Entretiens
Nicole Dion
Elle en avait assez de n'avoir accès qu'à des fruits et légumes de deuxième qualité et d'être incapable de trouver les ingrédients nécessaires pour cuisiner les recettes de ses magazines préférés. Katie Dubé a donc eu une sérieuse décision à prendre : croiser les doigts et espérer que les problèmes de sa coopérative se règlent comme par magie, ou se joindre à ceux qui voulaient insuffler un vent de changement à La Coop-IGA de Saint-Gédéon-de-Beauce.
La deuxième solution a été la sienne.
Dans un commentaire déposé en 2007 dans la boîte de suggestions de l'épicerie, elle a dit tout haut ce que beaucoup pensaient déjà : si l'épicerie du village n'était pas en mesure de lui fournir ce dont elle avait besoin, elle irait faire ses courses ailleurs.

Katie Dubé parcourait déjà plusieurs fois par semaine le trajet de 25 km vers Saint-Georges pour aller y travailler comme opticienne d'ordonnance. Faire l'épicerie là après le travail n'était pas un problème en soi : il y a plusieurs grandes surfaces à Saint-Georges. Le problème était plutôt d'ordre moral. Si elle n'était pas satisfaite de l'épicerie du village, les chances étaient élevées que d'autres ne le soient pas non plus. Et s'ils étaient nombreux à être insatisfaits, petit à petit, tous cesseraient de s'approvisionner à Saint-Gédéon. C'est exactement ce que Katie Dubé voulait éviter qu'il arrive dans son village d'adoption.

Quatorze ans plus tôt, elle était une des rares personnes à avoir quitté Saint-Georges pour aller s'établir en périphérie, à Saint-Gédéon dans son cas, avec son nouveau conjoint. Les gens faisaient normalement l'inverse : ils délaissaient la campagne pour s'installer en ville. La perte de services est l'une des causes principales du déclin démographique des petites municipalités, explique Mme Dubé. Or, avec ses 2300 âmes, Saint-Gédéon-de-Beauce avait déjà peu de commerces. « Si l'on perdait notre marché d'alimen­tation, on risquait de perdre des familles et de devenir un village fantôme. »

Katie a donc décidé d'accepter l'invitation de sa coopérative à se joindre au conseil d'adminis­tration, il y a quatre ans. Parmi les dossiers chauds, il fallait notamment décider si La Coopérative renouvellerait son affiliation avec la chaîne IGA. « Il était question d'une entente de 10 ans. Il fallait donc s'assurer que la situation financière de La Coopérative le permettait. La solution de rechange, soit celle d'opter pour une autre enseigne, aurait été moins avantageuse en ce qui a trait aux prix – donc une importante perte pour les clients. »

Afin d'augmenter l'achalandage du magasin, le conseil d'administration a entrepris plusieurs travaux d'amélioration, notamment des rénovations intérieures et extérieures pour aider à rafraîchir l'image de l'établissement et améliorer son fonctionnement. Il a également fait en sorte que, à son initiative, les employés des divers rayons puissent bénéficier d'un programme de formation continue.

Quant à celui des fruits et légumes, Katie Dubé annonce fièrement qu'il s'est amélioré au fil des ans. « Mais ces changements se sont avérés plus complexes que je ne l'avais imaginé, dit-elle. L'important est que l'on puisse offrir de la qualité. »

Tous ces projets demandent un bon investissement de temps de la part des membres du conseil d'administration. « C'est facile de dire qu'on n'a pas le temps, qu'on est trop occupé pour s'impliquer ou pour assister à l'assemblée générale annuelle. Tout le monde peut dire cela, mais l'alimentation de nos familles, c'est important », conclut Katie Dubé. Or quand quelque chose est important, on y consacre du temps!
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