Entretiens
partisan d'une approche pragmatique et efficace en matière de bâtiments d'élevage
René Gélinas est un homme pragmatique doublé d'un perfectionniste. Pour lui, 4 % de poulets condamnés étaient 4 % de trop. Il a donc fait travailler ses méninges pour en diminuer le nombre et améliorer le confort des oiseaux. En somme, il a fait d'une prise d'air… deux coups!

En production avicole, où la productivité est poussée à un paroxysme, chaque petite amélioration compte. Par exemple, la ventilation. Selon Léo Gagnon, technologue agricole et responsable des approvisionnements à Olymel Berthierville, la ventilation est un facteur majeur dans la prévalence de la cellulite dans les élevages, des propos que corrobore la vétérinaire Louise Mercier. Rappelons que la cellulite est une infection bactérienne due à Escherichia coli et qui occasionne des pertes tant pour l'aviculteur que pour la filière avicole.

René Gélinas, propriétaire de la Ferme Tomchyrs, dit n'avoir jamais eu de problème de ventilation dans son vieux poulailler qui accuse plus de 50 ans. Normal : il prend l'air de partout! En revanche, ses bâtiments neufs, âgés de seulement 10 ans, construits en 2 X 6, isolés à plus de R25 pour les murs et dotés de pare-air et de pare-vapeur, doivent être ventilés avec un soin extrême, car ils sont autrement plus hermétiques.

La ventilation est cruciale dans tous les types d'élevage d'animaux, mais peut-être plus encore en production avicole, en raison de la haute densité animale sur les parquets. Or, l'hiver, elle est non seulement cruciale, mais difficile à régler, voire « chirurgicale », selon René Gélinas.
Durant la saison froide, le système de ventilation fonctionne au minimum. Tous les ventilateurs ne sont donc pas en fonction et la trappe d'air, qui court d'un bout à l'autre du bâtiment, n'ouvre que de quelques millimètres ou de 1/8 de pouce et peut donc s'englacer facilement. « Avec si peu d'ouverture, je n'étais pas capable de ventiler avec précision, dit René Gélinas. Le peu d'air frais qui pénétrait d'une si petite ouverture n'arrivait pas à percer le "mur" d'air chaud pour ensuite se diffuser jusqu'au centre du poulailler, de sorte qu'il entrait directement en contact avec le plafond et condensait, et de l'eau se retrouvait sur la litière. Il fallait donc perfectionner deux choses : le débit d'entrée de l'air et l'angle d'entrée. »

Homogénéité de l'air

De Cuba à Saint-Boniface-de-Shawinigan

Sa trappe d'air, René Gélinas n'a mis qu'un mois à la concevoir. L'aviculteur a eu son idée alors qu'il avait les deux pieds dans le sable et le soleil sur la tête à Cuba, dans le temps des Fêtes, en 2009, juste avant le voyage organisé par La Coop à l'International Poultry Expo, à Atlanta.
On peut sortir le gars du poulailler, mais on ne peut pas sortir le poulailler du gars… Comme il avait tout son temps pour cogiter à la plage, René s'est mis à réfléchir sur la façon dont il pourrait bien diminuer la prévalence du syndrome de la maladie respiratoire chronique (SMRC) et de la cellulite. L'homme venait juste d'avoir l'un des pires lots de sa carrière, avec 4 % de poulets condamnés. À son retour en Mauricie, il est tout de suite passé à l'action, trouvant les meilleurs matériaux et les faisant découper avec précision chez un fabricant d'armoires de cuisine.

La théorie : apporter l'oxygène aux oiseaux tout en évacuant le gaz carbonique, et cela, en évitant les courants d'air directs sur les volatiles pour plutôt privilégier un brassage de l'air froid avec l'air chaud situé en hauteur. La pratique : c'est plus facile à écrire qu'à réaliser! « Je n'ai pas essayé de réinventer la roue, explique René Gélinas, aviculteur comptant 28 années d'expérience. J'ai plutôt misé sur la simplicité, l'efficacité et la relative facilité d'installation. »

Il poursuit : « L'idée était de ne pas fragiliser la structure du bâtiment en perçant des trous plus bas que la trappe d'air principale. J'ai donc inventé une trappe d'air de deux pieds de longueur, adaptable à la trappe d'air conventionnelle existante, qu'il ne faut percer que tous les huit pieds. Mon système est non seulement durable – j'estime sa durée de vie à plus de 20 ans –, mais également esthétique et, surtout, performant. »

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance
La trappe d'air de René Gélinas s'installe sur la trappe d'air existante. Elle mesure deux pieds de longueur et l'éleveur suggère d'en installer tous les huit pieds.

La petite trappe d'air, que René ouvre à un minimum d'un pouce l'hiver, laisse passer un débit d'air suffisant pour traverser le « rideau » d'air chaud et projeter l'air frais plus loin, ce qu'aide en outre un déflecteur dont l'angle idéal de projection a été soigneusement déterminé. Les tests hivernaux avec un brumisateur à gaz, qui enfume le poulailler et permet de visualiser le mouvement de la brise, ont été nombreux et pas toujours concluants. « L'industrie avicole a beaucoup travaillé sur le plan des ventilateurs du bâtiment, mais peu sur celui des trappes d'air, fait valoir Sylvain Lefebvre, premier directeur avicole à La Coop fédérée. René, un gars fier et hyper-minutieux, l'a compris, et il faut saluer son initiative. »

La prise d'air de René est isolée grâce à une membrane de bulles d'air et est composée entièrement de matières plastiques et d'acier inoxydable (vis et crochets permettent de fermer complètement et hermétiquement la trappe d'air). Comme la grande trappe d'air, la petite comporte une corde de nylon avec un arrêt de cordon à ressort, qui permet un réglage manuel rapide de l'ouverture, jusqu'à quatre pouces de largeur. Le déflecteur peut aussi être réglé selon quatre angles différents, en fonction de la hauteur du plafond.

« Ce système est vraiment peu coûteux, soutient René Gélinas. J'estime qu'il coûte entre 70 et 80 dollars par trappe, ce qui inclut le matériel et la découpe en usine. Il faut ensuite ajouter l'installation. » René et son employé ont déjà réussi à en installer 24 en une journée de travail de 10 heures, mais on peut plus réalistement penser en installer deux par heure. Aujourd'hui, les cinq poulaillers de la ferme (11 parquets) sont équipés de ces petites trappes.

Et les résultats?

Ferme Gilbert et Cécile Bilodeau.

La ventilation d'hiver est « chirurgicale », selon René Gélinas, qui a inventé une prise d'air qui s'adapte à la prise d'air existante d'un bâtiment, pour de meilleurs résultats.

Soulignons qu'à une époque où les poulaillers sont plus que jamais informatisés et contrôlés à distance, ce système « tout manuel » pourra en rebuter quelques-uns. René Gélinas recommande d'ailleurs l'utilisation d'un appareil fiable de mesure de la pression statique dans les bâtiments pour aider à déterminer le degré d'ouverture des trappes.

Se basant sur les observations des trois derniers hivers, René Gélinas estime que la diminution de poulets condamnés oscille entre 0,5 et 0,75 % grâce à son nouveau système de ventilation, des données que confirme Léo Gagnon, d'Olymel.

Mais, plus important : René dit ne plus avoir de « lots surprises » durant l'hiver, même quand la température change brusquement d'une journée à l'autre. Il évoque par ailleurs une légère diminution du coût du chauffage au propane, puisque l'air est mieux distribué et que le chauffage est par conséquent plus constant. « Lors de journées venteuses, j'ai aussi observé que ce système diminue l'effet de vent, car la prise d'air n'est pas ouverte sur toute la longueur, mais seulement sur son quart. »

Guy Massé, l'expert-conseil de La Coop des Bois-Francs qui assure un service technique depuis plus de quatre ans à la Ferme Tomchyrs, a pour sa part observé une meilleure répartition des oiseaux sur les parquets et une litière plus sèche, signes évidents d'un confort accru.

En somme, René Gélinas n'a effectivement pas réinventé la roue avec son système, mais il contribue certainement à mieux faire tourner celle de ses élevages.

Pour en savoir plus sur sa trappe d'air, on peut le contacter à tomchyrs@hotmail.com.

l'efficacité énergitique, version Tomchyrs L'efficacité énergétique, version Tomchyrs À la Ferme Tomchyrs, qu'ont en commun cinq poulaillers, deux garages, une maison et un silo-séchoir? Ils sont tous chauffés à la biomasse – rien d'autre que des résidus de bois franc et de bois de démolition d'entreprises mauriciennes. Le système, centralisé dans un ancien hangar à machinerie, est constitué d'une chaudière industrielle de 4 125 000 BTU fabriquée par une entreprise beauceronne. L'alimentation en bois s'effectue automatiquement au moyen d'un plancher mobile et d'une vis sans fin qui alimente la chambre de combustion. L'eau chaude est ensuite distribuée dans l'ensemble des bâtiments par des tuyaux souterrains isolés de deux pouces, en polyuréthane flexible, que René Gélinas a fait importer du Danemark. L'eau ne chauffe pas les planchers, mais alimente une sorte de radiateur. Cet appareil, suspendu à 30 cm du plancher, est placé côté trappe d'air, entre les premières conduites d'eau et d'aliments. Depuis l'instauration de ce système, fonctionnel à l'hiver 2011, l'empreinte carbone de la ferme est donc considérablement réduite. René Gélinas pense être capable de rentabiliser son système en huit à dix ans, système qu'il gère à l'aide de son téléphone intelligent.


Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés