Entretiens
Agrico
Avec l'achat d'Agrico, un important distributeur d'engrais du sud-ouest de l'Ontario, La Coop fédérée renforce de façon importante son positionnement dans l'est du Canada (Québec, Ontario, Maritimes). Avec 850 000 tonnes négociées, elle y devient le plus important fournisseur de matières fertilisantes.

La transaction, analysée, étudiée et fina­lement approuvée par le conseil d'adminis­tration de La Coop fédérée, comprend le siège social d'Agrico, situé à Mississauga, et trois terminaux d'entreposage et de distri­bution (voir l'encadré à la page 16). Elle inclut également une participation, en tant que coentreprise, dans une douzaine de centres de détail en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan.

Une première acquisition d'importance en 2008 (Agronomy Company of Canada, située éga­lement en Ontario) avait marqué, dans le secteur des productions végétales, le début d'une expansion outre-frontières pour La Coop fédérée, dont les principales infrastructures d'affaires étaient jusqu'alors au Québec (voir Le Coopérateur agricole, numéro de mars 2009). Au total, avec Agronomy et Agrico, La Coop fédérée contrôle maintenant près de 45 % du marché ontarien des fertilisants.

Pourquoi cette expansion hors Québec? « Pour plusieurs raisons, fait savoir Claude Lafleur, chef de la direction de La Coop fédérée. D'abord, nous vivons dans une économie de marché. Ainsi, pour une entreprise, s'il n'y a pas de croissance, c'est le déclin. Pour assurer son développement, elle doit donc adopter une logique d'affaires qui l'amène à imaginer des sources de croissance. La stratégie d'expansion de La Coop fédérée se fait donc, pour une bonne part, par acquisitions. Mais non pas de façon débridée. On investit dans des métiers qu'on connaît, qu'on maîtrise – dans ce cas-ci, les productions végétales. »

Les avantages concurrentiels de La Coop fédérée sont en effet nombreux à ce chapitre. Ses infrastructures d'entreposage de haut calibre, situées à Sillery et à Sainte-Catherine, ainsi que son vaste réseau de distribution, dont on peut tirer encore plus d'efficacité, jumelés à des ressources humaines qui connaissent leur métier, offraient de grandes possibilités de synergie avec les entreprises ontariennes, dont certaines des infrastructures d'entreposage sont aussi situées sur la Voie maritime. « L'acquisition d'Agrico permettra de consolider le marché ontarien, poursuit le chef de la direction, de générer de l'activité et de réduire les coûts au Québec, en raison d'un plus grand rapport de force dans un marché contrôlé par quelques grands acteurs du secteur des engrais à l'échelle mondiale, dont Mosaic, Potash Corp. et Yara. »

« Par ailleurs, quand une entreprise détient 50 % des parts de marché d'un secteur d'activité, comme c'est le cas pour La Coop fédérée au Québec en productions végétales, il devient de plus en plus difficile pour elle d'en décrocher de nouvelles, ajoute Claude Lafleur. L'expérience avec Agronomy a été concluante. Après deux ans, elle a été bien intégrée dans le giron de La Coop fédérée. Quand Agrico – une entreprise de taille similaire à Agronomy – s'est présentée, il ne fallait pas laisser passer ça. Cela dit, nous poursuivrons, bien entendu, notre développement au Québec, mais notre potentiel de croissance est nettement plus grand dans cette nouvelle zone d'exploitation. »

Ferme Gilbert et Cécile Bilodeau.

Agrico offre de multiples produits et services : fertilisants (granulaires et liquides), produits de protection des cultures, semences, produits d'utilité professionnelle, services-conseils en productions animales et végétales, location d'épandeurs et de pulvérisateurs, travaux à forfait effectués avec de l'équipement très performant. Les producteurs agricoles ontariens n'ont pas tendance à s'équiper à outrance. Ils font largement affaire avec leur centre de service agricole.

En s'appropriant des parts de marché hors Québec, La Coop fédérée pourra également améliorer son offre de service à l'ensemble du réseau La Coop tout en abaissant ses coûts d'exploitation. Les profits réalisés, qui sont en partie réinvestis dans les localités agricoles des quatre coins du pays, permettent également de poursuivre les projets de développement entamés et de contribuer à rendre les agriculteurs du réseau La Coop plus prospères à long terme. En effet, la mission de La Coop fédérée est de contribuer au développement économique, social et environnemental des producteurs agricoles sociétaires et de ses coopératives affiliées. Et cela se fait notamment en développant un réseau coopératif intégré d'approvisionnement en produits et services d'utilité professionnelle.

Des atomes crochus

Tout comme ceux d'Agronomy, les gens d'Agrico ont un grand savoir-faire. La fondation de cette dernière remonte d'ailleurs à 1931. Et sa mission révèle de grandes similitudes avec celle de La Coop fédérée : produits de très haute qualité, service hors pair, développement de l'agriculture et des affaires de façon rentable et durable, intégrité et engagement dans la collectivité.

En plus de bénéficier d'économies d'échelle et d'un positionnement stratégique dans l'est du pays, La Coop fédérée saura s'inspirer de l'expertise innovatrice du personnel d'Agrico. « Cette entreprise familiale, présidée par M. Bob Whitelaw, un homme d'affaires réputé, est un monument dans l'industrie agricole de l'Ontario, dit Claude Lafleur. On n'arrive pas là en coloni­sateurs pour planter le drapeau La Coop ou celui du Québec. On ne s'affiche pas. Notre rôle ne se joue pas sur le plan du pignon sur rue, mais dans l'arrière-boutique, pour mettre en place des synergies. Agrico demeurera Agrico. Et ça, c'est important pour les producteurs. On respecte le modèle d'affaires d'Agrico, les traditions, le savoir-faire.

C'est une relation gagnant-gagnant. Nous sommes partenaires avec des gens très engagés, exigeants, professionnels, de véritables entrepreneurs, qui voient dans ce regroupement de réels avantages. Nous aussi, d'ailleurs, car leurs pratiques sont exemplaires à bien des égards. Leurs centres d'engrais sont efficaces, rentables, très productifs. Ils ont une grande expertise. C'est très inspirant. »

Un secteur d'avenir

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance
Le terminal d'Agrico à Hamilton. On y trouve cinq dômes d'entreposage de fertilisants granulaires, trois pour l'urée, un pour la potasse et un pour le phosphore. Chaque dôme a un diamètre de 43 m (142 pi) et une capacité de 7000 tonnes. L'approvisionnement se fait par bateau ou par train. Les livraisons sont effectuées par camion. Agrico possède également deux réservoirs pour les fertilisants liquides (solutions d'azote 28 % et 32 %), ayant chacun des dimensions de 26 m sur 15 (85 pi sur 48) et une capacité de 10 000 tonnes. Un troisième réservoir, d'une capacité de 20 000 tonnes, sera bientôt construit. Avec Agrico, La Coop fédérée sera en mesure d'acheter de pleins chargements de navires. Ces navires pourront approvisionner ses installations de Sillery et de Sainte-Catherine, sur la voie maritime du Saint-Laurent, avant de se rendre en Ontario.

L'agriculture est un secteur d'activité hautement stratégique. Nourrir le monde sera un des principaux enjeux du 21e siècle. Et la concurrence, déjà, est vive : des États achètent à coups de milliers d'hectares des terres un peu partout sur la planète pour sécuriser leur approvisionnement en nourriture, de grandes entreprises tentent de faire main basse sur les principaux producteurs de matières fertilisantes du globe, de moins en moins d'agriculteurs doivent nourrir une population de plus en plus nombreuse et urbaine. « Aux États-Unis, par exemple, environ 5 % des fermes produisent près de 80 % des aliments », indique Claude Lafleur. Les prix des denrées alimentaires et agricoles sont en augmentation, poursuit-il. Il y a de l'effervescence. Les grandes sociétés, comme Mosaic ou Cargill, investissent des millions dans leurs infrastructures.

La Coop fédérée entend tirer profit des occasions d'affaires qui se présenteront, mais, précisent les dirigeants de l'entreprise, non pas au détriment de la rentabilité du réseau. « Même si la prudence quant aux projets et aux investissements, ainsi que la poursuite des différentes mesures de consolidation et de redressement mises en place au cours des dernières années, continue de s'imposer, il y a présentement sur le marché des occasions d'affaires à saisir et, dans un but de croissance, nous entendons en poursuivre l'examen », a récemment déclaré le chef de la direction.
L'achat d'Agrico s'inscrit donc dans cette vision. Soulignons d'ailleurs que La Coop fédérée a également fait l'acquisition d'une autre entreprise ontarienne, Growers Direct Export, dont le principal lieu d'affaires est situé à Mitchell. Growers Direct Export est spécialisée dans la commercialisation des grains. « Cette acquisition permettra également de créer des synergies importantes avec nos partenaires d'Agronomy, par l'entremise des magasins de détail Agromart, et d'Agrico sur l'ensemble du territoire ontarien », explique Claude Lafleur.

la voie vers un démarrage en production laitière n'a pas été rectiligne et toute tracée d'avance

À très court terme, La Coop fédérée n'envisage pas d'autres projets d'expansion dans le secteur végétal, que ce soit au Canada ou encore aux États-Unis. Elle prendra le temps nécessaire pour bien assimiler ses nouvelles acquisitions. « La Coop fédérée, c'est aussi Sonic et le secteur des biomasses, ou encore les quincailleries, souligne Claude Lafleur. Les investissements doivent être partagés et l'argent correctement géré. On a beaucoup investi dans les productions végétales pour équilibrer ce secteur avec celui des productions animales, particulièrement le porc, où étaient concentrés 50 % de nos activités. Aujourd'hui, c'est 35 % de nos activités que l'on retrouve dans le porc. Ça équilibre notre portefeuille. C'est plus stable et moins à risque. »

Les terminaux d'entreposage d'Agrico
Agrico possède des infrastructures d'entreposage à Hamilton (sur la voie maritime du Saint-Laurent) et à St.Thomas, en Ontario, ainsi qu'à Oak Bluff, au Manitoba. Agrico loue également des installations à Oshawa et à Port Stanley, en Ontario, à Biggar, en Saskatchewan, et à Saint Paul, au Minnesota.

 

 

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