions d'une étude du Service national de la statistique du Département de l'Agriculture (USDA) menée auprès de 8569 entreprises. Les fermiers qui produisent leur propre énergie ont économisé en moyenne 2406 $ US en 2009. La Californie possède le plus grand nombre d'entreprises productrices d'énergie – 20 % des États-Unis –, suivie du Texas, d'Hawaï, du Colorado et de l'Oregon.

(Source : 2009 On-Farm Energy Production – www.agcensus.usda.gov)

Un producteur laitier éclaire Washington

« Mes vaches ne donnent pas seulement du lait de première qualité, elles sont aussi une grande source d'énergie sur quatre pattes! » explique Luke Brubaker, éleveur laitier de Pennsylvanie, devant un parquet de 300 personnes en costume-cravate médusées par ses avancées technologiques. Sa ferme de 600 hectares, qu'il exploite avec ses deux fils, Mike et Tony, a d'ailleurs été nommée « Ferme innovatrice de l'année 2011 » par l'International Dairy Food Association (IDFA).

Le fumier des 900 vaches en production, des 700 bêtes du troupeau de remplacement et des 90 000 poulets à griller est acheminé à un digesteur de méthane. Ce dernier produit 200 kilowattheures (kWh) d'électricité, volume d'énergie qui peut pourvoir à 150 maisons. Mais à peine 3 % de l'énergie générée est utilisée à la ferme, pour, entre autres, éclairer les installations ou encore refroidir le lait. La majeure partie du courant est vendu à la société locale Pennsylvania Power and Light (l'équivalent d'une mini-Hydro-Québec). Construit pour un coût de 1,225 million $ US, grâce à un prêt du USDA, le digesteur a été remboursé en trois ans.

L'éleveur récupère aussi chaque jour près de 10 000 litres de déchets de table du collège, des restaurants et des entreprises de son village, Mount Joy, qui autrement seraient perdus à l'enfouissement. « À mes yeux, ces déchets sont des watts alimentaires. En tant que société, nous gagnerions à transformer en énergie les tonnes de nourriture perdues dans la restauration », dit-il.
Le volume de méthane récupéré à la ferme Brubaker pour la production d'énergie, qui se serait volatilisé dans l'atmosphère s'il n'avait pas été valorisé, est vendu à un courtier sous forme de crédits de carbone.

Luke Brubaker, éleveur  laitier de la Pennsylvanie

Luke Brubaker, éleveur laitier de la Pennsylvanie, a fait construire un digesteur de méthane qui, grâce au fumier de sa ferme, produit 200 kWh d'électricité. La majeure partie de cette énergie est vendue à la société locale Pennsylvania Power and Light.

La récupération des déchets de table par la ferme Brubaker s'inscrit aussi dans une politique de bon voisinage qui a ses avantages. « Le bruit des camions qui viennent à la ferme pourrait déranger. Mais nous sommes excusés, parce que nous sommes bien intégrés dans la localité et que les villageois nous perçoivent comme des producteurs d'électricité verte », explique M. Brubaker.

De plus, le producteur sépare les portions liquide et solide du fumier produit par le troupeau, un processus qui réduit les odeurs de 90 %. Et il fait très attention aux périodes d'épandage pour ne pas incommoder les voisins. Une bonne partie du fumier solide traité dans le digesteur, qui élimine 99 % des organismes pathogènes, est utilisé sous forme de litière pour les animaux.

Vache
Photo : La Coop fédérée

Autre particularité de la ferme Brubaker : le toit de la grange des génisses, construite à l'automne 2009, est couvert de panneaux solaires. Le système génère 150 kWh. Toutefois, l'éleveur n'est pas certain qu'il aurait investi 750 000 $ US dans cette technologie sans l'aide de l'État américain. « Je n'hésiterais pas une seconde à investir seul dans un digesteur de méthane, mais le solaire, c'est une autre histoire », explique-t-il. Grâce à une subvention de l'État de la Pennsylvanie, l'achat du système solaire est remboursé en 7 ans au lieu de 20. M. Brubaker juge cette période d'amortissement « beaucoup trop longue ». Tout comme les crédits de carbone générés par la récupération de méthane, la production d'électricité solaire permet à l'entreprise agricole de vendre des certificats d'énergie renouvelable sur le marché. Mais les revenus qui en découlent ne sont pas suffisants pour amortir rapidement cet investissement.

Selon Bruce Knight, de la société Srategic Conservation Solutions, de Washington, l'exemple de la ferme Brubaker va faire des petits. Le consultant indique que plus de 1300 digesteurs de méthane seront installés dans les fermes laitières américaines d'ici les cinq prochaines années. « Réduire les coûts énergétiques à la ferme, c'est le nerf de la guerre pour rester concurrentiel », dit-il.

Quant à M. Brubaker, il a eu droit à une salve d'applaudissements nourris. Son entreprise brille comme la flamme d'un briquet dans une grande salle de concert. Elle rassure l'Amérique dans sa quête d'indépendance énergétique tout en répondant au mantra du président Obama : « Yes, we can! » (oui, nous pouvons!).

Bientôt un diplôme « vert » pour

les agriculteurs américains

Vache

Près de 40 % de l'agriculture aux États-Unis se pratique sur des terres louées. Et dans certains États, ces terres appartiennent en majorité à des dames âgées, pointilleuses sur la protection de l'environnement. « La première préoccupation de ces propriétaires n'est pas la rente provenant par exemple de la vente de grains. C'est d'avoir une terre cultivée avec de bonnes pratiques, respectueuses de l'environnement », indique Peggy Petrzelka, professeure associée à l'Université de l'Utah et auteure d'une étude sur les attitudes et habitudes de conservation des propriétaires absents dans les États limitrophes aux Grands Lacs, dont la frontière est partagée avec le Canada.

L'agriculture sur des terres louées, dont le propriétaire n'habite plus la ferme, est une tendance qui s'accentue aux États-Unis, surtout dans le Midwest, le grenier céréalier du pays. Ce sont 50 % des cultures de maïs, 60 % du soya, 55 % du blé d'hiver qui y sont cultivés sur des terres louées. Mais en général, les pratiques de conservation, telles la lutte contre l'érosion, l'utilisation de bandes riveraines et la gestion des eaux de pluie, font défaut. Moins de 50 % de ces mesures environnementales sont appliquées sur des terres louées. D'où la question pour les propriétaires concernés : mon locataire devrait-il posséder un diplôme « vert » de bonnes pratiques culturales?

Cette idée chemine en plein cœur de l'Amérique. « L'idée d'un programme de certification verte se résume trop souvent à un gros tracteur John Deere. Nous devons changer cette mentalité. On ne veut pas certifier les récoltes, comme le fait l'agriculture biologique par exemple. Nous, on veut certifier le producteur! » explique Jamie Ridgely, productrice de l'Iowa. Elle a fondé avec son mari l'entreprise Agren, nom qui combine les premières lettres des mots agriculture et environnement.

Selon Mme Ridgely, 75 % des locateurs de terres en Iowa sont réceptifs à l'idée que leur locataire possède un tel diplôme. Toutefois, il reste bien des détails à fignoler avant la délivrance d'un tel certificat, par exemple : Qui va l'administrer? Quels seront les critères d'admissibilité? Quels seront les contrôles de qualité?

L'idée d'un tel diplôme n'est pas nouvelle. Elle avait été proposée par le gouvernement américain lors du dépôt du Farm Bill de 2003. « Ça n'avait pas fonctionné, parce que l'idée venait du gouvernement. Cette fois, la pression vient du secteur privé », poursuit la productrice.
Selon Michael Duffy, expert en sciences du sol à l'Université de l'Iowa, l'érosion engendrée par les mauvaises pratiques culturales touche trois grands groupes. Le premier de ces groupes est constitué par les producteurs eux-mêmes, par le lessivage des engrais, des semences, et la perte de matière organique rétentrice d'eau. Pour l'année 2003, le professeur évalue à 9,6 tonnes de sol par hectare les pertes dues à l'érosion par l'eau et à 0,5 tonne celles dues au vent, soit une perte financière moyenne de 64 $ US l'hectare.

Le deuxième perdant est la société en général. L'érosion entraîne des coûts élevés, entre autres pour les usines de traitement de l'eau. Mais surtout, l'érosion massive des sols et le lessivage des engrais azotés provenant du Midwest et acheminés par le Mississippi engendrent la tristement célèbre « zone morte » du golfe du Mexique. La pollution de ces eaux provoque des milliards de dollars de pertes dans le secteur des pêches, notamment la pêche à la crevette.

Enfin, le troisième grand perdant à cause de l'érosion des sols, ce sont les propriétaires des terres dont la valeur diminue avec le déclassement des sols. « En Iowa, la valeur des terres malmenées par l'érosion diminue de 2 à 17 % à l'hectare », conclut M. Duffy. Un motif suffisant, selon le professeur, pour que les propriétaires considèrent de louer leurs terres à des producteurs« diplômés ».

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