Entretiens
Les sous-produits  dans la fabrication d’aliments  à la ferme : utilité et limites, par Gérald Paquin

Toute entreprise qui désire maintenir sa position concurrentielle et demeurer dans le groupe de tête doit constamment remettre en question ses façons de faire. À plus forte raison en période d'incertitude et de changements profonds, tels que nous les vivons actuellement en production porcine. Sans qu'on puisse maîtriser tous les maillons de la filière, il existe néanmoins deux paramètres sur lesquels on peut avoir un impact direct : les performances zootechniques et les coûts de l'aliment porc. Le questionnement concernant l'emploi des sous-produits en fabrication d'aliments à la ferme est vraiment d'actualité. Voyons donc ensemble l'utilité de ces sous-produits et les points à considérer dans leur utilisation quotidienne.
Gérald Paquin
Photo : Jean-Marc Raymond

Les principaux sous-produits
Lorsque les prix du maïs-grain et du tourteau de soya sont à la hausse, on cherche à les remplacer en tout ou en partie par d'autres intrants moins chers. Les sous-produits suivants, selon leur nature, seront une source d'énergie, de proté­ines ou de fibres :

  • Apport de protéines : drêche de maïs, tourteau de canola, gros gluten de maïs, gru rouge, farines de viandes diverses
  • Apport d'énergie : fève soya traitée, Trituro, huile de soya, résidus de boulangerie, gras animal
  • Apport de fibres : écale de soya, son de blé

Les installations requises
On ne s'improvise pas utilisateur de sous-produits parce que leur coût est compétitif. Il faut tenir compte du type d'équipement utilisé pour la fabrication de l'aliment ainsi que des installations d'entreposage à la ferme.

Afin de maximiser l'économie engendrée par les sous-produits, il est important d'avoir des silos d'entreposage dont la capacité réelle équivaut au moins au chargement d'une remorque pleine. Il sera beaucoup plus facile de négocier un prix intéressant si le transporteur peut livrer directement à la ferme sans passer par un transbordement ou s'il évite de se déplacer avec un demi-chargement.

Attention : bien que tous ces sous-produits soient généralement vendus avec une matière sèche de près de 90 %, leur écoulement peut facilement se compliquer en raison de leur texture, de leur taux de gras, de la température extérieure ou s'ils arrivent encore tièdes du fournisseur. L'installation d'un système d'agitateur de trémie pour silo conique (poteau motorisé avec chaînes) à l'intérieur du silo est nécessaire si vous ne voulez pas trop regretter votre choix lorsque vous recevrez les ingrédients les plus à risque.

Si votre système de fabrication est équipé d'une moulange avec proportionneur volumétrique, il sera plus difficile d'utiliser plusieurs sous-produits que si le système comporte une moulange combinée à un mélangeur avec pesée d'ingrédients. Le nombre de vis disponibles étant restreint, les combinaisons multiples sont difficiles. De plus, les ingrédients à faible taux d'incorporation (par exemple, les farines animales) ne pourront être utilisés.

Toutefois, peu importe votre équipement, assurez-vous de moudre adéquatement tout ingrédient qui ne présente pas la bonne granulométrie selon la phase de moulée fabriquée, à plus forte raison si le produit se présente en cubes (par exemple : écale de soya cubée, gros gluten en cubes).

Taux d'incorporation et stockage
L'intérêt de remplacer du maïs, de l'orge ou du tourteau de soya par des sous-produits est réel. Encore faut-il que le taux d'incorporation (ou taux d'inclusion) dans une tonne de moulée soit suffisant pour que cela en vaille la peine.

Je parle ici des macro-ingrédients. Par exemple, il n'y a pas d'intérêt à stocker un ingrédient qui ne permettra qu'un remplacement de 40 kg par tonne de moulée. Premièrement, son impact sera minime sur l'économie. Deuxièmement, un si faible taux d'utilisation ne justifiera jamais d'attitrer un silo à son usage. La seule exception, c'est lorsque le volume de fabrication est vraiment important.

Tous ces produits demeurent « vivants », dans le sens qu'ils continuent à réagir aux fluctuations de température, au contact avec l'eau et à la durée d'entreposage. Plus le sous-produit est élevé en matière grasse, plus il se compacte et plus il se dégradera rapidement. Afin d'assurer une bonne conservation et une consommation volontaire élevée de vos porcs, il faut viser une utilisation la plus rapide possible après l'arrivée à la ferme. Pour les produits contenant un pourcentage de gras élevé, l'idéal est un maximum de six semaines en hiver et de trois semaines en période de chaleur. Le gras s'oxyde rapidement sous ces conditions, encore plus pour les produits moulus. Pour les produits plus fibreux, deux mois et demi à trois mois est la norme.

Dans les périodes chaudes et humides, il est préférable de ne commander que pour quelques semaines d'utilisation à la fois. Même si cela entraîne temporairement un surplus de coûts, jeter des ingrédients ou, pire, les utiliser tout de même et limiter encore plus la consommation volontaire des porcs est à éviter.

Analyse garantie et présence de toxines
Comme la majorité des sous-produits sont des dérivés de divers grains et céréales, si la teneur en toxines de ceux-ci est élevée pour une année donnée, il en sera de même pour leurs sous-
produits.

Il est donc de mise de s'assurer auprès de votre fournisseur que le produit qu'on vous livrera sera dans les normes acceptables. N'oubliez pas que les niveaux de toxines des différents ingrédients s'additionnent lorsqu'on fabrique une moulée. La concentration maximale totale recommandée en vomitoxines, par exemple, est d'une partie par million (1 ppm). L'année de production 2009 est un bel exemple : on a dû limiter ou carrément suspendre l'utilisation de certains sous-produits, car

ils étaient à haut risque. Ne vous gênez pas également pour faire vérifier à l'occasion, par un laboratoire officiel, la valeur réelle de l'ingrédient que vous utilisez. Il en va des performances de vos bêtes!

À quel prix les utiliser?
Voilà une question importante et pour laquelle il est préférable de consulter un conseiller qualifié afin d'obtenir une réponse. Il se dit telle­ment de choses erronées qu'il faut être particulièrement vigilant. Votre conseiller s'assurera de formuler une recette équivalant à votre programme actuel et garantira les performances. Attention : une économie sur papier peut facilement ne pas se matérialiser en dollars dans vos poches et même engendrer des pertes financières! Il y a des limites d'utilisation à respecter.

L'approvisionnement en sous-produits est à l'occasion problématique. Leur prix devient alors prohibitif et ils sont beaucoup moins intéressants à utiliser. Il faut s'attendre à cela de temps en temps et corriger les formulations en conséquence.

Les comparables sont souvent basés sur le coût d'une moulée maïs−tourteau de soya. À performances égales et selon la valeur marchande des sous-produits, il sera intéressant ou non d'intégrer ces intrants. Je ne m'avance pas sur les écarts de prix de la tonne de moulée finie selon l'ingrédient choisi : il y a trop de situations particulières et les scénarios changent rapidement. Mais on peut dire que plus les prix du maïs et du tourteau de soya sont élevés – comme c'est le cas actuellement –, plus il y a avantage à les remplacer partiellement par des sous-produits. Et cela est d'autant plus vrai pour ceux d'entre vous qui ne sont pas autosuffisants en grains et doivent acheter sur le marché courant. Il y a de belles économies à faire.

S'assurer de performances équivalentes
Économiser sur le coût de la moulée est important. Encore faut-il être certain de ne pas détériorer ses résultats d'élevage! Plusieurs sous-produits ont le fâcheux handicap de réduire la valeur énergétique des moulées. Plus j'en incorpore, plus je nuis aux performances. Puisqu'il faut aujourd'hui produire des carcasses de plus en plus lourdes, c'est donc un point à considérer.

Rappelons-nous que ce qui est le plus coûteux dans une moulée, c'est d'augmenter sa valeur énergétique et non pas sa teneur en protéine brute. Voilà une situation souvent observée avec l'ingrédient-vedette de ces dernières années : la drêche de maïs. Par exemple, pour une utilisation moyenne de 150 kg par tonne de moulée finie, si je n'utilise pas une source de gras complémentaire afin de compenser une perte d'énergie engendrée par la drêche, il faudra s'attendre à une détérioration de la conversion alimentaire. Le porc consommera davantage de moulée pour pallier cette densité moins grande de l'aliment. Imaginez la même situation si on incorpore 200 kg et plus de drêche! Pas de problème si on compense par du gras, mais à quel prix? Selon la source de gras, cela pourra réduire grandement l'économie engendrée par l'utilisation du sous-produit.

La consommation volontaire des porcs
Tout ce qui peut maximiser la consommation des porcs doit être privilégié… et tout ce qui vient la limiter, sérieusement contrôlé! Pour les sous-produits présentant des taux de gras élevés, ce n'est pas un problème, car le porc a une attirance marquée pour le goût du gras. Même chose pour le tourteau de soya et l'amidon des grains. Il en va autrement avec les sous-produits à plus forte teneur en fibres ou dont le goût est plus amer. Ils nuisent à l'appétence de l'aliment, ce qui est loin d'être désirable. La fibre a sa place en gestation et chez les reproducteurs.

Des changements de formulation importants et trop fréquents vont également réduire la consommation. C'est encore plus vrai dans certains secteurs plus névralgiques du troupeau, comme en mise bas. Ce n'est pas parce que l'économie est importante qu'on doit y aller de façon trop dynamique. Le transfert doit se faire progressivement. Ainsi, les porcs s'y habitueront sans qu'il y ait de conséquences fâcheuses.

Attention à la texture de la moulée!
Lorsqu'on fabrique à la ferme, la texture de l'aliment se présente sous forme moulue. Il est alors important de s'assurer que les particules de tous les intrants employés soient de grosseur homogène, sinon le risque d'obtenir un déséquilibre est accru. Et plus on utilise de sous-produits et d'intrants divers, plus ça se complique, car ils ont tous un poids spécifique différent. Aussi, le fait qu'un seul tamis soit utilisé pour une moulée donnée – et qu'elle serve pour tous les ingrédients – exige d'être encore plus attentif sur ce point. Ceux d'entre vous qui ont un système de prémouture des ingrédients se donnent une chance supplémentaire.

un agitateur de trémie pour silo conique à l'intérieur du silo d'entreposage
L'installation d'un agitateur de trémie pour silo conique à l'intérieur du silo d'entreposage est nécessaire afin d'assurer un écoulement adéquat des sous-produits.

Je ne veux surtout pas vous faire peur avec tout ce qui précède, car il est aisé de produire un aliment avec une texture adéquate. Une bonne régie des tamis ainsi que des marteaux fonctionnels feront très bien le travail. Si, en plus, vous disposez d'une source de gras, le mélange sera encore plus stable.

Une formulation au moindre coût? Oui, mais…
Prendre l'habitude de revoir régulièrement ses coûts d'aliments afin de les réduire le plus possible est important. Par contre, il ne faut pas oublier que l'ajout à outrance de divers sous-produits et dérivés de la fève soya a un impact négatif sur la qualité de la viande produite. D'un côté, individuellement, on économise quelques dollars par porc, mais de l'autre, on fragilise la mise en marché collective à long terme de notre produit. Mais en limitant en partie l'emploi des sous-produits selon des ratios éprouvés, il y a moyen de concilier économie de production et vente d'un porc qui répondra aux attentes des consommateurs.

Les sous-produits, utilisés en complémentarité avec les grains et céréales produits à la ferme, représentent donc une belle solution lorsqu'on désire formuler une ration à coût avantageux. En s'installant adéquatement pour la manutention et en s'assurant de l'obtention des performances visées, on pourra considérer sérieusement leur utilisation de façon raisonnée. En se disciplinant un tant soit peu, il sera possible de continuer à bénéficier encore longtemps de leurs avantages indéniables.

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