Entretiens
« Heureux d’un printemps »
« Quand c'est le temps de ramasser l'eau d'érable, il faut le faire », dit Chrystiane Dancause, car comme le chantait Paul Piché, « l'printemps dure pas longtemps ».

Avec son conjoint, Robert, Chrystiane a récolté pour une 23e saison cette année l'eau des 5700 entailles de leur érablière de Sainte-Apolline, dans Chaudière-Appalaches.

Chrystiane Dancause
Chrystiane Dancause est représentante pour Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d'érable.

Elle lit avec avidité les portraits d'agricultrices publiés dans les médias agricoles. L'itinéraire de ces femmes d'action l'inspire. Chrystiane est aussi femme de passion et d'engagement. Déjà, toute jeune, elle gardait cinq de ses frères et sœurs alors que sa mère était au champ ou à l'étable et son père, au bois. « Je faisais la mère », dit-elle.

Native de Sainte-Lucie-de-Beauregard, elle acquiert son érablière en janvier 1988 avec Robert, employé pour un entrepreneur en excavation et déneigement. L'érablière, située à 15 km de leur résidence de Saint-Marcel, compte alors 6000 entailles, et l'eau y est récoltée au seau. Dès l'acquisition, le couple troque les seaux pour la tubulure et installe deux stations de pompage. La moitié des entailles seront prêtes tout juste à temps pour la première coulée de mars, lorsqu'une combinaison de conditions climatiques − gel le soir et dégel le jour, liés à une pression atmosphérique favorable − fait jaillir l'eau des érables à sucre.

Dès l'achat de l'érablière, Chrystiane a adhéré à Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d'érable. Depuis huit ans, elle est l'un des trois représentants de la coopérative au sein de sa localité. Chaque représentant fait le lien entre une dizaine d'acériculteurs et Citadelle. Déléguée à l'assemblée générale annuelle, Chrystiane a droit de vote et s'y exprime au nom des producteurs de sirop d'érable de son territoire. De retour à Saint-Marcel, elle leur communique l'information recueillie : état des ventes, résolutions adoptées, visions d'avenir. Une fois qu'on y accède, le poste de représentant au sein de la coopérative n'est pas une position assurée : on doit s'y faire élire chaque année.

Le temps de sucres : toujours une belle occasion  de passer de bons moments en famille

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La bonne température

La bonne température

Puisqu'on sait que le point d'ébullition d'un liquide varie en fonction de la pression atmosphérique, plus l'altitude de l'érablière est élevée par rapport au niveau de la mer (en montagne, par exemple), plus le point d'ébullition du sirop est bas. Ainsi, pour déterminer la température idéale d'ébullition de son sirop, Chrystiane a d'abord fait bouillir l'eau du robinet à la cabane à sucre et réglé son baromètre à cette température. Par exemple, si l'eau y bout à 210 ºF, elle règle le baromètre à cette température et fait bouillir le sirop à 7º de plus, soit 217º, afin d'atteindre la densité idéale exprimée en degrés Brix, soit entre 66 et 67, comme le recommande la réglementation acéricole afin que le sirop ne soit pas déclassé.

L'érablière Dancause est certifiée biologique depuis 1997. Tout comme pour Citadelle, c'est l'organisme Écocert Canada qui lui délivre la certification établie d'après les normes du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV). Environ 420 érablières sont certifiées biologiques au Québec. Pour décrocher la certification, il faut bien sûr se plier à des exigences (voir l'encadré « Du sirop bio » à la page 54). En retour, Chrystiane touchera cette année, pour son sirop, 15 cents de plus la livre que le prix établi en vertu de la nouvelle convention de mise en marché décrétée par la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. La fourchette de prix de la convention s'échelonnera, en fonction de la qualité du sirop, de 2,22 $ à 2,81 $ la livre.

Chrystiane fait partie du Club acéricole des Appalaches depuis 1994. Le conseiller en acériculture Joël Boutin, figure bien connue et respectée des acériculteurs québécois, accompagne les membres du Club dans une démarche d'optimisation de leur production. Un projet apparaît au programme du couple : le chaulage de l'érablière pour diminuer l'acidité du sol et ainsi améliorer l'absorption des éléments minéraux.

L'érablière Dancause possède un quota de production de 40 barils (chaque baril contient 425 livres de sirop). Toute la production est expédiée au dépôt de Citadelle, à Saint-Marcel, sauf une centaine de gallons (3,25 barils), vendus localement en sirop d'érable ou transformés en beurre d'érable et sucre d'érable granulé. « L'an passé, on n'a pas fait notre quota, à cause du temps doux à Pâques », fait savoir Chrystiane. Rappelons que les quotas qui régissent la production ont été institués en 2005, parce que l'industrie était aux prises avec d'énormes surplus.

Le couple Dancause pourrait tirer profit de 1400 entailles supplémentaires. « Elles sont déjà déclarées à la Fédération, dit Chrystiane. Pour les exploiter, il faudrait demander le quota nécessaire, ce qu'on fera peut-être à notre retraite, d'ici quelques années. » Pour le moment, Chrystiane et Robert consacrent chacun, en moyenne, une vingtaine d'heures par semaine – et ce, à longueur d'année – à l'exploitation et à l'entretien de leur érablière.

Robert Dancause

Robert Dancause est un bricoleur de grand talent. Il a conçu de nombreux appareils utilisés à l'érablière, dont une chargeuse pouvant servir à soulever les barils de sirop ou les billots de bois.

En plus de l'acériculture, Chrystiane fait de la menuiserie,
En plus de l'acériculture, Chrystiane fait de la menuiserie, adore l'architecture (son appareil photo contient de nombreux clichés de détails architecturaux des bâtiments de son entourage) et s'adonne avec passion au jardinage et à l'aménagement paysager. Elle manie aussi sans peine la débroussailleuse et la scie à chaîne.

Chrystiane fonde beaucoup d'espoir dans sa coopérative. Une entreprise qu'elle estime animée d'un dynamisme très fort et qui fait de l'innovation ainsi que du développement des produits et marchés ses principales priorités. La crise économique aux États-Unis a eu pour conséquence de réduire sensiblement les exportations canadiennes de sirop au sud de la frontière. Dans ce contexte, Citadelle poursuit d'autant plus sa percée des marchés étrangers. L'Inde offre de grandes possibilités de développement. La coopérative a d'ailleurs récemment participé à ExpoCoop 2010, qui s'y est déroulée. Le Japon aussi offre de bonnes possibilités de développement, mais le séisme et le tsunami dont il a été victime ont bien sûr ralenti les projets de commercialisation. Actuellement, les Japonais ont davantage besoin de produits de première nécessité que de sirop d'érable…

Un sirop d'une qualité hors pair est un des gages de succès sur les marchés locaux et internationaux. Chrystiane s'adonne à la production avec une grande rigueur. D'une région à l'autre, d'une érablière à l'autre même, les sirops diffèrent (voir l'encadré « La bonne température » à la page 53). « Saveur, contenu en sucre inverti et en éléments nutritifs, point d'ébullition, l'eau d'érable ne se travaille pas de la même façon selon les régions, indique l'acéricultrice. Il faut tenir compte de ces paramètres. » Enfin, cela dit, Chrystiane et Robert, grands-parents de deux petits-enfants, ne vivent pas « rien qu'au printemps ».

Du sirop bio
Un processus rigoureux doit être respecté pour qu'une exploitation acéricole obtienne la certification bio. Cela dit, il est relativement facile d'y parvenir, fait savoir France Gravel, directrice d'Écocert. Parmi les critères exigés pour la certification, mentionnons :
Une année de précertification avant de pouvoir commercialiser du sirop bio. Une fois la certification obtenue, une inspection est effectuée chaque année par Écocert. Des visites non annoncées sont également réalisées périodiquement.

  • L'aménagement du boisé de façon à cesser les éclaircies et à favoriser la diversification des espèces végétales.
  • L'usage d'équipement fabriqué de matériaux de grade alimentaire (acier inoxydable ou plastique alimentaire).
  • Le maintien de registres d'entaillage, de nettoyage et de production.

Pour en savoir plus :
www.ecocertcanada.com/index.html http://cartv.gouv.qc.ca/normes-biologiques-de-reference-du-quebec

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