Entretiens
Un nouvel éclairage…  sur les programmes de lumière, par Édith Descarreaux et Sylvain Lefebvre

Dans vos élevages, est-ce que vous avez les mêmes performances qu'il y a 5, 10 ou 15 ans? Est-ce que vous êtes du genre à dire : « Ça marchait ben de même avant, pourquoi je changerais? »
Édith Descarreaux
Sylvain Lefebvre
Photos : La Coop fédérée

Que vous répondiez oui ou non à l'une ou l'autre de ces questions, un fait demeure : les poulets, eux, ont changé et continueront de changer. Principalement en raison des améliorations génétiques et de la qualité de l'alimentation. Nous devons donc modifier nos techniques d'élevage et, en particulier, la façon dont nous gérons la lumière.

La folie des lampes fluorescentes compactes en a atteint plus d'un et beaucoup ont fait le saut. En fait, ils ont littéralement « fait un saut » après l'installation des premières 13 watts (équivalant à 60 watts) à intensité variable : les poussins ne trouvaient plus aussi facilement la moulée et l'eau, et le poids à sept jours s'est détérioré. En gros, ils manquaient de lumière.

Les jeunes volailles ont besoin d'un éclairage à 100 % d'intensité, venant d'ampoules équivalant à 100 watts, et ce, pendant les premiers jours (0 à 7-10 jours). Pour le poids idéal à sept jours, on vise environ 4 à 4,5 fois le poids à un jour, soit 160 à 180 g. Combinée à une bonne gestion de départ, à de la moulée et à de l'eau accessibles en quantité suffisante, la stimulation lumineuse vous permettra d'atteindre ce poids. Maintenez les poussins sous lumière constante (24 heures) durant la première journée, puis donnez une heure d'obscurité par jour (de 22 h à 23 h) pendant trois ou quatre jours. Par la suite, le nombre d'heures d'obscurité sera augmenté pour atteindre de deux à six heures par jour (davantage pour les gros coqs), selon le type de production.

Votre expert-conseil est en mesure de vous guider adéquatement en tenant compte de vos installations, telles que le nombre de rangées d'ampoules, l'espace entre ces dernières, la présence de poteaux, la finition des murs (parois réfléchissantes) ainsi que la quantité de lumière extérieure qui pénètre par les ventilateurs, les entrées d'air ou qui provient de toute autre source. Il faut toujours garder fixe l'heure de fermeture des lumières. Les poulets s'habituent et se préparent à la venue de l'obscurité. Ils mangeront un dernier repas avant ce repos nécessaire à leur bon développement.

« La vision de la volaille diffère de celle de l'humain sur de nombreux points. Ils voient majoritairement par voie transcrânienne et minoritairement par les yeux », a indiqué l'agronome Nadège Hervé, chercheure en production avicole à La Coop fédérée, dans le numéro de février 2007 du Coopérateur agricole. En tenant compte de ce fait, il ne faut pas avoir peur de diminuer l'intensité lumineuse dans les bâtiments. Mais jusqu'à quel point peut-on la réduire ? « On devrait avoir de la difficulté à lire un journal dans le poulailler », recommande Denis Caron, nutritionniste à La Coop fédérée.

 

Les essais de programmes de lumière ont été réalisés dans les fermes de La Coop fédérée sous la supervision de Jean Boisjoli, contremaître des élevages, production avicole, à La Coop fédérée.

 

Poussins

L'intensité doit être abaissée de moitié vers l'âge de 10 jours, puis graduellement afin d'obtenir vers 25 jours une luminosité quasi non perceptible. Vous aurez des oiseaux plus calmes, il y aura moins d'agressivité aux mangeoires, moins d'égratignures et, ainsi, un meilleur bilan de condamnation à l'abattoir. Faites aussi des tests avec vos gradateurs et minuteries. Peuvent-ils descendre au minimum d'intensité recommandée? Est-ce qu'ils se rallumeront automatiquement et correctement, c'est-à-dire sans clignotement?

La production de poulets est devenue une habitude, une routine. Recommençons à nous questionner sur nos techniques et façons de faire. Jusqu'où pouvons-nous aller avec nos poulets, tout en préservant leur bien-être? Des comparaisons de programmes lumineux à faible intensité nous ont démontré que quatre heures d'obscurité n'influaient pas sur la mortalité en fin de lot (mâles de 2,3 kg). On est loin des 10 à 12 heures déjà recommandées par le passé!

Le poids à l'abattage et le taux de condamnation étaient meilleurs avec ce nouveau programme d'éclairage. Un autre avantage remarqué durant les épisodes de chaleur de l'été, c'est que les oiseaux ont plus de temps pour consommer leur moulée dans la période moins chaude de la journée, soit avant la fermeture des lumières, le soir, et après leur ouverture, au milieu de la nuit.

Il n'y a pas de recette miracle unique, applicable à tous, car trop de variables entrent en jeu. On doit toutefois sortir du moule, faire un pas de côté et oser se poser des questions. « Est-ce que je dois continuer comme ça parce que ça fait 20 ans que je fais ça de même? »

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