Entretiens
Export extrême, textes et photos par Guylaine Gangnon
La production porcine a beau être dans le creux d'un cycle depuis plus de cinq ans, et ce, partout dans le monde, on n'a pas cessé de manger du porc pour autant. Comment se comportent donc les marchés d'Olymel? Une entrevue avec Richard Davies, vice-président principal aux ventes et au marketing de cette filiale de La Coop fédérée.

Le Coopérateur agricole : En mars dernier, le journal Les Affaires rapportait que les exportations dans le secteur du porc seraient touchées par le séisme au Japon. Est-ce qu'Olymel a connu une baisse de ses ventes dans ce pays?

Richard Davies : Jusqu'à maintenant [début juin], nous n'avons pas noté de ralentissement important des affaires avec le Japon, mais nous nous attendons à un effet sur la consommation dans les prochains mois. Ce séisme a eu un impact plus important qu'on ne l'aurait cru sur son économie, nous prévoyons donc subir une pression sur les prix et, par conséquent, sur les marges.

  • Il y a des démarches entreprises par le gouvernement canadien pour établir un accord de libre-échange avec ce pays. Si une telle entente se concrétisait, est-ce qu'Olymel en bénéficierait?
  1. La seule notion qui pourrait nous être particulièrement favorable serait l'obtention de tarifs préférentiels. La conclusion d'une telle entente risque de prendre des années. Présentement, tous les pays exportateurs vers le Japon sont soumis à des barrières tarifaires et non tarifaires et n'ont aucune contrainte de volume. C'est le marché qui le dicte. Des contraintes de volume pourraient nous être défavorables.
  • Des négociations sont aussi en cours entre le Canada et la Corée du Sud pour établir des ententes commerciales, mais elles piétinent. Est-ce inquiétant pour Olymel?
  1. Oui. Il y a déjà des ententes mises en place entre la Corée du Sud et d'autres pays, dont le Chili, qui ne sont pas dérangeantes pour nous. Toutefois, il y a aussi des ententes de principe avec les États-Unis, et le président Obama est intervenu lui-même dans le dossier. Rien n'est finalisé, mais le Canada semble être deux pas derrière. Ça peut devenir une menace, si les Américains profitaient de tarifs préférentiels et pas les Canadiens. Sans être le marché du Japon, celui de la Corée demeure important pour nous, car il valorise plusieurs coupes primaires, une partie importante de notre plan d'affaires. C'est un enjeu critique pour le Canada et pour Olymel.
race Romanov
René Gagné a opté pour la race Romanov, internationalement reconnue. Prolificité, caractère maternel, désaisonnement naturel et rusticité, voilà ses attributs, selon l'éleveur.
  • Les récents cas de fièvre aphteuse déclarés dans ce pays ont-ils fait croître la demande pour le porc du Québec, et plus particulièrement pour Olymel?
  1. Oui. Ces récents cas de maladies ont fait pratiquement doubler les occasions d'affaires en raison de l'élimination de la production intérieure, qui atteint près de 30 %, et nous en bénéficions.
  • Les Américains, nos plus importants concurrents dans ce secteur, sont-ils plus présents que nous dans ce pays d'Asie orientale?
  1. Sur le plan du volume absolu, les Américains produisent plus que le Canada, ce qui explique qu'ils exportent davantage là-bas. Toutefois, comme nous y exportons depuis plus longtemps qu'eux, nous sommes dans un mode d'optimisation de la rentabilité. Ainsi, Olymel cherche à valoriser sa viande, tandis que les Américains sont encore passablement à l'étape du développement des réseaux.
  • En général, comment Olymel se positionne-t-elle sur les marchés mondiaux par rapport aux États-Unis?
  1. D'abord, nous avons des produits de qualité et de la constance dans la qualité. Nous avons aussi une flexibilité que les Américains n'ont pas, c'est-à-dire que nous pouvons confectionner une variété de produits propres à un client. En plus, il faut bien le dire, nous jouissons d'une bonne réputation et nous sommes plus agréables que les Américains en affaires.
  • La parité de notre devise avec celle de nos voisins du Sud a-t-elle toujours un impact sur la rentabilité?
  1. Oui. Ce n'est pas un frein au commerce, mais l'optimisation de la rentabilité est plus difficile. Au fil des ans, Olymel s'est structurée de façon à faire face à ce contexte de dollar au pair. Mais le dollar fort demeure un problème et nous souhaiterions qu'il soit plus faible.
  • Donc, la restructuration d'Olymel – soit la fermeture d'usines, les négociations à la baisse de certaines conventions collectives, la modernisation dans certains cas – a porté ses fruits.
  1. Tout cela a permis à l'entreprise d'être beaucoup plus compétitive par rapport, notamment, aux Américains et aux autres entreprises canadiennes, en ce qui a trait aux coûts d'exploitation. Ce n'est pas encore idéal, mais nus avons fait des gains importants qui nous permettent de continuer à faire croître l'entreprise.
  • Que dire du Danemark et de l'Europe en général?à
  1. Le Danemark est présent en Corée et dans d'autres pays, avec certains produits. Toutefois, il ne représente pas une menace. À court ou à long terme, les pays européens auront de la décrois­sance à gérer, étant donné leur manque de compétitivité par rapport, notamment, aux Nord-Américains, aux Brésiliens et aux Russes. Leurs avantages : ils ont un marché protégé par une série de barrières tarifaires et non tarifaires. Ils ont ainsi le meilleur des deux mondes, par leur accès à tous les marchés et par le fait que rien n'entre sur le leur. Aussi, l'euro, présentement dévalué par rapport à notre devise, leur donne un petit regain de vie temporaire.
  • Hormis le Japon, l'Australie, la Corée, la Chine et Hongkong ainsi que la Russie, avez-vous d'autres marchés importants?
  1. Nous avons des marchés qu'on dit « d'opportunité », comme le Mexique, qui ne représentent pas de grands volumes. Mais à l'occasion, il fait notre affaire en matière de prix. Les Philippines sont aussi devenues, au fil des ans, un marché d'opportunité intéressant, au même titre que le Mexique et plusieurs autres pays.
  • Est-ce que les difficultés dans la production porcine sont inquiétantes?
  1. C'est sûr que les enjeux auxquels la production porcine doit faire face sont préoccupants pour l'approvisionnement. Ça met d'ailleurs en lumière la nécessité que toute la filière adopte de meilleures pratiques pour assurer une pérennité. Nous ne pouvons plus fonctionner de façon isolée.
  • Mais les producteurs québécois sont essoufflés.
  1. Il ne faut pas croire que la pression sur les productions animales est propre au Québec. On la ressent en Ontario et partout dans le monde. Elle vient de l'augmentation du coût des intrants, qui ne s'est pas traduite par une augmentation proportionnelle des prix. Je mentionnais plus tôt que le dollar fort nuit à Olymel, mais il nuit aussi à nos producteurs de porcs. Les références de marché sont américaines, et avec un dollar fort, cela réduit forcément le revenu, un fois qu'il est converti en dollars canadiens.
  • Peut-on dire que, jusqu'à maintenant, la filière a fait des progrès?
  1. Oui, elle en a fait. Est-ce qu'il en reste à faire? Oui, il en reste beaucoup. D'abord, les critères de qualité élevée, ce n'est plus seulement un enjeu japonais, mais un enjeu qui s'élargit. Nous avons des clients canadiens qui ont des critères aussi élevés que ceux du Japon. L'Australie et même la Corée augmentent leurs exigences en matière de qualité. Le consommateur a le choix entre plusieurs viandes, alors si nous voulons rester dans la course, nous avons intérêt à mettre en marché un produit qui répond à ses attentes.
  • Quels sont les principaux enjeux sur un horizon de cinq ans?
  1. Nous devrons d'abord faire face à une tendance de régression de la consommation des viandes. Pour différentes raisons, notamment la santé. Les deux tiers des produits consommés sont transformés. On parle des charcuteries : saucisses, bacon, etc. Ce sera à nous, comme industrie, de réduire les mauvaises perceptions, tout en conservant les avantages liés au goût. Pour ce qui est du développement, c'est vers l'Asie que nous devrons nous tourner, en particulier vers la Chine. Ce pays est le plus grand producteur de porcs et aussi le plus grand consommateur, mais il aura à affronter des enjeux d'eau et d'environnement. Ce qui limitera sa capacité de développement. Pour nous, le défi sera de manœuvrer sur cet énorme marché, car les affaires que nous y ferons risquent d'être en stop and go. Nous l'avons expérimenté avec les Jeux olympiques de Beijing, en 2008 : nous avons pu y commercialiser une quantité importante de produits, mais après, plus rien. Que faire de nos stocks quand ce marché se ferme? Nous devrons rester alertes!
Exportations canadiennes de por par produit et pour certains pays en 2010 Évolution du nombre de fermes porcines au Canada
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