Entretiens
La manipulation des porcs
                       avant l'abattage ou 
comment « penser cochon »
[Cinquième d'une série d'articles portant sur le cahier des charges du porc La Coop*]

Au cours du processus d'expédition des porcs vers l'abattoir, plusieurs étapes importantes peuvent avoir un effet positif ou négatif sur des mois de travail et d'efforts en élevage. L'objectif principal de tout ce travail est de produire un porc qui donnera une viande de haute qualité répondant aux attentes des consommateurs, tout en rémunérant l'éleveur pour son labeur.

Ce travail doit bien sûr être réalisé en respectant les besoins du porc en matière d'alimentation, d'environnement d'élevage et, de façon plus globale, de bien-être. Un porc bien traité aura de bonnes performances en élevage, ce qui est tout à l'avantage du producteur. En effet, il serait vraiment dommage d'avoir investi autant dans l'élevage d'un porc et que la rentabilité de cet investissement soit amoindrie lors des dernières heures de sa vie!

Les effets du stress engendré par les manipulations des porcs avant l'abattage – sur leur bien-être, sur la qualité de la viande et sur la mortalité à la ferme – ainsi que durant le transport et à l'abattoir sont maintenant mieux connus. Les manipulations qui permettent de minimiser ce stress sont celles qui se rapprochent le plus du comportement naturel du porc. Il faut donc savoir « penser cochon ».

La perception de son environnement

Le porc est un animal plutôt sociable, intel­ligent, docile et à la fois curieux et prudent. Il a aussi une bonne mémoire, surtout des expériences traumatisantes. Il perçoit son environnement principalement à l'aide de son odorat et de son ouïe. Sa vision est secondaire, mais très élargie. En effet, son champ de vision est de 330 degrés, avec une vision monoculaire (un seul œil) de 140º de chaque côté, une vision binoculaire (les deux yeux) de 50º vers l'avant, et un angle mort de 30º derrière sa tête (voir les figures 1 et 2). Cela a comme résultat qu'il perçoit mieux les mouvements que les objets comme tels et qu'il a du mal à évaluer les distances. Par exemple, lors de ses déplacements, le porc peut confondre les zones d'obscurité avec un changement dans la texture du plancher ou avec la présence d'un mur, d'un trou ou d'un obstacle à franchir. Cela veut aussi dire que la vision latérale du porc ne devrait pas être négligée. Bien que le fait d'avoir des ouvertures sur le côté du passage des porcs (comme des parcs ajourés vers l'allée) puisse nous paraître banal, car nous possédons une vision frontale, le porc, lui, perçoit ces ouvertures au centre de son champ de vision et sera donc enclin, par exemple, à fraterniser avec ses congénères qui pointent leur nez entre les barreaux de l'allée.

Ferme Gilbert et Cécile Bilodeau.

La perception de l'humain

Pour le porc, l'humain est perçu comme une menace, une incitation à prendre la fuite. Le niveau de « menace » manifesté fait avancer le porc plus ou moins vite – ou de façon plus ou moins ordonnée. La capacité de l'humain à contenir cette menace influera sur l'efficacité avec laquelle les porcs se déplaceront. En effet, si le porc est soumis à une menace trop grande ou trop constante, il deviendra hyperactif ou effrayé et réagira négativement, même s'il s'agit d'un stimulus normal de son environnement et qui l'entraînerait généralement à seulement explorer. De plus, la direction que prend l'animal n'est pas improvisée. L'évolution lui a appris que si le danger vient de l'avant, il est préférable de reculer, et que si le danger vient de l'arrière, il vaut mieux fuir vers l'avant. Cela détermine ce qu'on appelle le point d'équilibre du porc, qui dictera dans quelle direction il fuira en fonction de la position du manipulateur.

Sachant maintenant comment un porc voit et prévoit le danger et qu'il perçoit son environ­nement principalement avec son ouïe et son odorat, voyons comment faciliter ses déplacements vers la sortie de la ferme et le camion qui le transportera à l'abattoir.

La marche vers l'avant

Pour encourager les porcs à avancer, il faut éviter les obstacles à leur déplacement ou ce qui pourrait être perçu comme tel. Ainsi, en ce qui concerne le plancher sur lequel le porc marchera pour se rendre vers la sortie, des variations de texture et de couleur, des éclats de soleil brillants ou des drains au milieu de l'allée pourraient gêner sa progression. Par exemple, des animaux élevés sur plancher latté à 100 % pourraient s'arrêter net à la sortie du parc s'il s'agit alors de marcher sur un plancher plein. Dans ce cas, par exemple, il serait avantageux de faire sortir les porcs du parc lors de la pesée, une à deux fois avant le chargement, afin de les familiariser avec ce changement d'environ­nement. De plus, les objets suspendus, les copeaux de bois ou tout autre absorbant, les personnes en mouvement dans l'allée et les seuils de porte surélevés seront tous perçus par le porc comme des obstacles à franchir. Pour permettre aux porcs de se familiariser avec l'odeur et la texture des copeaux (ou de tout autre absorbant utilisé), une petite quantité du produit peut être ajoutée dans les parcs quelques jours avant le « grand départ ».

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance
Les porcs sont plus enclins à avancer sous un éclairage croissant ou uniforme. Évitez les rampes extérieures en plein soleil ou la lumière extérieure qui se reflète sur le camion et peut causer un éblouissement.

Le porc est un animal qui aime se déplacer en groupe. Le nombre d'individus qui composent le groupe est déterminé par la largeur de l'allée (double ou simple) et par l'influence qu'il est possible d'avoir sur le porc en tête du groupe. En effet, pour encourager les porcs à avancer, il faut pouvoir agir sur le porc de tête. La stimulation des porcs qui se trouvent derrière le groupe risque de causer de l'empilement, des blessures et du stress, ce qui se reflétera sur la qualité de la carcasse et de la viande. Dans une allée simple, où les porcs se suivent à la queue leu leu, il est préférable de ne déplacer que deux à trois porcs à la fois; dans une allée double, où les porcs sont côte à côte, on peut en déplacer de quatre à six à la fois.

Il ne faut pas non plus négliger les effets de l'éclairage sur tout le trajet des porcs. Ceux-ci seront plus enclins à avancer sous un éclairage croissant ou uniforme. La rampe de chargement et l'intérieur du camion doivent donc être bien éclairés. Évitez les rampes extérieures en plein soleil ou la lumière extérieure qui se reflète sur le camion et peut causer un éblouissement. En couvrant les rampes d'un toit et en permettant au camion de toucher directement au quai, au bout de la rampe, l'embarquement sera facilité.

La vélocité du vent qui entre dans le bâtiment, particulièrement en hiver, découragera aussi les porcs de passer la porte de sortie de la ferme. Un vent glacé qui souffle en pleine tête pourra décourager plus d'un porc de franchir le seuil de la porte. Pendant la durée du chargement, il faut donc diminuer ou carrément arrêter la ventilation.

Des installations bien pensées… pour les porcs

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance

Les porcs ont tendance à se suivre, et cette particularité doit se refléter dans les installations de chargement (voir la figure 3). L'idéal est de permettre aux porcs de se déplacer côte à côte dans une allée de 0,9 m (environ 36 po) de large, de bloquer les distractions engendrées par les congénères qui restent à la ferme, et ce, du parc jusqu'à l'intérieur de la remorque. Si l'allée doit être rétrécie, il faut favoriser le passage décalé au rétrécissement en forme d'entonnoir, et s'assurer que sa largeur ne laisse passer qu'un seul porc à la fois. En chemin, si des tournants à 90° sont nécessaires, formez deux angles de 45°. Un tournant à 90° est perçu comme un mur ou comme une fin d'allée sans issue, ce qui, on peut l'imaginer, n'est pas très encourageant pour le porc.

Parmi les autres caractéristiques que l'on doit trouver dans les installations de chargement efficaces, on compte :
• l'inclinaison de la rampe (s'il y a lieu), qui doit être d'au plus 20°;
• l'utilisation de matériaux de construction antidérapants ou de lattes transversales pour aider à la traction dans les pentes;
• un toit plein au-dessus du quai, qui permet l'évacuation de l'eau sur les côtés lorsqu'il pleut;
• une passerelle sur le côté du quai pour permettre au camionneur d'aller et de venir entre la porte de sortie et l'intérieur du camion sans entraver le déplacement des porcs; et
• une porte de sortie s'ouvrant vers le haut et d'une hauteur minimale de 1,5 m (59 po).

Penser cochon… tout en gardant la tête froide

Ferme Gilbert et Cécile Bilodeau.

Ecchymoses causées par des manipulations excessives

Malgré toutes les précautions prises pour encourager le déplacement des porcs jusqu'au camion qui les mènera à l'abattoir, il peut arriver (et ça arrivera!) que certains refusent quand même d'avancer, que des individus fassent demi-tour et gênent complètement la progression des autres, ou encore que d'autres deviennent tellement stressés qu'ils sont incapables de faire un pas de plus. La situation devient bien pire lorsque de nombreux porcs doivent être chargés la même journée. À mesure que le niveau de fatigue des manipulateurs augmente, leur niveau de tolérance diminue et l'impatience du camionneur se fait sentir.

Malgré tout, il faut garder son calme. Quand on le perd, il est plus avisé de faire sans tarder une pause de cinq minutes que de commencer à crier, pousser et frapper. De toute façon, la situation va se détériorer davantage jusqu'à une perte totale de contrôle. Certaines pratiques sont à proscrire, notamment frapper les porcs, utiliser un bâton électrique ou isoler les porcs lors des manipulations. La meilleure façon de manipuler des porcs est de maintenir les contacts avec eux au minimum. Lorsqu'ils avancent de façon convenable (selon eux!) et dans la bonne direction, on doit les laisser faire.

Les techniques de manipulation adoptées à la ferme ont un impact majeur non seulement sur le bien-être des porcs, mais aussi sur la qualité de la viande produite. L'adoption de comportements raisonnés lors de ces manipulations est donc déterminante pour l'obtention de la qualité désirée (couleur, texture, jutosité) et pour éviter les altérations dues aux coups et blessures, parti­culièrement sur les pièces de viande de grande valeur (longe, flanc). Il est donc tout à fait à propos que ces techniques de manipulation soient incluses dans la démarche de production d'un porc La Coop.

 


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