Entretiens
Export extrême, textes et photos par Guylaine Gangnon
Pendant trois ans, Markus Schaerli a évalué différents scénarios d'établissement en production laitière avant de trancher : pour lui, on n'est nulle part aussi bien que chez soi.

Connaissez-vous Markus? Ce garçon qui, comme la Suisse Brune, a un « air charmant et sympathique1 » ? Les producteurs laitiers du Centre-du-Québec sont nombreux à le connaître, puisqu'il a exercé pendant sept ans la profession d'agronome à titre d'expert-conseil à La Coop des Bois-Francs et à La Coop Parisville. Un conseiller apprécié, qui est aujourd'hui administrateur à La Coop Parisville. Car, oui, Markus est passé de l'autre côté du comptoir : il a réussi le tour de force de s'établir en production laitière.

Pendant ces sept années, il a trimé dur et beaucoup économisé pour s'offrir un projet qu'il n'avait pas vraiment en tête lors de ses études en agronomie à l'Université Laval : devenir producteur laitier. Non, pour Markus, la voie n'était pas toute tracée, mais elle ne mènerait finalement pas plus loin qu'à un kilomètre de la ferme familiale d'où il vient.

Mais n'allons pas trop vite… Lors de son dernier été d'étudiant, en 1999, Markus obtenait un stage à La Coop des Bois-Francs. Originaire de cette région, il n'a ensuite pas refusé l'emploi que lui ont offert ses dirigeants. « Quand j'étais à La Coop, raconte Markus, on me demandait souvent si je voulais faire des trains. Il y avait également trois experts-conseils qui exploitaient leur ferme laitière à temps partiel. J'ai fini par me dire que si ça me tentait, moi aussi, aussi bien le faire à mon propre compte. »

Chaque dollar qu'il gagnait, Markus l'économisait donc pour un avenir qu'il n'imaginait pas encore entièrement. En effet, quand il s'est inscrit en agronomie, il avait encore dans l'idée de poursuivre, après son baccalauréat, en médecine vétérinaire. Il a toutefois abandonné ce projet en cours de route pour se consacrer entièrement à son bac, en effectuant en même temps un certificat en administration, sans trop savoir à quoi ce diplôme additionnel allait lui servir.
Et pourquoi pas à gérer sa propre ferme?

Où est Schaerli?

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance
Pour Markus Schaerli, qui fêtera bientôt ses 35 ans, la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance.

Sainte-Marie-de-Blandford, royaume des atocas. Il n'y reste plus aujourd'hui que quatre producteurs laitiers, dont la ferme laitière familiale des Schaerli (préfixe Antanne), aujourd'hui propriété du frère de Markus, Daniel, et de sa mère, Anne-Marie. Depuis 1993, la famille possédait aussi une deuxième étable pour loger les taures. C'est finalement là que Markus déposera ses valises et fondera la Ferme Maron.

De sa sortie de l'université, en 2000, à l'année 2003, Markus a soupesé différentes options, dont celle de s'associer avec son frère; il a finalement opté pour la liberté d'être maître chez lui. Si ce jeune homme, né à Lucerne, en Suisse, et arrivé au Québec à l'âge d'un an et demi, a pu se lancer en production laitière, il le doit certes à ses efforts personnels, mais aussi à la solidarité parentale, fraternelle et conjugale qui l'entoure.

D'abord, la solidarité parentale : il a fallu du cran à Markus pour se lancer en production laitière, tout comme il en a fallu à ses parents, Anton et Anne-Marie, qui ont quitté en 1979 leur Suisse allemande natale avec leurs huit enfants et leur modeste mise de fonds en poche. Pour établir correctement Daniel et Markus, les parents ont d'ailleurs déménagé deux fois plutôt qu'une afin de laisser à leurs fils les maisons des fermes. Un beau geste, parmi d'autres : Anton et Anne-Marie ont accepté de céder à Markus leur étable à taures, et ce, sans intérêt. Plus tard, ils lui vendront à prix raisonnable 50 hectares de terres cultivables et 10 hectares de boisé contigus à la ferme.

GMArkus
Markus est très reconnaissant envers ses parents, Anne-Marie et Anton (photo), qui l'ont épaulé dans son projet d'établissement, tout comme son frère, Daniel.

Ensuite, la solidarité fraternelle : le frère de Markus, Daniel, a gentiment accepté d'amputer son troupeau de 20 vaches, 10 taures et 10 génisses pour faciliter le démarrage en production de son frère cadet. Ensuite, Daniel lui prête couramment plusieurs machines, quand il ne va pas aider carrément Markus à effectuer ses travaux aratoires. Les deux frères travaillent d'ailleurs main dans la main pour terminer plus efficacement leurs travaux des champs, moyennant rétribution des travaux exécutés en surplus par Daniel. Par ailleurs, soulignons que la Ferme Antanne a accepté de mettre en garantie ses actifs pour assurer le démarrage de l'entreprise de Markus.

Enfin, la solidarité conjugale : l'épouse de Markus, Josiane Deshaies, enseignante de profession, a permis d'assurer un revenu familial stable dans les turbulences du démarrage, en plus d'élever les deux filles du couple. « Josiane a fait preuve de beaucoup de compréhension, me permettant de me concentrer sur la ferme, avoue Markus. Comme elle vient de Gentilly, un milieu plutôt urbain, elle m'a permis d'épouser un mode de vie pas toujours évident pour ceux qui ne viennent pas du milieu agricole. » Josiane réplique : « Je n'ai jamais eu le goût de lui refuser la réalisation de son rêve. C'est un projet que Markus portait si fortement en lui, pour lequel il était si enthousiaste! »

Ferme Gilbert et Cécile Bilodeau.

Suisse allemand de naissance, Markus Schaerli n'avait pas de fixation sur la race Suisse Brune. Par contre, les six vaches brunes de la ferme font le plaisir de son père, Anton.

L'alimentation du troupeau
Par Élyse Groleau, T.P.
Experte-conseil
La Coop Parisville

Vaches en lactation
- Foin sec
- RTM composée d'ensilage de maïs
- Balles rondes humides
- Maïs sec
- Supplément Synchro 4040V option 1
- Minéral Synchro 18-5T
- Minéral Synchro STB
- Supplément Synchro Startlait 21 jours après le vêlage

Vaches taries
- Foin sec
- Minéral Transilac VT 7-3C

Vaches en transition
- Foin sec
- Aliment Transilac 17

Génisses jusqu'à 6 mois
- Aliment Goliath VO-19
- Foin sec

Génisses de 6 mois et plus
- Foin sec
- Maïs sec
- Supplément Goliath 40

En 2003, avec ses économies en poche et ce sourire mi-enjôleur, mi-gêné, Markus s'est donc présenté à La Financière agricole avec un plan d'affaires réaliste et un budget prévisionnel rigoureux sur son ordinateur portable. Et si on ajoute deux diplômes (dont un d'agronome), une expérience de terrain comme expert-conseil et une chemise propre et bien repassée, il n'en fallait pas plus pour que La Financière lui accorde un prêt permettant l'agrandissement et la rénovation de l'ancienne étable à taures de la Ferme Antanne ainsi que l'achat de 15 kg de quota (il en possède aujourd'hui 41). Quant à sa mise de fonds initiale, elle aura servi de levier financier et permis l'acquisition de l'équipement de traite.

Élyse Groleau, experte-conseil à La Coop Parisville, assure le service technique à la Ferme Maron depuis trois ans. « Markus a réussi à lancer son entreprise sans bénéficier du programme d'aide à la relève de la Fédération des producteurs de lait, dit-elle. De plus, il a acheté du quota avant l'instauration du prix plafond, ce qui montre bien ses qualités en matière de gestion et de contrôle des coûts. » Josiane Deshaies l'atteste aussi : « Markus n'a pas une vision en silo de son entreprise. Il n'est pas rigide et il en planifie le développement sur tous les horizons : court, moyen et long termes. »

De 2003 à 2007, Markus a ainsi réussi à conjuguer deux traites quotidiennes avec son emploi à La Coop. Une période intense qu'il est heureux d'avoir traversée, non sans l'aide de son père, Anton. « Quand j'y repense, je me demande comment j'ai pu réussir à concilier deux emplois pendant aussi longtemps », confie Markus.

Aujourd'hui, il aspire à une qualité de vie où s'établit un équilibre entre le travail et la famille.
« Nous avons instauré le congé de traite toutes les deux semaines, le samedi soir et le dimanche matin, et nous essayons de prendre cinq ou six jours de congé été comme hiver, notamment pour faire du ski alpin », expose Markus.

Des brunes et des noir et blanc

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance
Si Markus a pu s'établir, il le doit
à ses propres économies ainsi qu'au coup de pouce de ses parents et de son frère, de la Ferme Antanne, qui lui ont vendu leur ancienne étable à taures, aujourd'hui rénovée et agrandie.

Le troupeau actuel se compose de six vaches Suisse Brune – qui parlent couramment l'allemand, comme leur propriétaire – et de 39 Holstein. Pourquoi des brunes? « C'est surtout pour faire plaisir à mon père », révèle le producteur laitier.

En 2010, ses Suisse Brune ont produit en moyenne 8700 kg (4,0 % de gras et 3,5 % de prot.) et ses Holstein, 10 250 kg (3,7 % G et 3,2 % P). « L'an passé, j'ai terminé troisième au Québec pour la MCR dans la race Suisse Brune, avec 232-228-231 », déclare avec fierté Markus.

Il poursuit : « À l'étable, je n'excelle dans rien, mais je suis bon dans tout. Mon point fort reste toutefois la régie : mon taux de saillie est de 1,82 et l'intervalle entre les vêlages, de 396 jours. Mon point faible est davantage aux champs, qui manquent de drainage et de nivelage. Mais ça coûte cher de retaper des terres… »

Car Markus trouve ennuyeux d'avoir actuellement un niveau d'endettement élevé, qui l'empêche d'acquérir de nouvelles terres. Cela lui permettrait d'améliorer son autosuffisance ou d'augmenter son quota, puisque l'étable qui regroupe les vaches en stabulation entravée et la relève en stabulation libre (les vaches taries vont au pâturage) pourrait alors héberger un nombre d'animaux correspondant à un quota de 50 kg.

Patience, Markus, patience…

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