Entretiens
Produire les primes d’été en pleine chaleur :  c’est « cool », comme défi! Par David Arseneau
David Arseneau
David Arseneau
Photo : Martine Doyon

C,est le temps des vacances! Les gens de la ville sont. de bonne humeur Pour vous, les producteurs laitiers, il en est autrement… Pour la majorité, vous attendez avec impatience l'automne. Drôle d'idée, diraient les citadins! C'est que, depuis plusieurs années, la Fédération des producteurs de lait du Québec offre de majorer à la hausse votre droit de produire, généralement d'août à décembre. Certains réussissent quand même très bien à profiter de cette occasion en adaptant leur régie en fonction des besoins du marché, de manière à en tirer des revenus supplémentaires intéressants. Plusieurs stratégies sont employées. L'une d'elles, parmi les incontournables, consiste à synchroniser les vêlages des vaches et des taures pour assurer une production maximale durant cette période.

Rajuster le tir en 2011
Cette année, il faudra procéder autrement… En effet, 2011 est une année chanceuse en production laitière, car en plus du lait d'automne, la Fédération offre la possibilité de produire du « lait d'été ». C'est une excellente nouvelle! Par contre, on devra rapidement rajuster ses stratégies. La gestion devra être réglée au quart de tour : certains d'entre vous aviez volontairement prévu de ralentir la production durant l'été, en ayant plus de vaches en fin de lactation, de façon à préparer le grand coup de l'automne, c'est-à-dire produire tout le lait permis avec un prix à l'hectolitre généralement plus élevé que le reste de l'année.

Pour pallier ce changement de calendrier de production, certains producteurs songeront à garder des vaches qui devaient sortir du troupeau, d'autres en achèteront. Que peut-on faire de plus? Alors que les vacanciers apprécient les journées et soirées chaudes, il en est tout autrement pour les vaches : elles ne sont pas en vacances, elles travaillent fort! Les recherches sont claires à ce sujet : pour optimiser leur confort et leurs performances, on a avantage à réduire leur stress thermique.

Il est facile de penser que le stress thermique ne les affecte pas vraiment, que c'est un problème qui concerne seulement les producteurs de la Californie. Détrompez-vous! C'est aussi une réalité au nord de la frontière, et ce, pour deux raisons principales…

Graphique 1 Niveaux de stres causés par la chaleur, en fonction de la température et de l'humidité

La première, c'est le facteur humidité. En fait, lorsqu'on combine le taux d'humidité à la température, on obtient le facteur humidex, qui n'est pas ressenti seulement par les humains, mais aussi par les animaux. Comparons par exemple le stress thermique d'une vache « californienne » à celui d'une vache « québécoise » (voir le graphique 1). Il est vrai qu'il fait beaucoup plus chaud en Californie qu'au Québec. Il n'est pas rare de voir le mercure grimper à 40 °C, mais l'air y est très sec. Alors qu'au Québec, la température peut atteindre les 30 °C, mais avec un taux d'humidité d'environ 75 %. Dans les deux cas, les vaches sont exposées à un stress thermique élevé. À 34 °C et 80 % d'humidité, le stress est même considéré comme sévère et supérieur au stress que cause une température de 40 °C combinée à un taux d'humidité de 20 %.

La deuxième raison est la production de chaleur des animaux. Il y a 35 ou 40 ans, les vaches du Québec souffraient beaucoup moins de stress thermique. Avec la production de lait qui a pratiquement doublé depuis, la production d'extra-chaleur des vaches a aussi doublé, augmentant par le fait même leur stress thermique.

Le stress thermique est un déséquilibre entre la production de chaleur et l'évacuation de l'extra-chaleur. La vache laitière, comme tout mammifère, cherche à se retrouver dans un milieu où la température ambiante est plus basse que sa propre température corporelle, de façon à favoriser l'évacuation d'extra-chaleur par gradient de température. Plus il fait chaud à l'extérieur, plus ce gradient est faible, c'est-à-dire qu'elle aura plus de difficulté à se débarrasser de l'extra-chaleur pour maintenir sa température corporelle.

Les premiers signes de stress thermiques sont l'accroissement de la respiration : de 40 à 50 respirations par minute constituent un taux normal; à partir de 70, les vaches souffrent potentiellement de stress thermique.

Les répercussions du stress thermique
Le rumen peut rapidement souffrir du stress thermique, car il y a une relation directe entre le pH et la température du rumen (graphique 2). De plus, lors de la rumination en période de stress thermique, la salive est beaucoup moins concentrée en substances tampons, ce qui a aussi un effet sur le pH ruminal, la consommation et, en bout de ligne, sur la production de lait et ses composants (en particulier le pourcentage de matière grasse).

Graphique 2 Évolution du pH du rumen en fonction de sa température

Dans un autre ordre d'idées, il est bien connu que le stress thermique peut nuire à la reproduction à plusieurs chapitres : dominance folliculaire, qualité des oocytes, développement embryonnaire, sans com

ter que les vaches sont généralement beaucoup moins démonstratives en période de chaleur.
Il faut bien comprendre qu'un stress thermique ponctuel peut avoir un effet néfaste sur la reproduction sur une longue période. Le follicule peut prendre de 80 à 100 jours entre le début de son développement et le moment où il termine la maturation de l'ovule et le relâche. Les follicules sont très sensibles au stress thermique. La chaleur peut aussi endommager l'ovule contenu dans le follicule dominant, ce qui peut entraîner des répercussions plusieurs jours ou mois suivant le stress thermique (jusqu'en novembre).

Minimiser les effets du stress thermique, en quatre points

1 . Ventiler adéquatement

Le Dr Jim Spain et son équipe de l'Université du Missouri ont effectué des travaux de recherche pour démontrer les bénéfices d'une ventilation adéquate sur les vaches. À l'aide de chambres adaptées où la température et la ventilation étaient bien maîtrisées, ils ont comparé l'effet d'une ventilation de jour, de nuit ou en continu sur 24 heures. Les vaches ont produit presque
1,5 litre de lait de plus par jour lorsque la ventilation fonctionnait de façon continue, comparativement à la ventilation de jour seulement (voir les graphiques 3 et 4 à la page 30). Comme les animaux accumulent leur chaleur tout au long de la journée, c'est à 18 h que leur température corporelle est à son plus haut. Ensuite – et seulement si on a ventilé toute la nuit –,
ce sera aux environs de 7 h où elles retrouveront leur température normale. La nuit, donc, ce n'est surtout pas le temps d'arrêter les ventilateurs!

Graphique 3 Effet de la venilation sur la température corporelle Graphique 4 Effect de la ventilation sur la production de lait

2 . Ne pas oublier les vaches taries et en transition
Le Dr Spain a aussi évalué l'effet du stress thermique sur les vaches taries et en transition. Avec les mêmes chambres que pour les vaches en lactation, on a provoqué un stress thermique puis refroidi la moitié des vaches, durant une heure deux fois par jour, à l'aide d'un brumisateur et d'un ventilateur. Résultat : les vaches taries qu'on a refroidies ont donné significativement plus de lait après leur vêlage – de l'ordre de 2 kg/jour de plus durant les six premières semaines. Un tel volume par jour (voir le graphique 5 et le tableau 1) au cours des mois d'été, ça fait une bonne quantité de lait!

Graphique 5 Production moyenne de lati par semaine, en fonction du nombre de semaines écoulées depuis le début de la lactation

D'autres expériences ont donné des résultats similaires, avec environ 2 kg de lait de plus lorsqu'une ventilation adéquate était fournie, de même qu'une augmentation de la consommation de matière sèche et une diminution de la consommation d'eau chez les vaches taries et en transition. La qualité et la quantité du colostrum ont même été améliorées.

Tableau 1 Effet du refrodissement des vaches sur la consommation de matiére sèche et d'eau et sur la production de colostrum et de lait

3 . Ne pas oublier l'eau
Bien entendu, il ne faut pas négliger l'apport en eau. Avoir de l'eau à volonté est toujours très important, mais il faut tenir compte qu'en période de stress thermique, les pertes d'eau peuvent être considérables – jusqu'à 55 litres par jour! Les besoins sont augmentés d'autant. L'eau joue un rôle très important dans le processus de thermorégulation et est primordiale pour la production de lait. Une production qui peut être rapidement compromise.

4 . Une attention particulière à l'alimentation
Pour l'alimentation, plusieurs stratégies peuvent être adoptées pour aider à combattre les situations de stress, mais les points de gestion mentionnés plus haut ont sans doute des répercussions beaucoup plus importantes.

Vaches
Photo : La Coop fédérée

Comme la consommation a tendance à baisser en période de stress thermique, il faut essayer de combler tout de même les besoins. Une vache ne mange pas des %, mais bien des kg de matière sèche. Pour optimiser les apports en nutriments, l'ajout de gras pour augmenter la densité énergétique peut être envisagé. On doit aussi penser à une utilisation plus importante de cations ou d'éléments tampons, afin de contrer les risques plus importants d'acidose ruminale. Il faut aussi songer à remplacer les cations utilisés, afin de compenser l'alcalose métabolique occasionnée par l'augmentation de la respiration de la vache qui souffre de stress thermique.

L'utilisation des fourrages les plus digestibles est également recommandée en période de stress thermique. Un fourrage plus digestible diminuera la production d'extra-chaleur comparativement à un fourrage moins digestible, en plus de favoriser une consommation volontaire de matière sèche. Mike Allen, de l'Université du Michigan, a indiqué que chaque amélioration d'une unité de digestibilité de la fibre NDF (NDF-d) équivaut à une augmentation d'ingestion de matière sèche de 0,17 kg et une hausse de production de lait de 0,25 kg. Je vous souhaite donc des conditions météos adéquates pour favoriser la production de fourrages les plus digestibles possible!

Que faut-il retenir?
Tout ce que vous ferez pour limiter le stress thermique aura des effets bénéfiques directs sur votre potentiel à produire le « lait d'été »! Voici, en conclusion, quelques points à retenir :

  • Le stress thermique n'existe pas seulement
    qu'en Californie.
  • Le stress thermique nuit à la consommation,
    à la production ainsi qu'à la reproduction à court
    et long termes!
  • Il faut ventiler jour et nuit en période de stress
    thermique. Ne pas oublier les vaches taries
    et en transition.
  • Il faut donner de l'eau, de l'eau et de l'eau… fraîche!
  • En matière d'alimentation, les substances tampons,
    la densité énergétique, la qualité de la protéine
    et les fourrages de qualité sont les points
    majeurs à considérer.

Parlez-en à votre expert-conseil.
Bonne saison estivale!

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