Entretiens
Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Combien vaut un robot de traite au regard de la qualité de vie qu'il apporte? René Simoneau et Carole Giguère, de la Ferme Simondale, ont trois réponses à cette question : leurs deux enfants et leurs loisirs. Placer la famille et les loisirs avant le travail tout en maintenant de bonnes performances technicoéconomiques, est-ce possible?
Il y a d'abord le cinéma du mardi soir en couple et la soirée régulière de poker – femmes non admises. Puis le hockey bottine, que René Simoneau pratique assidûment avec son expert-conseil, Dominique Patry, de La Coop des Bois-Francs et La Coop des Appalaches. Les compétitions de tire de tracteurs lors de quelques expos agricoles régionales surpassent-elles en temps consacré et en bonheur procuré les multiples escapades en motoneige? Bonne question. Il reste que René et Carole s'enorgueillissent de ne pas toujours être les derniers à se pointer aux rencontres familiales et amicales pour cause de traite des vaches. Enfin, si on saupoudre le tout de matchs de football du Rouge et Or lors de virées à Québec, de tir au pigeon d'argile et, pourquoi pas, de golf durant la belle saison, on obtient un calendrier bien rempli d'activités variées.

Doutiez-vous qu'il existe une vie hors de l'étable? Pas René Simoneau et Carole Giguère.

Avec 56 logettes pour 70 vaches en lactation, la rotation des animaux se doit d'être excellente entre les aires de repos, d'attente pour la traite et d'alimentation.
« J'aime bien voir du monde la fin de semaine. Quand on sort, on ne part pas des semaines complètes, mais on aime s'offrir plusieurs petites activités », révèle René, sous le regard plus qu'approbateur de sa conjointe, Carole, qui cumule un emploi dans une garderie et la comptabilité de la ferme, tâche dans ses cordes, puisqu'elle a étudié dans ce domaine.

Grâce au robot de traite A3 de Lely, qui a fait son entrée à la ferme en juillet 2006 – soit seulement six mois après que René eut acheté celle-ci –, le couple et ses enfants sont capables de se payer la traite… sans la traite obligatoire soir et matin. Mais plus important que les loisirs, René et Carole ont aussi tout le loisir de voir grandir leurs deux mousses : Nicolas, six ans, et Tommy, quatre ans. « Avant l'installation du robot, je commençais la journée à 5 h et je la terminais vers 18 h, signale René. Aujourd'hui, je m e permets de commencer à 6 h. Vers 16-17 h, le train du soir est souvent terminé, ce qui me permet de voir Nicolas quand il revient de l'école et même d'aller chercher occasionnellement Tommy à la garderie, et non pas d'arriver à la maison quand eux sont déjà au lit. »

René n'a jamais regretté l'achat de son robot de traite, en fonction depuis 2006. « Je ne reviendrais pas en arrière », assure-t-il.




Ces valeurs d'équilibre entre le travail, la famille et les loisirs sont redevables aux parents de René, Jean-Guy et Suzanne. Même si René considère que la génération de ses parents a davantage valorisé le travail « à la sueur de son front », sa mère et son père avaient eux-mêmes un rythme de vie assez équilibré. Qui plus est, de nos jours, jeunes et moins jeunes ne veulent plus nécessairement travailler l'écume à la bouche, si bien que si René s'est équipé d'un robot de traite, c'était aussi parce que la main-d'œuvre se faisait rare dans son patelin de Saint-Christophe-d'Arthabaska.

Vive la simplicité : René Simoneau n'utilise quotidienne- ment qu'une dizaine de rapports parmi les plus essen-tiels.Ce n'est qu'en cas de pépin qu'il affine l'analyse des données.
Pour René Simoneau, grâce à son fidèle employé robotisé qui fait rarement défection, c'est déjà quelque chose comme « Liberté 38 ». Oui, ce producteur de lait bosse toujours encore 9 ou 10 h eures par jour, mais l'organisation du travail a changé. Si bien que la sieste matinale ou d'après-dîner n'est même plus optionnelle! Quelqu'un qui lève le pied est encore souvent considéré comme un lâche, un paresseux, s'indignent pourtant René et Carole.

Pour sa part, le père de René, Jean-Guy, 65 ans, trouve les jeunes d'aujourd'hui ni plus ni moins travailleurs que ceux des générations passées. « Ce n'est tout simplement pas pareil, juge-t-il. Mon père travaillait 80 heures par semaine, moi, j'en travaillais 70, et la génération actuelle en travaille 60. » Sage, Jean-Guy Simoneau estime toutefois que « le travail, c'est la santé », puisqu'il offre une bonne routine et de multiples occasions de se valoriser dans l'action.

La conciliation : travail-famille-loisirs est une priorité à la Ferme Simondale, de Saint-Christophe-d'Arthabaska.
Lever le pied, d'accord. Mais comment René fait-il pour remplir un quota de 80 kg par jour et produire 10 000 kg de lait par vache par année (intervalle entre les vêlages de 415 jours), tout en cultivant 140 hectares d'avoine, soya, maïs-ensilage et foin avec l'aide à temps plein d'un employé et l'aide occasionnelle de son père? Dominique Patry suggère une explication : « Avec René, quand c'est le temps, c'est le temps. Il excelle pour mettre les bons efforts aux bons endroits aux bons moments. Quand la luzerne est à 10 % en fleurs ou qu'il faut ensiler le maïs, René ne repousse pas les travaux. Il préfère mettre les bouchées doubles pour abattre le boulot, quitte à travailler tard pour ne pas empiéter sur ses activités extra-agricoles. En somme, voilà un agriculteur qui a presque réussi à s'offrir le rythme de vie des travailleurs urbains. »

« René est toujours partant pour faire des activités avec ses chums, mais la job passe toutefois en premier », dit Carole qui, venant elle-même d'une famille agricole, saisit bien les aléas de l'agriculture.

La conversation s'enchaîne. René : « Je ne vise pas une moyenne précise. On ne fait pas non plus de transfert embryonnaire ici. Je recherche tout simplement l'efficacité, c'est-à-dire le contrôle des coûts et la rentabilité. » Carole : « René, c'est un gars cultivé, qui consacre chaque jour une demi-heure à se tenir au courant des nouvelles technologies et des développements dans le monde des affaires. C'est sûrement une des raisons qui expliquent qu'il est un gestionnaire ayant le sens des affaires et qui voit à ses affaires. Il ne laisse rien passer et ne fait jamais rien pour rien. Ça lui rapporte toujours quelque chose. »

Comme René compte sur un troupeau fermé depuis plus de 25 ans, ses animaux ont de bons pieds, exempts de piétin. Il effectue d'ailleurs lui-même le parage des onglons. L'homme réalise aussi des travaux à forfait (semis direct et épandages) pour rentabiliser son équipement et sa machinerie.

Faire le grand saut technologique, René y pensait depuis la fin de ses études en agriculture. « Avant que René n'installe son robot, j'étais moi-même sceptique quant à l'efficacité des robots de traite. Je mettais même en doute leur utilité », avoue Dominique Patry. Depuis, ce directeur régional des ventes ruminants-végétal a constaté les nombreux avantages de la traite robotisée. Il sev fait même ambassadeur de l'entreprise en y amenant des dizaines de producteurs laitiers pour une visite des installations.

Les robots de traite peuvent fournir une mine d'information à leur propriétaire, mais René préfère s'en tenir aux rapports les plus essentiels, comme le nombre de traites par vache par jour, la production laitière totale, la production quotidienne par vache, le nombre de vaches en retard pour la traite, le nombre d'échecs de traite, etc. René a gardé contact avec son troupeau : il préfère par exemple observer lui-même les chaleurs que de s'en remettre au rapport d'activité des animaux. Pour éviter de recevoir plus d'un appel d'alarme par mois sur son cellulaire, René fait confiance à l'équipe d'entretien du robot pour ce qui est du remplacement des pièces avant leur usure complète. Ainsi, il évite le stress et les frais associés aux urgences nocturnes. « Un robot de traite, c'est comme une voiture : les entretiens préventifs ont une influence sur la longévité de l'équipement », dit-il.

Le quota est rempli par 72 vaches en lactation, logées dans l'ancienne étable à stabulation entravée, qui a été modifiée pour permettre la libre circulation entre les aires de repos, d'attente pour la traite (quatre places) et d'alimentation. La circulation est de type forcé (les vaches doivent passer par le robot de traite pour aller s'alimenter), ce qui, selon René, encourage la consommation d'aliments et donc la production lactée. La RTM à un groupe est préparée une fois par jour, mais servie par convoyeur-nourrisseur huit fois quotidiennement, même la nuit.

Avec 56 logettes pour 70 vaches en lactation, on ne peut pas dire que l'étable est sous-utilisée. Lentement, un projet de nouvelle construction émerge dans un horizon de 5 à 10 ans, en même temps qu'une expansion, si René peut réussir à acheter du quota. En effet, quand René se prend à réfléchir – car il en a le temps – à ses deux fistons, qui seront peut-être tentés par le mode de vie agricole équilibré de leur père, il se dit qu'un robot, c'est bien, mais que deux, ce serait peut-être mieux…

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