Entretiens
Optimisez l'efficacité du rumen...
Passion, gestion de haut niveau, confort, alimentation de pointe, voilà à quoi se résument les façons de faire de Claude et Céline Séguin, propriétaires de la ferme Serheal, à Sainte-Rose-de-Prescott, en Ontario. Des pratiques qui les ont menés, en 2010, à la tête du palmarès des troupeaux supérieurs pour la valeur du lait dans cette province.

Faire beaucoup de lait, c'est une chose. Faire beaucoup de lait payant, très payant même, c'en est une autre. Céline et Claude excellent dans les deux cas. Comme ils ont plus de 13 000 kg de moyenne, certains pourraient se permettre d'en douter. Les chiffres ne mentent pas. Avec 80 relevés de lactation, leurs Holstein ont dégagé une valeur de lait de 9256 $ par vache, d'après le DHI Ontario Progress Report de 2010.

Ce n'est pas tout. Au chapitre des troupeaux supérieurs pour les MCR, toujours selon le DHI, la ferme Serheal occupe le deuxième rang, avec une moyenne de 298,0 (299-301-294), à seulement 0,3 point derrière le champion en titre. Enfin, pour la cote de gestion – qui prend en compte la valeur du lait, la santé du pis, l'âge au premier vêlage, l'intervalle entre les vêlages, la longévité et le pourcentage de vaches en lactation –, l'entreprise se classe au 13e rang dans le comté de Prescott.
Claude et Céline, qui possèdent un troupeau de 150 têtes, y compris les taures, mettent une ardeur sans bornes à faire les choses correc­tement. « Il faut faire des choix judicieux », dit Claude. Pour le couple, l'objectif n'est pas de maximiser la production, mais bien de la rentabiliser le plus possible.

Né à Sainte-Rose, dans la ferme familiale, Claude l'exploite avec son frère aîné, Vincent, lorsque leur père, Rhéal, la leur transmet. En 1999, Vincent se retire et Claude acquiert la ferme avec Céline. Ils se sont rencontrés lorsqu'ils avaient 18 ans; ils en ont aujourd'hui 48.

En 2007, l'exploitation laitière de feu Pierre Bercier, producteur d'élite de la région, est mise en vente. Elle est contiguë à celle de Claude et Céline, qui projetaient alors de bâtir une étable neuve sur leur terre pour faire passer leur troupeau de 60 à 80 vaches. Le but était de leur offrir plus de confort et d'automatiser de nombreuses tâches encore effectuées à la main, dont l'alimentation. Pour toutes ces raisons, ils achètent l'entreprise.

L'alimentation
du troupeau


Par François Jacques, T.P. Expert-conseil à La Coop AgriEst et à Agrodor

Moyenne : 13 000 kg (3,91 % G et 3,16 % P),
deux traites par jour

Génisses jusqu'à 6 mois
Goliath VO 21 % cube
Foin sec de graminées

Génisses de 6 à 24 mois
Goliath Expo
Minéral Goliath 12-4
Foin sec mélangé

Vaches taries et
en préparation au vêlage
Aliment Transimil 15 %
Foin sec de graminées
Ensilage de maïs et de foin

Vaches en lactation
Maïs humide
Supplément Synchro 4055V,
option 1
Supplément Synchro 4760V
Soya micronisé
Minéral Synchro 18-5 T
Mégalac
Ensilage de maïs
Ensilage de luzerne
Foin sec mélangé
L'étable de Pierre Bercier, récente, spacieuse, fonctionnelle et équipée des dernières technologies en matière de confort et d'automatisation de l'alimentation, correspond pleinement à leurs aspirations. « Dans notre ancienne étable, avec 11 000 kg, on avait déjà une bonne moyenne, dit Claude. On ne pensait pas que dans un meilleur environnement, on allait faire 13 000 kg en aussi peu de temps. »

« Notre préoccupation, c'est les vaches. C'est ce qui est le plus rentable », soutient Claude. Les facteurs de réussite? « Simplicité et persévérance, insiste le producteur. Si, pour obtenir des résultats, ça devient trop compliqué, tu vas le faire un temps, puis tu vas lâcher et les résultats vont baisser. Il faut une routine simple qui marche pour tout le monde. » Voici les éléments sur lesquels mise le couple.

La génétique
C'est un des éléments clés de la réussite des Séguin. « On a toujours travaillé avec des animaux de haut statut pour la production, la conformation et la persistance », disent-ils. La génétique est une passion qui animait autant le père que le frère de Claude. Le troupeau Serheal a donc des bases solides à ce chapitre. « Mais ça ne prend pas des vaches d'exception, assure Claude. Ça prend simplement de bonnes vaches, et ça, on peut en trouver facilement. »

La santé
La préparation au vêlage – la transition entre le tarissement, le vêlage et le déclenchement de la production –, cette délicate étape où, bien souvent, le succès de la lactation se joue, doit être suivie de près, dit François Jacques, expert-conseil à La Coop AgriEst et à La Coop Agrodor. « N'y pensez pas, si les vaches ne partent pas bien à cause d'un manque de calcium ou de sucre, ça ne peut pas fonctionner, dit Claude. Tout se passe là, il faut y consacrer du temps et suivre de près les courbes de lactation, de protéine et de gras. » Le départ des génisses est aussi, pour les Séguin, de première importance. « Une génisse malade, ça ne produit pas », dit-il.

« Je prends soin de mes vaches et mes frais de vétérinaire sont bas, poursuit le producteur. En début de lactation, je n'ai pas de vaches à terre. Notre vétérinaire effectue un suivi préventif toutes les deux semaines. Et lorsqu'une vache est malade, on trouve ce qui s'est passé pour que ça ne se répète pas. Certains disent que les hautes productrices ont des taux de fertilité ou de reproduction plus faibles. C'est faux. Je suis à l'étable et j'observe mes vaches. »

L'alimentation
« Ça vaut la peine d'être bien équipé, dit Claude. Avant, on faisait tout manuellement, on mélangeait et on distribuait à la main jusqu'à 10 RTM. » Les propriétaires sont d'avis que le robot est un outil quasi indispensable pour gérer la distribution des aliments. « Je sais que tous les producteurs n'ont pas les étables pour pouvoir en installer un, mais pour ceux qui le peuvent, il permet de gagner du temps et de tirer profit d'une alimentation bien adaptée au stade de production des vaches. En plus, il n'a jamais mal à la tête… et peut servir, par exemple, 20 kg d'aliments en six repas. »

Les génisses sont élevées dans des huches pendant environ trois mois. Elles passent ensuite à l'étable froide puis, à 24 mois, à l'étable laitière.
Des bâtiments spacieux, confortables, bien éclairés et bien ventilés contribuent largement
au succès de la ferme Serheal















Céline est responsable de la programmation du robot d'alimentation. Un outil dont le couple ne pourrait plus se passer. Le robot d'alimentation est doté d'un compartiment principal, qui permet de distribuer une RTM de base à toutes les vaches, et de cinq compartiments qui fournissent les suppléments nécessaires. L'appareil se ravitaille à 11 stations d'appro­visionnement. Totalement informatisé, il peut même, grâce à une réserve d'eau, ajuster le taux d'humidité de la RTM.
Le confort
Un système de ventilation tunnel, des stalles spacieuses et matelassées, de dimension variable en fonction de la grosseur des vaches – 150 cm (60 po), 165 cm (66 po) ou 180 cm (72 po) sur 200 cm (80 po) –, ainsi qu'une luminosité bien adaptée au besoin de productivité des vaches assurent un confort optimal en toutes saisons.

La gestion
Les conseils et l'appui de leur expert-conseil, avec qui ils font équipe, contribuent au succès des Séguin. Observation des vaches, état de chair, ajustement de la ration après chaque contrôle laitier : François surveille attentivement le troupeau. « Il s'implique et il sait ce qu'on veut, dit Céline. C'est la même chose avec notre vétérinaire. »

Avec 2,5 lactations en moyenne par vache, soit l'équivalent de la moyenne provinciale en Ontario, Claude et Céline sont conscients qu'ils pourraient facilement améliorer leur taux de réforme et accroître leur efficacité. « Il faudrait que je me convainque d'élever moins de génisses, dit-il. Mais, comme pour bien des producteurs, j'ai du mal à m'en défaire. Qui sait si je ne laisserai pas passer une future championne? Et c'est aussi par sécurité. S'il m'arrivait une bad luck et que je perdais plusieurs vaches? C'est peu probable, mais nous, les producteurs, on pense comme ça par habitude. Mais ça, ça coûte de l'argent, parce qu'il faut que je sorte une vache du troupeau pour faire place à une taure. Élever une taure, ça a un prix. Si j'en élevais seulement une de moins par mois, ça ferait déjà une bonne différence [voir le tableau]. Et, jusqu'à un certain point, plus on garde une vache longtemps dans le troupeau, plus ses lactations deviennent payantes. » Les propriétaires savent donc pertinemment qu'en adoptant cette façon de travailler ils amélioreraient leur cote de gestion de troupeau compilée par le DHI.
Pour la gestion de leurs 180 hectares (450 acres) en culture, de nombreuses tâches sont données à forfait : grosses balles carrées, épandage du fumier, récolte du maïs et du soya. La machinerie, très peu pour eux. Le tracteur qui active la pompe de la fosse à fumier date de 1976. Le couple investit son argent dans l'étable. « C'est, selon moi, beaucoup plus rentable comme ça », dit Claude, qui déplore qu'il n'y ait pas de CUMA en Ontario, une formule qu'il estime géniale.

« Avec le forfait, tu engages aussi l'employé qui fait le travail », souligne François Jacques. « Si je passe une ou deux semaines à faire l'épandage, c'est autant de temps que je ne passe pas à l'étable », ajoute Claude. À ceux qui, comme lui au début, doutent que le forfait puisse assurer l'achèvement des travaux à temps, Claude répond qu'ils n'ont aucunement à s'inquiéter. « Je n'ai jamais de problèmes, dit-il. Ce sont des entrepreneurs sérieux et professionnels, qui tiennent à leur clientèle. »

En bref
Génétique, santé, confort, nutrition, gestion : une combinaison gagnante, un équilibre à respecter et auquel il faut consacrer du temps, estiment les éleveurs. Mais pour eux, ça ne signifie pas passer tout leur temps à l'étable. Claude y est dès 5 h pour la traite, mais ses journées se terminent à 18 h 30 ou 19 h. « Jusqu'à tout récemment, on n'était que deux pour produire 96 kg de quota avec 68 vaches. On vient d'embaucher un employé pour avoir plus de temps à nous, dit Claude. Pour y arriver, il faut être efficace et faire les tâches au bon moment, à l'étable comme aux champs. C'est une question de qualité de vie et de rentabilité. » En toute simplicité…

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