Entretiens
Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin

Le succès de la culture du maïs-grain dépend beaucoup de la date de semis. Plus le maïs est semé tôt, plus la probabilité d'obtenir une récolte abondante et de qualité est élevée. Pour atteindre l'objectif de semer tôt, on investit dans le drainage et un équipement performant. On utilise également des hybrides de maïs, qui sont maintenant plus vigoureux et bien protégés par plusieurs traitements de semences.
François Labrie, agr.
Conseiller spécialisé
en maïs et soya
La Coop fédérée
francois.labrie@lacoop.coop
Plus que jamais, l'année 2011 aura mis à l'épreuve la capacité d'avoir un bon semis de maïs et de l'effectuer rapidement. Les fenêtres de semis ont été brèves : quelques jours autour du 10 mai, quelques autres autour du 22 mai, et le reste autour du 5 juin. Il y a donc eu, selon la région, de quatre à huit jours en mai 2011 pour semer le maïs, comparativement à jusqu'à trois semaines en avril et mai 2010.

Les producteurs sont donc nombreux à se demander comment ils pourraient procéder plus rapidement pour le semis. Il est facile de répondre à cette question en suggérant de grossir le semoir : passer de 8 à 12 rangs ou de 12 à 16 rangs! En Ontario, certains intervenants évaluent que pour un producteur de 400 ha de maïs-grain, le gain additionnel aurait été de 20 000 $ en 2011 simplement pour le fait de posséder quatre rangs de plus sur le semoir. Évidemment, ces rangs additionnels auraient été moins justifiés en 2010…

On pourrait aussi répondre d'augmenter la vitesse lors du semis. Par contre, les limites mécaniques des semoirs font qu'il est difficile d'envisager cette possibilité, car la précision et la régularité du semis pourraient en être grandement réduites.

Cela nous amène à une autre question : comment évaluer sa capacité de semis du maïs à la ferme? Il est reconnu qu'il y a une fenêtre optimale de cinq jours pour le semis du maïs, période où les rendements sont maximisés. Le premier point à évaluer, peu importe les superficies en culture, c'est si on pourra semer tout son maïs en cinq jours, en tenant pour acquis que la portance et l'égouttement des sols sont homogènes partout.

En ce qui a trait à la taille du semoir, on préconisait dans les années 1990 un ratio de 40 ha de maïs en culture par rang sur le semoir. Aujourd'hui, avec la fenêtre de semis de cinq jours, ce ratio se situe davantage autour de 30 ha par rang, selon certains détaillants de machinerie agricoles. Donc, un producteur de 400 ha de maïs doit avoir, au minimum, un semoir de 12 rangs pour effectuer ses semis de façon optimale.

Bob Neilsen, spécialiste de la culture du maïs à l'Université Purdue, évalue que lors d'un printemps comme celui de 2011, il en coûtait 1000 $ de l'heure pour semer du maïs. Cela veut donc dire qu'arrêter 30 minutes pour remplir le semoir de semences et de démarreur coûtait 500 $. Il devient donc important de limiter les arrêts de ravitaillement lors des semis. Pour ce faire, on peut grossir ses boîtes d'engrais à la limite de ce que le semoir peut supporter. Ne pas mettre de démarreur n'est pas une solution : la recherche montre clairement que le maïs a besoin d'azote au démarrage et que l'apport de phosphore, potasse et autres éléments est optimisé lorsqu'ils sont appliqués en bande au semis.


Diminuer la dose de démarreur est une solution de court terme, qui risque de faire chuter le niveau de fertilité des sols et d'hypothéquer les rendements futurs. Une solution simple et économique consiste à revoir la formulation du démarreur afin d'utiliser des ingrédients plus concentrés, et même d'utiliser une forme liquide d'azote pour maximiser la capacité des boîtes d'engrais granulaires. On applique donc le phosphore, la potasse, le magnésium, le soufre et les autres éléments mineurs à l'aide des boîtes d'engrais granulaires, et on remplace l'azote du CAN, du nitrate ou du sulfate d'ammonium par de la solution azotée 32 % appliquée en surface, à 5 cm (2 po) à côté du sillon de semis (voir le schéma).

Cette façon de faire permet d'augmenter l'autonomie de semis, tout en minimisant l'investissement pour le semoir. Il faut alors investir dans un réservoir de solution azotée liquide, une pompe, un distributeur et des tuyaux pour appliquer l'engrais à l'arrière du semoir. Le fait de mettre les réservoirs sur le tracteur permet de répartir le poids et de mieux gérer la compaction. Il s'agit d'un investissement de l'ordre de 5000 $, qui sera fonction des options désirées. Pour bien réussir, il faut que la solution azotée soit appliquée en surface, en jet concentré, à 5 cm à côté du sillon de la semence, et que le produit soit appliqué à l'arrière du semoir, après que le sillon a été refermé et que la roue a produit un bon contact entre la semence et le sol.

Voici un tableau qui décrit bien l'augmentation de l'autonomie de semis obtenue par cette façon de faire, pour un producteur de 100 ha qui désire appliquer un démarreur de 45N-40P-30K et dont la boîte d'engrais a une capacité de deux tonnes.



Pour appliquer la solution d'azote liquide 32 % au taux de 69 litres à l'hectare, il faut un réservoir de 1010 litres, afin de bien pouvoir synchroniser les remplissages. Cette façon de faire permet donc de diminuer de 47 % les arrêts de ravitaillement en démarreur.

Cette façon de faire permet de calculer le nombre d'arrêts pour le remplissage. Mais ce nombre pourra s'avérer plus élevé, puisqu'il ne faut pas attendre que la boîte d'engrais soit vide pour la remplir : on ne voudrait pas manquer de démarreur en plein milieu d'un champ et avoir à circuler inutilement pour faire le remplissage.

Voilà donc une piste de solution pour évaluer son efficacité de semis du maïs et savoir comment accroître cette efficacité en investissant judicieusement dans l'équipement de semis.

Votre expert-conseil pourra évaluer avec vous si cette technique de fertilisation convient à votre entreprise.
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