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Pays-Bas Les bulbes des Pennings, texte et photos de

Impossible d'enregistrer un chiffre d'affaires de trois millions de dollars sur une superficie de huit hectares en culture? Eh bien, détrompez-vous! C'est l'exploit des entreprises néerlandaises spécialisées dans la production de bulbes.

C'est dans la région de Noordwijkerhout, à l'ouest d'Amsterdam, que Piet et Rik Pennings cultivent des bulbes. La succession de champs de fleurs rouges, jaunes, oranges, bleus… forme en avril une immense mosaïque d'où émane un doux parfum enveloppant. Le paysage printanier est pour le moins féérique.

Chez les Pennings, trois hectares sont consacrés à la culture de la tulipe et cinq autres à la jonquille. Au fil des ans, l'entreprise s'est fait un nom dans le créneau de la jonquille : on y trouve une centaine de cultivars différents. Après des études en horticulture et en marketing, Rik a pris la relève de la ferme paternelle. Chercheur infatigable, il épluche les catalogues et fouille les sites en ligne des hybrideurs pour dénicher de nouvelles variétés. Des fleurs charmeuses et étonnantes qui rendront dingues les amoureux des jonquilles. Les Pennings n'offrent pas que des jonquilles jaunes à leurs clients, loin de là!

La coupe des fleurs

La coupe des fleurs. Une roue, à l'intérieur de la machine, dirige la fleur vers un couteau d'une longueur de 150 cm, qui la coupe directement à sa base. Une fois la fleur coupée, le bulbe pourra conserver l'énergie nécessaire pour gagner en taille.

Du lait à la fleur
Piet, le père de Rik, est toujours actif dans la ferme malgré ses 70 ans bien sonnés. Au printemps, il arpente les champs fleuris afin d'en extirper les hors-types, c'est-à-dire les fleurs de la mauvaise couleur ou variété. Il déterre et dépose également, dans le seau qu'il transporte, les plants qui présentent des taches foliaires symptomatiques de maladies ou de carences minérales. Ce minutieux travail d'épuration s'avère nécessaire pour s'assurer une récolte uniforme de bulbes de qualité.

Rik Pennings
Après des études en horticulture et en marketing, Rik Pennings a pris la relève de la ferme paternelle.

Rik fait partie de la quatrième génération de Pennings à cultiver ce lopin de terre sablonneux, qui répond bien à l'ajustement des niveaux d'eau des canaux qui entourent les champs.

Issu d'une lignée de producteurs de lait, Piet Pennings a commencé ses premiers essais de culture de tulipes au début des années 1960. Environ 10 ans plus tard, il vendait son troupeau de vaches laitières pour se consacrer entièrement à la production de bulbes. Afin de se démarquer du lot des producteurs de fleurs qui s'adonnent surtout à la production de la tulipe, Piet achète les stocks d'une société spécialisée dans la jonquille.

Aujourd'hui, la liste des acheteurs compte 90 clients : des marchés d'alimentation, des municipalités et des centres jardiniers soucieux de cultiver des variétés aux formes et coloris originaux.

Un marché d'exportation
Les trois quarts des bulbes produits aux Pays-Bas sont destinés au marché d'exportation. Les commandes à l'exportation passent la plupart du temps par des courtiers, mais le commerce électronique tend à faire changer les choses.

« L'an dernier, un acheteur russe a commandé ses bulbes directement », illustre Rik.

Pour répondre à la demande des clients, Rik et Piet cultivent aussi 25 cultivars de tulipes. Des tulipes à tige courte pour les jardins extérieurs. Les tiges longues sont destinées au marché de la fleur coupée produite en serre.

Comment expliquer que les Pays-Bas assument à eux seuls 70 % de toute la production mondiale de tulipes? Des hivers modérément froids et l'avantage de pouvoir gérer la nappe d'eau par le moyen des canaux d'irrigation font partie des conditions qui facilitent cette culture. « S'il était facile de produire des tulipes dans d'autres régions du monde, il y aurait certainement des Néerlandais qui s'y seraient installés pour le faire, soutient Rik. Les Néerlandais sont par tradition des explorateurs, des voyageurs. » Des oncles de Rik, producteurs laitiers, se sont d'ailleurs installés en Ontario il y a plusieurs années.

Sur le marché de l'exportation des bulbes, le Chili pourrait devenir un concurrent de taille pour les Pays-Bas : le climat y est modéré, mais il y a tout de même une saison froide, nécessaire à cette culture. Dans le domaine de la culture de la jonquille, l'Angleterre, la Nouvelle-Zélande et l'Australie sont aussi des pays producteurs.

Les tendances du marché

Le marché horticole est difficile, explique Rik Pennings. Il y a une surproduction de fleurs et la crise économique mondiale a eu un effet dévastateur sur toute l'industrie. On constate aussi que, de plus en plus, les consommateurs se tournent vers l'achat de pots de bulbes.

« Ils n'ont pas à se salir les mains, juste à acheter un pot qu'ils verront fleurir dans la maison. Cette tendance fait que les gens achètent moins de bulbes destinés à être plantés dehors. » Mais il y aura toujours des connaisseurs, voire des maniaques comme Rik, qui feront des pieds et des mains pour voir fleurir une variété de jonquille rare et différente.

Dans la jonquille, quels sont les types de cultivars les plus demandés? « Difficile à dire. Beaucoup pensent que la jonquille devrait être une fleur jaune. Les variétés nouvelles s'éloignent parfois tellement
de la forme standard et du jaune de départ que les consommateurs ne savent plus si on leur présente encore une jonquille ou plutôt une variété de dahlia ou de rose. Alors, aux yeux de certains consommateurs, l'originalité a ses limites! »

Le site Web de P. Pennings :
www.ppennings.com, en néerlandais seulement!

récolte des bulbes de tulipes
La récolte des bulbes de tulipes est mécanisée. Une fois déterrés, les bulbes sont acheminés dans des boîtes de 120 cm de longueur sur 100 cm de largeur et 100 cm de hauteur. Ces contenants sont rapportés à l'entrepôt où les bulbes sont conditionnés. Les bulbes sont soumis à un traitement d'eau chaude et de fongicide afin de détruire les nématodes et de prévenir la propagation des maladies. Ils sont ensuite séchés à l'air forcé

La jonquille d'abord
La superficie en culture chez les Pennings est, somme toute, limitée. Alors, pour compenser le manque de surface, la ferme oriente ses efforts vers la mise au point de produits de spécialité. « Je ne m'en cache pas, le prix de mes bulbes est pas mal plus élevé qu'ailleurs. Mais je m'attarde à répondre à de petites commandes et à combler un créneau de variétés de fleurs plus rares. » Rick a fait de la jonquille son domaine privilégié. Pour ce qui est de certains cultivars, il est le seul à les offrir aux Pays-Bas.

Le prix des bulbes aux grossistes va de 40 à 75 $ CA (30 à 55 euros) pour 1000 bulbes. Les prix de Rik s'approchent de la limite supérieure. Pour garnir son catalogue de bulbes, il jouit d'une entente avec un producteur spécialisé dans le glaïeul, la jacinthe, le crocus, le lis, etc. Par ailleurs, il échange des superficies avec d'autres producteurs de fleurs afin d'effectuer des rotations de culture, ce qui permet de freiner la propagation des maladies.

Au fil des mois
Aussi curieux que cela puisse paraître, une nouvelle année de production commence en automne. Les bulbes de jonquilles sont mis en terre en septembre et ceux de tulipes en octobre et novembre, afin de bénéficier d'une période de 9 à 12 semaines sous la barre des 10 °C. Les bulbes de jonquilles sont couverts de paille, puisqu'ils tolèrent mal les températures trop froides.
Au moment de la floraison printanière, il faut épurer les champs pour s'assurer de l'uniformité des variétés et éliminer les fleurs qui présentent des carences. Il est nécessaire de fertiliser les champs et d'appliquer des fongicides.

À la mi-juin, on déterre les bulbes pour la récolte. Ensuite, les champs sont enrichis de fumier en provenance des fermes laitières. Pour la mise en terre ainsi que la récolte des bulbes, les Pennings ont recours au travail à forfait. Ce qui les garde de devoir investir dans l'achat de machinerie coûteuse.

Les bulbes de jonquilles doivent sécher au sol quelques jours avant la récolte. Alors, les producteurs prient pour avoir du beau temps!

Dans le cas des tulipes, les bulbes sont récoltés directement. À l'entrepôt, ils subissent d'abord un traitement à l'eau chaude, suivi d'un séchage à l'air forcé, puis finalement ils sont pelés et débarrassés de leurs racines et de leur tige. Rik engage une trentaine de travailleurs, qui s'affairent à la tâche trois semaines durant. Un travail de conditionnement qui prendrait à peine une journée ou deux s'il était fait à la machine. Chez les Pennings, le classement selon le calibre, la mise en boîte et l'étiquetage sont minutieux, étant donné le nombre impressionnant de variétés différentes en culture.

Les bulbes de tulipes de gros calibre, ceux de 10 à 12 cm de circonférence, sont vendus pour l'exportation. Les bulbes de petite taille, c'est-à-dire les rejetons des bulbes principaux, sont mis en terre pour la production de la saison suivante. Et ainsi recommence le cycle!

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