Entretiens
Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Lafleur, c'est une véritable histoire de famille. D'abord, celle du fondateur, Alphonse,
puis celle de son épouse, Oliva, et enfin celle de la plupart de leurs descendants.
Cette famille a, comme on dit, laissé sa marque. Au fil des 100 dernières années,
elle a réussi à implanter ses produits sur la table de millions d'autres familles québécoises.
Est-ce le doux nom de Lafleur? Est-ce la vision ou l'ambition de son fondateur? Est-ce la qualité et le goût des produits? Ou est-ce encore le fait que les membres de la famille ont mis la main à la pâte qui fait que cette marque, créée par un boucher artisan de la 5e Rue du quartier de Limoilou, à Québec, en 1912, est aujourd'hui présente sur tout le territoire québécois? C'est un peu de tout cela.

La première enseigne
Les ancêtres des Lafleur se perdent dans la généalogie du peuplement de la Nouvelle-France. Beaucoup s'établissent dans la région de Québec, à Lotbinière notamment. Mais c'est en 1882, dans le village de Saint-Gilles, que Napoléon Lafleur et Clarisse Chamberland donnent le jour à Alphonse Lafleur. Napoléon meurt prématurément et Alphonse se retrouve, à huit ans, orphelin de père dans un milieu agricole où il faut travailler dur pour joindre les deux bouts. Cela éveillera sans doute son indépendance et sa débrouillardise. En avril 1903, âgé de 21 ans, Alphonse épouse Oliva Plante dans l'église de la paroisse de Saint-Isidore-de-Dorchester, en Beauce. Il a déjà choisi le métier de boucher et en fera sa passion, estimant qu'il y a toujours eu des gourmets et qu'il y en aura toujours.
Alphonse et Oliva Lafleur
En 1911, la famille est installée à Québec. Alphonse achète un terrain et une bâtisse dans la 5e Rue de la paroisse Saint-Roch, à Limoilou. Il choisit ce secteur parce que les bâtiments sont desservis par des ruelles dans lesquelles peuvent circuler les voitures de livraison, dont beaucoup sont encore tirées par des chevaux.

En 1912, les avantages du développement urbain dans Limoilou font exploser la population, ce qui renforce l'ambition d'Alphonse Lafleur d'y établir un commerce. Une affiche discrète annonce enfin : ALP. LAFLEUR — BOUCHER — SAUCISSE & VIANDE DE CHOIX.

L'établissement est avant tout une charcuterie, mais les ménagères de l'époque, à la tête de familles nombreuses, y trouvent également des légumes frais, des produits en conserve ou encore des œufs. À une époque où les moyens de conservation sont peu développés et où les équipements de réfrigération sont un luxe, on achète le plus frais possible, et la boucherie d'Alphonse et Oliva produit chaque jour pour répondre aux besoins de la population locale. La fraîcheur deviendra l'emblème de leur commerce.

En ce début du XXe siècle, les prénommés Alphonse ont une bonne étoile pour les affaires. En effet, à peine 10 ans plus tôt, en 1900, Alphonse Desjardins jetait les bases de son mouvement à Lévis, de l'autre côté du fleuve Saint-Laurent. Alphonse Lafleur venait lui aussi d'ouvrir un commerce dont personne ne soupçonnait encore qu'il traverserait le siècle. Le fils de Napoléon Lafleur était devenu boucher-charcutier et son commerce avait pignon sur rue. Il avait conscience de pratiquer un métier noble et utile. Le petit orphelin de Saint-Gilles s'était très bien débrouillé. Mais sa femme, Oliva, et lui sont déjà trop occupés pour penser que leur modeste commerce sera à l'origine d'une beaucoup plus grande aventure.

Une histoire de famille
Malgré le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le commerce d'Alphonse Lafleur prend de l'expansion. La famille aussi s'agrandit. Les enfants naissent et, dès leur plus jeune âge, les étalages de la charcuterie sont autant leur terrain de jeu qu'un lieu d'apprentissage de la vie. Jean-Marie, Gérard, Raymond, Georges-Henri prendront un jour la relève d'Oliva et d'Alphonse. C'est écrit dans le ciel. Plus les années vont passer, plus les enfants seront associés à l'entreprise familiale.

Le premier camion motorisé
La renommée de l'établissement va croissant et Alphonse dirige une bonne équipe de bouchers. On travaille dur et on prépare tous les jours galantines, graisse de rôti, cretons, tête fromagée et boudin. Mais c'est surtout à la saucisse Lafleur que le commerce doit l'augmentation constante de sa fréquentation. La recette de son succès se trouve dans le choix et le mélange minutieux des épices, qui lui donnent un arôme et un goût qui séduisent les papilles. Le bouche à oreille fait le reste et on vient désormais de l'extérieur de Limoilou pour se procurer les fameuses saucisses. Elles sont tellement appréciées des acheteurs qu'Alphonse en fait son produit-vedette. Il fait imprimer des cartes de visite sur lesquelles on peut lire, d'abord et avant tout : SAUCISSE LAFLEUR.

Dès 1913, Alphonse a commencé à acquérir les lots adjacents à son commerce. Il fera de même en 1920, ce qui lui permet d'augmenter la surface de la charcuterie. Comme la Première Guerre a pris fin et que la période de paix qui s'annonce ne peut que favoriser le maintien et le développement des affaires, le père, la mère et les fils, désormais devenus de jeunes hommes, donnent un nouvel élan à l'activité familiale. Il y aura dorénavant plus de bras et plus de têtes dans le clan Lafleur. Pourtant, même si le commerce devient beaucoup plus important et accaparant, les valeurs d'origine ne changent pas. C'est ainsi qu'on offre toujours des viandes de choix, des charcuteries dont la fraîcheur est le premier ingrédient, des goûts uniques qui deviennent la signature de la maison et, enfin, un service empressé et exceptionnel.

Alphonse, dans sa boucherie, entouré des ses employés
En 1930, la Grande Crise vient freiner les ardeurs de développement du commerce. Le chômage augmente partout et la ville de Québec n'est pas épargnée. On achète moins, mais il faut tout de même se nourrir. Cela n'empêche pas l'entreprise de faire désormais des livraisons par camion. C'est aussi l'époque où Alphonse pose fièrement dans son commerce, entouré de ses employés, commis et bouchers, tous en cravate s'il vous plaît, pour le plaisir d'un photographe qui va immortaliser la scène. Une des rares photos du commerce. On y vend encore d'autres produits que la viande, comme des salades, mais également des œufs frais à boire. On y voit même les longs rubans adhésifs pendant du plafond qui servaient dans ces années à attraper les mouches avant qu'elles aillent se poser ailleurs. La Grande Dépression finira par passer et le commerce d'Alphonse va encore une fois résister.

Les membres de la famille consolident l'entreprise et chacun y apporte ses qualités. On peut dire, sans jeu de mots, que la marque fleurit. Bien avant le marketing et la publicité, la saucisse Lafleur est de plus en plus connue comme « la fleur des saucisses ». Et cette jolie inversion de mots deviendra le socle de la marque. Plus tard, cette image se reflétera dans le logo, lorsqu'on ajoutera cinq pétales rouges sur le « u » de Lafleur. Ce logo, encore aujourd'hui, se présente comme l'identité des produits Lafleur.

Alphonse s'en va, la famille reste
Rien ne semble vouloir arrêter la croissance de l'entreprise. Pourtant, un jour d'hiver, en février 1934, le fondateur s'éteint. Alphonse meurt à 52 ans. Ses funérailles sont solennelles et le corbillard qui porte sa dépouille, tiré par deux chevaux, lui fait emprunter une dernière fois la 5e Rue et passe devant le commerce qu'il a mis la plus grande partie de sa vie à bâtir. Les employés, les amis et les clients lui rendent un dernier hommage.

Son épouse, Oliva, et ses fils héritent du commerce. Alphonse leur a montré le chemin à suivre. Après la mort du fondateur, Oliva est légataire universelle et devient présidente de l'entreprise. Le commerce devient un société dotée d'un capital-actions de 20 000 dollars, soit 200 actions de 100 dollars chacune.

Les enfants Lafleur prennent la barre
Deux des fils Lafleur
De 1934 à 1940, les héritiers, sous la gouverne de la mère, Oliva, poursuivront les activités du commerce. Pendant ces années, on parle d'un nouveau conflit en Europe. L'invasion de la Pologne par les troupes de Hitler déclenchera finalement la Deuxième Guerre mondiale. La famille Lafleur s'adapte, comme toutes les autres, et son commerce aussi. On se dit que la paix finira bien par arriver.

En 1942, malgré ce climat, l'entreprise, qui s'était jusqu'alors confinée dans le secteur du porc, décide de se diversifier en se lançant dans l'abattage de bœufs et de veaux. En 1943, elle achète de nouveaux terrains et acquiert même des bâtiments qui sont toujours propriété de la mère, Oliva. Cette dernière, qui s'était remariée en secondes noces avec Joseph Duquet, en 1939, passe la main et cède par la même occasion ses actions de l'entreprise à ses enfants.

En 1944, les fils Lafleur sont désormais seuls à la barre. L'avance des forces alliées en Europe annonce la fin du conflit. Le 6 juin 1944 se tient une assemblée des admini­strateurs de l'entreprise au cours de laquelle les fils Lafleur — Raymond, désormais président, et Gérard, trésorier — distribuent de nouvelles fonctions aux membres de la famille. C'est aussi le jour J, celui du débar­quement en Normandie, qui marquera le début de la fin de la Deuxième Guerre mondiale et débouchera sur un boum démo­graphique et écono­mique pour les 25 prochaines années. Toutefois, deux mois après la fin de la guerre, le 29 juillet 1945, la famille est de nouveau en deuil. La matriarche, Oliva, ex-présidente et actionnaire de l'entreprise, s'éteint à l'âge de 64 ans. Une page d'histoire vient de se fermer.


De commerce à entreprise
Si l'année 1945 représente un tournant dans l'administration de la charcuterie, elle marquera également la transition entre le commerce d'Alphonse et l'entreprise que ses descendants ambitionnent de développer. C'est l'année où l'on réalise la première rénovation importante de la maison. Dans les années subséquentes, les fils Lafleur recourront à plusieurs emprunts pour procéder chaque fois à d'autres agrandis­sements, à d'autres modernisations ou à l'achat de nouveaux équipements.

Au début des années 1960, Lafleur modernise ses équipements.
En 1955, après une décennie de transformations, le commerce d'Alphonse a atteint la taille d'une entreprise respectable et moderne, employant plus de 80 personnes. On ne fait plus seulement dans le détail, mais aussi dans le gros. On sert toujours les familles de Limoilou et des environs, mais on fournit également les restaurants, les hôtels, les communautés religieuses et les hôpitaux. Le nom de Lafleur s'affiche désormais non plus sur quelques u camions de livraison, comme avant la guerre, mais sur un parc de véhicules modernes qui sillonnent les rues et les routes de toute la grande région de Québec, sur la rive nord du fleuve comme sur la rive sud.

Lafleur a 50 ans
En 1956, on augmente le capital-actions de l'entreprise, le faisant passer de 20 000 à 120 000 dollars. On se sert désormais des grands quotidiens de Québec, comme Le Soleil, pour annoncer les produits Lafleur : boudin, cretons, tête fromagée, jambons, etc. On distribue les produits de la marque dans les épiceries et les boucheries de la région.

En 1961, à l'aube de la Révolution tranquille, on est à la veille de célébrer le 50e anniversaire de l'entreprise. On agrandit encore. Toutefois, cet anniversaire est assombri par le décès, le 2 août 1961, du président de l'entreprise, Raymond Lafleur. Il en était l'âme dirigeante depuis 1943, année où il avait pris le relais de sa mère.

Lorsqu'elle célèbre ses 50 ans, l'entreprise est en plein essor. Désormais désigné comme une usine, l'établissement Lafleur compte un centre de préparation des commandes, des services de charcuterie, de salaison et de cuisson ainsi que des fumoirs, des sections réservées au cartonnage et à l'emballage. Il est équipé de compresseurs, de congélateurs et de chambres froides. Les murs, les portes et les équipements sont en acier inoxydable. L'entreprise répond maintenant aux exigences de qualité et d'hygiène dorénavant requises pour faire partie d'une industrie agro­alimentaire elle aussi en pleine révolution.

Pour l'entreprise familiale des Lafleur, la décennie 1960 sera au diapason de ce qu'elle a été pour l'ensemble du Québec, c'est-à-dire une période de profonds changements. L'entreprise continue de croître et ses produits sont de plus en plus populaires. Mais le 8 août 1967, alors qu'il est toujours président, Gérard Lafleur s'éteint, et son décès entraîne une réorganisation de la direction. En 1968 et en 1969, des décisions importantes pour l'avenir seront prises, comme celle de cesser le commerce de détail pour se concentrer sur la vente en gros des produits de charcuterie et la transformation des viandes, ou encore celle de mettre fin aux activités d'abattage de veaux et de bœufs. En novembre 1970, on signe la première convention collective.

À l'aube des années 1970, plusieurs autres entreprises agroalimentaires ambitionnent également de s'emparer d'un marché en pleine mutation. C'est l'époque où se multiplient les grandes chaînes de distribution alimentaire en mesure de répondre aux besoins des consommateurs urbains toujours plus nombreux. On travaille plus, on gagne un meilleur salaire et on se tourne de plus en plus vers les plats préparés et les chaînes de restauration. La télé, la radio, l'affichage sont en train de révolutionner la façon de faire connaître et de vendre ses produits dans des marchés plus étendus et plus compétitifs. Après 60 ans d'engagement total envers l'entreprise familiale, les héritiers Lafleur, maintenant entourés d'administrateurs externes, envisagent diverses options pour maintenir le rythme de croissance et se donner les moyens de conquérir des marchés bien au-delà de la région de Québec.

C'est alors que, le 14 février 1972, une occasion se présente. Alphonse Lafleur Limitée reçoit une offre d'achat de J.N. Brochu Inc., une entreprise agroalimentaire de Lévis. Deux semaines plus tard, soit le 1er mars 1972, cette offre est acceptée. L'avenir de la marque Lafleur est dès lors assuré.

D'une famille à l'autre : des Lafleur aux Brochu

Il y a un parallèle à dresser entre le fondateur de Lafleur et celui de J.N. Brochu Inc., nouvel acquéreur de l'entreprise et de la marque. Ils viennent tous les deux de la même région et, tout comme Alphonse Lafleur, Joseph-Napoléon Brochu est issu du milieu agricole. Alors qu'Alphonse a ouvert les portes de sa boucherie en 1912, c'est un an plus tard, en juillet 1913, que Joseph-Napoléon Brochu a racheté le commerce de son père Gilbert, à Saint-Henri-de-Lévis, sur la route Campagna. On y échangeait des produits agricoles contre d'autres produits nécessaires à la vie courante.

De comptoir à magasin général, le commerce des Brochu se développe et est prospère. La clientèle agricole est importante, et les agriculteurs se modernisent et produisent de plus en plus sur une échelle commerciale. Joseph-Napoléon Brochu estime qu'il doit répondre à ces changements. En 1954, il fait construire une meunerie, voisine de son magasin, grâce à laquelle il pourra offrir des produits spécialisés destinés à l'alimentation animale.

C'est autour de ce noyau central d'activités au service du monde agricole que naîtra, au début des années 1960, grâce à l'impulsion et à l'implication d'André et de Donald Brochu, les deux plus jeunes fils du fondateur, une entreprise qui n'aura de cesse de se diversifier et de croître, et que l'on désignera jusqu'à aujourd'hui sous le nom de Groupe Brochu. Tout comme les Lafleur, les enfants Brochu hériteront du sens des affaires de leur père – qu'ils transmettront par la suite à leurs propres enfants. C'est en 1961 qu'ils se portent acquéreurs de l'entreprise familiale, composée alors d'un magasin général, d'une meunerie et d'un petit abattoir. Une base d'affaires solide, à laquelle participeront activement pendant de nombreuses années Sylvio et Paul-Henri Brochu, les frères d'André et de Donald.

Durant les années qui les séparent de l'acqui­sition d'Alphonse Lafleur Limitée, les frères Brochu développeront l'entreprise à un rythme soutenu. On ajoutera de nouvelles divisions. En 1967, c'est la création des Salaisons Brochu inc., un abattoir situé à Saint-Henri-de-Lévis, agrandi 20 fois, devenu aujourd'hui une des usines de transformation les plus modernes d'Olymel, et qui héritera de la marque Lafleur. L'entreprise produira rapidement 100 millions de livres de porc chaque année.

L'envol de la marque Lafleur

En 1972, au moment où le contrat d'achat d'Alphonse Lafleur Limitée est conclu, les dirigeants des Salaisons Brochu, notamment André, nourrissent de grandes ambitions. L'entreprise est, entre autres, le premier abattoir québécois à exporter ses produits au Japon. L'acquisition des actifs de la famille Lafleur accélérera le développement du secteur de l'abattage et de la transformation des viandes. On agrandit l'usine de Saint-Henri-de-Lévis et on y installe de l'équipement à la fine pointe de la technologie.



À la fin des années 1970, on consolide les activités de Lafleur avec celles des Salaisons Brochu. Cette intégration comprend le transfert des équipements d'Alphonse Lafleur Limitée et la vente des bâtiments et terrains de Limoilou. De nombreux employés d'Alphonse Lafleur traversent le pont. On embauche plus de 150 personnes supplémentaires, et l'usine tourne à plein régime pour fabriquer des émulsions, des jambons, du bacon et des saucisses fumées.

À partir de là, la famille Brochu donnera des ailes à la marque Lafleur. Ses produits entreprendront une conquête en règle du marché montréalais dès le début des années 1980. On construira même un centre à Laval, en 1985, pour faciliter la distribution des produits. Rien n'empêche plus la marque de conquérir tout le Québec. u

En 1984, on avait décidé de rajeunir le logo qui ornait les produits de la marque. La nouvelle signature, où l'on vient coiffer le « u » de Lafleur de cinq pétales rouges, s'inspire de l'expression du fondateur, Alphonse, qui estimait préparer « la fleur des saucisses ». Cette nouvelle image de marque fut lancée en grande pompe en 1984.
Des membres de la famille Brochu

Entre les mains de la famille Brochu, les produits Lafleur serviront aussi de vecteur d'innovations importantes, comme les viandes tranchées préemballées, le porc mariné (qui fait découvrir de nouvelles saveurs exotiques aux consommateurs québécois), les feuillantines de jambon style Forêt-Noire, au miel ou à l'érable, ou encore des initiatives audacieuses sur la traçabilité des produits.

Le bacon sera également un produit phare de la marque Lafleur. Fabriqué jusque-là à l'usine de Saint-Henri-de-Lévis, ce produit est tellement populaire que la demande justifiera, en 1984, la création de la division Les Charcuteries Prince Ltée, dont ce sera la spécialité. Cette division, créée par André Brochu, deviendra plus tard Les Aliments Prince. Le secteur du bacon se développera tellement rapidement qu'il finira par mobiliser trois usines, soit celles de Princeville et de Drummondville, au Québec, et celle de Cornwall, en Ontario. Là encore, on innovera, en étant les premiers au Canada à se lancer dans la fabrication du bacon précuit.

Dans les années 1990, la célèbre marque Lafleur sera aussi soutenue par la création de plusieurs nouvelles divisions, comme Déliham, Excelham ou Les Viandes Ultra Meats, ou encore par l'acquisition de nouveaux abattoirs. Ces derniers fournissent notamment Lafleur en matière première, alors que les autres, comme Déliham, transforment les produits de la marque et en élaborent d'autres pour élargir l'éventail de la gamme.

Au début des années 1990 également, l'entreprise marque véritablement un but en convainquant le hockeyeur Guy Lafleur de devenir le porte-parole publicitaire des saucisses « La Bonne Fourchette », une marque de la gamme Lafleur.

Le « Démon blond » du Canadien, comme on le surnomme, propulsera encore plus haut la notoriété de Lafleur. Au début des années 2000, la marque fait désormais partie du paysage de l'alimentation québécoise.

De Brochu à Olymel :
de la ferme à la table

Plusieurs générations d'entrepreneurs, Lafleur et Brochu, ont permis à la marque Lafleur de franchir le cap du XXIe siècle. Elles ont perpétué l'esprit des fondateurs et se sont adaptées à tous les changements pour conserver aux produits Lafleur leur caractère authentique. Le mot « authentique » deviendra d'ailleurs la signature d'une gamme de produits Lafleur en 2009.

En 2004, Supraliment, division du Groupe Brochu qui regroupe toutes les activités d'abattage et de transformation des viandes et dont le joyau demeure la marque Lafleur, occupe donc une place enviable sur les marchés intérieur et d'exportation, devenus toutefois de plus en plus concurrentiels. Elle n'est pas la seule entreprise à faire ce constat et à chercher le moyen de renforcer sa position stratégique. Olymel, société en commandite créée en 1991 par La Coop fédérée et sous laquelle on a regroupé toutes les activités de transformation des viandes de porc et de volaille de la coopérative, est également à la recherche d'un partenaire.

Les directions des deux entreprises partagent la même vision. Elles se connaissent déjà, puisqu'en 2002 Olymel s.e.c. était devenue partenaire des Aliments Prince en acquérant 50 % des actifs de cette dernière dans la production de bacon. Elles sont toutes deux issues du monde agricole et entretiennent des liens très forts avec ce milieu.



Olymel est une filiale détenue majori­tairement par La Coop fédérée, mouvement coopératif redevable à plus de 90 000 membres. Dans leur trousseau respectif, Olymel et Supra­liment disposent toutes deux de marques distinctives et fortes : Olymel et Flamingo pour Olymel s.e.c., et bien sûr Lafleur et Prince dans le cas de Supra­liment, du Groupe Brochu. La complé­mentarité, la synergie et l'intérêt stratégique sont au rendez-vous. L'approche choisie sera la fusion, et en avril 2005, après le feu vert du Bureau de la concur­rence du Canada, le président-directeur général d'Olymel s.e.c., Réjean Nadeau, et le vice-président exécutif de Supraliment, Laurent Brochu, officia­lisent ce mariage. Cette transaction permet alors au Groupe Brochu de devenir actionnaire de la société en commandite Olymel, avec La Coop fédérée et la Société générale de financement (SGF).

Vers un nouveau siècle
La marque Lafleur a donc 100 ans en 2012. Olymel s.e.c., nouveau fiduciaire de cette grande marque, a été créée il y a 20 ans par La Coop fédérée. Toutes ces entreprises et les personnes qui les ont dirigées et animées ont fait le pont entre le Québec d'hier et celui d'aujourd'hui. Elles ont tour à tour renforcé et maintenu le lien le plus direct possible entre la ferme et la table des consommateurs.

Au début de la deuxième décennie du XXIe siècle, la marque Lafleur est donc un des vaisseaux amiraux d'Olymel, une entreprise moderne, chef de file canadien dans l'abattage, la découpe et la transformation agroalimentaire des viandes de porc et de volaille. Son chiffre d'affaires dépasse les deux milliards de dollars chaque année, et elle exporte à l'étranger près de 50 % de ses produits. Elle emploie plus de 9000 personnes, dont plus de 7000 au Québec, et est également bien implantée en Alberta, en Ontario et maintenant au Nouveau-Brunswick.

Les produits de la marque Lafleur ont un bel avenir devant eux. Ils sont élaborés à partir de viandes de première qualité, dans des établissements ultramodernes, et selon les standards les plus élevés de fabrication, de salubrité et de biosécurité. Des milliers d'employés — tant ceux de la production que ceux de la recherche et développement, du contrôle de la qualité, de l'emballage, du marketing et de la distribution — veillent à ce que les produits Lafleur soient à la hauteur de la réputation acquise au fil des 100 dernières années. Qu'il s'agisse de jambons, de saucisses, de bacon ou de tous les produits de charcuterie qui portent fièrement le nom de Lafleur, les employés d'Olymel ont maintenant pris la relève d'Alphonse.

Si la marque Lafleur a continué aussi longtemps à accompagner toutes ces générations, c'est que celui qui l'a créée, en 1912, s'inspirait lui‑même des traditions héritées de sa propre famille et de son temps : des viandes dont la fraîcheur est la qualité première, des produits fournis par les meilleures fermes d'élevage, des recettes inspirées du terroir – comme celles de la tête

fromagée ou du boudin et, bien sûr, des fameuses saucisses d'Alphonse Lafleur. Tout cela résistera encore au temps.

La marque a rallié les générations successives en continuant de porter le nom de Lafleur et en ne perdant jamais de vue ses origines et ses racines. Tous ceux qui ont pris le relais d'Alphonse Lafleur, depuis ses héritiers jusqu'à la famille Brochu et à Olymel aujourd'hui, ont su préserver cet héritage et le faire fructifier.
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