Entretiens
La manipulation des porcs
                       avant l'abattage ou 
comment « penser cochon »
En ces temps difficiles pour la production porcine, l'importance de bonnes performances techniques est encore plus grande. Plusieurs réseaux de production ont révisé leurs façons de faire. L'adoption du « tout plein – tout vide » et du monosource en engraissement a grandement favorisé l'amélioration des performances, ce qui se reflète dans les résultats économiques. La gestion en bande de deux, trois ou quatre semaines des troupeaux de truies aide à atteindre les objectifs en engraissement. Les progrès génétiques réalisés à Sogéporc et une plus grande diffusion de ses produits contribuent à améliorer les résultats en maternité et en engraissement (meilleure conversion alimentaire, indice de classement supérieur et augmentation du gain journalier). On voit maintenant que, parmi les meilleures performances, toutes les régions du Québec sont représentées. C'est le résultat d'un travail concerté à tous les niveaux de la filière.
Transport et qualité : deux éléments indissociables
Le transport a un impact considérable sur le revenu du producteur, mais aussi sur l'animal, sur son bien-être et, finalement, sur la qualité de sa viande. Pour les porcs, un nouvel environnement parfois hostile et la privation d'eau et de nourriture pour une période plus ou moins longue engendrent une concentration plus élevée d'hormones de stress dans le sang. Cela entraîne plusieurs effets, comme la diminution du transit intestinal, la suppression de l'immunité, l'augmentation de l'excrétion des bactéries (E. coli) et une perte de poids potentielle si la durée du transport contribue à allonger la période de jeûne au-delà de 24 heures.

Les effets du stress, engendré par le transport avant l'abattage, sur la qualité de la viande sont maintenant mieux connus. Si la ferme et l'abattoir sont respectivement responsables de 55 et 25 % des variations dans les taux de porcs essoufflés et de mortalité entre la ferme et l'abattage, le transporteur l'est à hauteur d'environ 20 %*. Ces variations seraient principalement dues à la conception de la remorque et aux conditions de transport. Le savoir-faire du transporteur, la préparation des remorques et les conditions de transport adaptées aux besoins particuliers des porcs, permettent de minimiser les pertes de revenus et de préserver la qualité de la viande. Un animal moins stressé produira une viande de meilleure qualité, notamment en ce qui a trait à sa couleur (apparence) et à sa rétention en eau (texture).

À quelles conditions?
La température extérieure
Il importe de s'assurer que les conditions de transport sont adéquates et adaptées à la température extérieure. Par exemple, on s'assure de fournir plus de litière lorsqu'il fait froid pour éviter les engelures; à l'inverse, lorsqu'il fait chaud, on en fournit moins afin de diminuer le facteur d'isolation. On doit également s'adapter à la température extérieure en ouvrant les panneaux latéraux de façon appropriée (voir tableau 1).

La densité animale
Ensuite, il faut respecter la densité animale prescrite. Chaque transporteur devrait faire un plan de l'intérieur de sa remorque et mesurer la superficie de chacun de ses compartiments. À l'aide des données du tableau 2, il devrait noter combien de porcs peuvent être transportés en fonction de la tempé­rature et du poids des porcs.

Le temps d'attente
Le transporteur doit aussi limiter le temps d'attente des porcs dans le camion au chargement, pendant le voyage et avant le déchargement à l'abattoir. Pour y arriver, il doit manipuler les porcs de façon appropriée lors du déplacement et respecter l'horaire de réception des porcs, tel qu'il aura été envoyé par l'abattoir. Se présenter en avance de l'heure de déchargement prévue ne lui permettra pas nécessairement de décharger ses porcs plus tôt. Le transporteur doit aussi réduire au strict minimum le nombre d'arrêts pendant le voyage (les repas du camionneur se prennent lorsque la remorque est vide…). La planification de l'itinéraire et la connaissance des autres routes possibles pourront contribuer à limiter les délais occasionnés par les imprévus de la circulation (accident, travaux, bouchon de circulation, etc.).
La conduite du camion

Pour diminuer les risques de blessure des porcs, la conduite du camion doit être adaptée, particulièrement dans les premières minutes du voyage (arrêts fréquents, courbes, accélérations, freinages). Les porcs doivent pouvoir s'habituer aux mouvements du camion, tout en gardant leur équilibre. Habituellement, si le transport est assez long, ils finiront par se coucher, à condition que l'espace soit suffisant. La conception de la remorque doit tenir compte de l'espèce transportée – en l'occurrence, les porcs – et faciliter le lavage et la désinfection des surfaces et de l'équipement.

L'état de la remorque
Les panneaux et attaches doivent être fixés solidement et aucune blessure ne devrait pouvoir être causée par une protubérance, un u boulon, un angle ou une saillie. Le plancher doit être antidérapant. La remorque doit être construite de façon à protéger les porcs des intempéries et à ce qu'aucune de leurs parties ne puisse en dépasser. Le conduit d'échappement doit être suffisamment élevé de sorte que les gaz ne puissent pénétrer dans la remorque. Idéalement, la remorque devrait avoir deux portes arrière s'ouvrant sur toute sa largeur. Tous ces aspects sont également importants pour la sécurité du transporteur et afin de faciliter son travail.

La manipulation des porcs
Le transporteur doit aussi travailler à éliminer le plus possible certaines pratiques, telles que frapper les porcs, utiliser le bâton électrique, isoler les porcs lors des manipulations et se tenir sur leur voie. Le bâton électrique – ou tout autre outil (tige de métal, bout de tuyau en plastique, fouet) pouvant causer un stress, des ecchymoses ou des blessures à l'animal – ne devrait jamais être utilisé lors des manipulations. Le recours à cet instrument peut être remplacé par l'emploi d'autres outils pour le déplacement des porcs, tels que les panneaux, les rames, les hochets, les drapeaux et les capes (voir photos ci-contre).

Quel que soit l'outil utilisé pour manipuler les porcs, un usage
Source : Grandin, 2011
abusif et inapproprié provoque de la douleur et, par conséquent, un stress. Le rythme cardiaque et la température corporelle du porc augmentent; la production d'hormones change. Les priorités de l'organisme sont modifiées en réaction à cette agression, dont la finalité et l'ampleur ne sont pas connues. La priorité devient le sauvetage de l'organisme. La qualité de la viande en subira les conséquences sur les plans de la texture et de la rétention en eau (jutosité). La carcasse devra fort probablement être parée afin d'en retirer les ecchymoses; cela pourra aller jusqu'à la condamnation partielle de certaines parties, donc des pertes de revenus pour le producteur.

On peut dire que le porc a de la « mémoire » : il se souviendra des mauvais traitements ou des situations où il a eu peur ou mal. Il sera alors plus craintif face aux situations inconnues ou imprévues. Par contre, s'il sait qu'un contact avec l'humain n'est généralement pas une source de douleur, il réagira de façon plus calme lors des manipulations qui le mèneront à l'abattoir.

Travailler ensemble pour une meilleure qualité de viande
La très grande majorité des problèmes de manipulation peuvent se résoudre par une formation appropriée, une meilleure préparation des animaux au transport ou une meilleure conception des installations, des camions et des outils utilisés. L'objectif de tous les intervenants de la filière étant de produire une viande de qualité, il ne faudrait pas que le travail effectué en amont soit mis en péril par l'utilisation de pratiques inadéquates en aval.

En adaptant les conditions de transport aux porcs d'abattage, le transporteur de porcs certifiés La Coop s'assure de poursuivre le travail amorcé par le producteur. Ensemble, ils livreront des porcs possédant une viande de qualité recherchée par l'abattoir.

Formation TQA
Nous demandons à tous nos transporteurs de porcs certifiés La Coop d'obtenir leur certifi­cation TQA. Cette certification, reconnue partout en Amérique du Nord, vise à faire connaître les bonnes pratiques de transport et de manipu­lation des porcs relativement à la sécurité, à la qualité de la viande et au bien-être des animaux. Au cours de l'automne dernier, de nombreux transporteurs ont assisté à la formation et ont réussi leur examen. D'autres séances de formation sont prévues pour l'hiver. Nous sommes très fiers de ce cheminement, puisque cela démontre leur volonté de travailler avec nous à l'amélioration du produit et de l'image de notre industrie.

Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés