Entretiens
Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
2012, c'est l'Année internationale des coopératives, telle que décrétée par les Nations unies. La thématique retenue, « Des entreprises pour un monde meilleur », illustre bien le rôle qu'elles jouent pour lutter contre le déséquilibre et l'iniquité sur la planète. Des entreprises qui font du développement, de l'autonomie, de la prise en charge et du partage de la richesse leurs priorités. C'est le moment tout indiqué de se faire connaître et de montrer au monde qu'il existe une façon différente de faire des affaires.
Avec l'Année internationale des coopératives, voici le temps de dresser le bilan de plus d'un siècle de coopération. C'est aussi l'occasion de voir comment l'économie sociale peut contribuer à extirper le monde des cycles de crise dans lesquels il s'enlise. Le Coopérateur agricole a donc rencontré Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, afin qu'il fasse partager sa vision à nos lecteurs.
Le Coopérateur agricole : Quel bilan peut-on dresser de l'apport du mouvement coopératif à la société québécoise?
Claude Béland : Selon moi, la coopération et la mutualité ont été essentielles à la survie de la nation canadienne-française. Au moment de la Conquête, le roi d'Angleterre a interdit aux « conquis » de faire des affaires. Les gens se sont donc lancés dans l'agriculture pour satisfaire leurs besoins. Ils ont survécu grâce à leur instinct associatif, qui a entre autres mené à la création des premières mutuelles d'assurances. Cela a donné des idées à Alphonse Desjardins. Il s'est dit qu'en nous unissant dans nos paroisses et en mettant nos économies en commun, nous pourrions nous entraider. Regardez où cette idée nous a menés. Si nos ancêtres n'avaient pas eu ce réflexe de l'association et étaient demeurés très individualistes, le Québec ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Je doute même que la nation canadienne-française existerait encore.

CA : Qu'en est-il de la contribution des coopératives dans le secteur agricole québécois?
CB : C'est dans le domaine agricole, à la fin des années 1800, qu'ont eu lieu les pires exodes. Des dizaines de milliers de familles sont parties s'installer en Nouvelle-Angleterre, non par dégoût du Québec, mais parce qu'elles ne pouvaient pas survivre ici. Ce qui a mis fin à cet exode, ce sont des agriculteurs qui ont décidé de travailler ensemble et de coopérer. Si l'agriculture québécoise est devenue ce qu'elle est, c'est grâce aux coopératives agricoles créées à cette époque.

Photo : Gracieuseté de Claude Béland
CA : Pensez-vous que les valeurs coopératives sont toujours d'actualité en 2012?
CB : Oui, mais ces valeurs sont en concurrence avec les instincts individualistes de l'être humain, ces désirs de possession et d'enrichissement sans limites, même au détriment du mieux-être des autres et du projet social. L'individualisme prend beaucoup de place, ce qui nuit aux projets collectifs. En outre, depuis les années 1970, il se crée plus de richesse par l'économie spéculative basée sur la variation des monnaies que par l'économie réelle liée à la production de biens ou de services. On a lancé sur les marchés l'énorme masse de liquidités générée par la spéculation en disant : « Consommez, empruntez! Jouissez maintenant, payez plus tard! » C'est devenu une nouvelle façon de vivre, un mode de pensée contraire à la coopération, qui se base sur le principe « aide-toi toi-même » en vue de créer une société plus égalitaire. En conséquence, le système financier actuel favorise les riches, tandis que la coopération vise plutôt à traiter tous les gens d'une façon égale.

CA : La société s'éloigne donc de plus en plus de la coopération?
CB : À cause des nouvelles valeurs dominantes « à la mode du temps ». Autrefois, la coopération répondait aux valeurs religieuses dominantes de partage, d'entraide, d'égalité des droits. C'était l'époque de l'éthique de la religion catholique. Le message du Christ, « aimez-vous les uns les autres », a été remplacé par cet enseignement de l'ultralibéralisme : « exploitez-vous les uns les autres ». Si je réussis à vous vendre 20 $ un livre que j'ai payé 2 $, je suis un génie! Jadis, on aurait dit que j'étais un voleur. Les valeurs ont beaucoup changé.

CA : L'économie sociale a pourtant fait ses preuves durant les crises. Comment se fait-il que cette forme d'économie n'ait jamais pu prendre globalement le relais de l'économie traditionnelle?
CB : Nous, les humains, sommes des êtres hybrides. Comme les animaux, nous avons des instincts de domination, de possession, d'exploitation, même de pillage, que j'appelle le courant primaire. Ce qui nous distingue, c'est notre capacité de raisonner. Nous sommes des « animaux raisonnables », ce qui nous fait comprendre que nous ne serons pas heureux en vivant d'une façon individualiste. C'est le courant civilisateur qui nous permettra de mieux vivre ensemble. Or, l'histoire du monde est une suite d'alternance de courants primaires et civilisateurs. Après les « 30 années glorieuses » de l'après-guerre de 1939-1945 – une période de courant civilisateur dominant –, l'accélération de la mondialisation a entraîné le retour du courant primaire, et l'enrichissement individuel sans limites est devenu le signe de la réussite. Aujourd'hui, la spéculation et l'endettement constituent les deux mamelles de la société. Il est temps de faire quelque chose, et la meilleure forme d'entreprise pour revenir à un courant civilisateur est de toute évidence la coopérative.

CA : Que faudrait-il donc mettre en place, aux plans social, politique et économique, pour ramener un courant civilisateur prônant l'économie sociale et solidaire?
CB : Il se fait déjà beaucoup de choses, mais les médias n'en parlent pas. Apparemment, il n'est pas intéressant de parler des succès des entreprises collectives. Le gouvernement doit aussi intervenir. Mais pour qu'une société fonctionne, il ne suffit pas que le gouvernement fasse des lois. Les entreprises doivent adhérer à ce projet de société et agir en conséquence. Pour changer le monde, il importe que tous les intervenants soient convaincus : l'État, les entreprises, les citoyens. Ce qui exige que l'on concentre nos efforts sur l'éducation citoyenne. C'est bien, l'enseignement dans le but de rendre les jeunes « employables ». Mais l'enseignement ne suffit pas; il faut aussi l'éducation, c'est-à-dire apprendre à vivre avec les autres. Voilà, à mon sens, le véritable défi du monde moderne.

CA : Et comment devrait intervenir le gouvernement au chapitre de la réglementation?
CB : Il doit surtout intervenir avec autorité et peut le faire de diverses façons. Par exemple, il doit mettre fin aux paradis fiscaux. Tout le monde sait que ça existe – et qu'on permet ainsi aux plus riches de payer moins d'impôt. Mais on tolère... Ou encore, on pourrait taxer la spéculation, particulièrement celle sur les devises. C'est incroyable : on taxe la moindre chose de nos jours – sauf ce grand producteur de richesse qu'est la spéculation sur les devises! Pourtant, nous pourrions, avec une petite taxe sur ces transactions, aller chercher des milliards.

CA : Que répondez-vous aux gens qui disent que les coopératives ne font pas partie de l'économie solidaire et sociale, puisqu'elles peuvent faire des profits?
CB : D'abord, nous ne faisons pas des profits, mais des trop-perçus, dont les coopératives doivent disposer à la fin de chaque année. La coopérative remet donc des ristournes aux membres, non pas en fonction du capital investi, mais en fonction de leurs activités avec la coopérative. De l'autre côté, il faut aussi capitaliser. La croissance d'une coopérative doit s'appuyer sur du capital.

CA : Comment expliquez-vous la longévité des entreprises coopératives par rapport aux autres types d'entreprises?
CB : C'est parce que nos pionniers ont eu la sagesse de faire le sacrifice de leurs ristournes pour les laisser dans la coopérative et capitaliser. C'est aussi attribuable à un sentiment d'appartenance très fort. Beaucoup d'entreprises de l'économie sociale d'aujourd'hui survivent seulement par la volonté des gens.

CA : Comment le mouvement coopératif devrait-il profiter de la vitrine qui lui est offerte avec l'Année internationale des coopératives?
CB : Le défi est de ressortir de 2012 en ayant fait un pas de plus vers la prise de conscience que sans valeurs sociales, le monde ne va nulle part. Il faut aussi que nous réussissions à faire une meilleure mise en marché de ce que nous sommes, car – je n'ai pas honte de le dire – le mouvement coopératif est très faible sur le plan de la promotion de l'idée coopérative. Les capitalistes nous considèrent comme des incubateurs de l'entrepreneuriat. On nous traite comme si nous étions incapables d'être de vrais entrepreneurs et de jouer le jeu sur la patinoire capitaliste. D'un autre côté, 2012 sera l'occasion d'introduire l'enseignement des valeurs coopératives dans le système scolaire.

CA : Outre l'éducation et la communication, quel autre aspect devrait-on travailler pour renforcer le mouvement coopératif?
CB : Il faut réfléchir à la façon dont nous allons rétablir la démocratie dans les coopératives. Ce qui refroidit le sentiment d'appartenance, c'est le fait que les gens pensent qu'il est inutile d'aller aux assemblées générales, puisqu'ils ne peuvent rien changer. Ils ont le même réflexe concernant les affaires publiques et les affaires d'État. Avec des taux de participation aux élections de 50 %, ce n'est pas que les gens sont de mauvaise foi, mais plutôt qu'ils ne voient pas ce que leur voix peut amener.

CA : Avez-vous des pistes de solutions à proposer?
CB : Il faut redonner plus de pouvoirs à l'assemblée générale. En commençant par des choses sur lesquelles elle a la compétence de se prononcer. Pour les caisses populaires, par exemple, les gens pourraient décider des heures d'ouverture et de fermeture. L'assemblée générale pourrait aussi décider si la coopérative va créer un fonds pour les plus démunis de sa collectivité. Les membres peuvent également se prononcer sur les fusions, en sachant que les services vont coûter plus cher s'ils refusent. Ils sont libres de décider.

CA : Comment voyez-vous l'avenir du mouvement coopératif agricole au Québec?
CB : De nombreux économistes le disent : il importe, pour chaque collectivité, de mieux contrôler sa propre économie. Ceux qui prétendent que les petits pays gagneraient à concurrencer les grands pays grâce à la mondialisation se trompent. Si le Mouvement Desjardins est encore la propriété des Québécois, c'est grâce à sa nature coopérative. On ne peut « acheter » ou faire une OPA [offre publique d'achat] et acheter le Mouvement Desjardins. Il en va de même des coopératives agricoles : ce sont des « noyaux durs » fort importants dans l'économie québécoise. Le monde agricole québécois survivra et progressera pour autant qu'il demeurera un « noyau dur » dans l'économie du Québec, c'est-à-dire tant et aussi longtemps qu'il protégera sa nature coopérative et qu'il fera savoir aux consommateurs québécois qu'il importe que ceux-ci accordent la priorité dans leurs achats à ces entreprises qui permettent au Québec tout entier de progresser.
Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Longs délais d'attente, accès difficile à un médecin de famille, médecins démotivés dans leur pratique, manque de relève médicale… Et si la coopération pouvait aider à soigner notre système public de santé?

Le diagnostic était clair : dans la MRC de Robert-Cliche, qui compte 19 000 habitants, l'écart entre l'offre et la demande de services médicaux était grandissant. Depuis 1994, pas un seul médecin n'avait choisi de s'établir dans cette MRC. La proportion médecin-habitants y était donc inférieure à la moyenne nationale.

Le traitement imaginé par un comité de travail dont faisait partie Nancie Allaire, alors agente de développement rural à la MRC : la mise en place d'une coopérative de santé à l'échelle du territoire, qui permettrait le recrutement de cinq nouveaux omnipraticiens en trois ans! L'« opération » s'est soldée par un succès inespéré, qui a permis de stabiliser la décroissance des services.

Par quel miracle une simple coopérative de solidarité a-t-elle réussi non seulement à attirer de jeunes omnipraticiens, mais aussi à convaincre des médecins expérimentés de pratiquer les soirs pour mieux servir les travailleurs et les jeunes familles et de repousser leur retraite pour encadrer de jeunes diplômés? Ambiance de travail dynamique, modernité de l'équipement informatique et médical, équipe multidisciplinaire (nutritionniste, psychologue, travailleuse sociale) et horaires flexibles ont été de bons arguments… mais il y avait plus.
« D'ordinaire, les médecins n'aiment pas gérer le déneigement ou les chèques de paye, tâches fréquentes dans les cliniques privées, explique Nancie Allaire. Or, dans une coopérative de santé, c'est le personnel administratif qui se charge de la gestion des activités et des ressources humaines. Les médecins peuvent ainsi se consacrer entièrement à la médecine, ce pour quoi ils sont formés. »

Pour Nancie Allaire, les coopératives sont une façon d'insuffler plus d'efficacité dans le système de santé, en dispensant les médecins des besognes administratives. Les parts sociales (70 $ chacune) et les frais annuels (30 $ la première année, 85 $ les suivantes) que payent les membres permettent de financer la gestion de la coop. Comme la coopérative est un organisme sans but lucratif, si elle dégage des excédents, ceux-ci seront immédiatement réinvestis dans sa mission première : offrir des services.

Pour Nancie Allaire, les coopératives de santé sont un modèle innovateur, équitable et performant.
S'approprier la santé
Pour faire lever le gâteau d'une coopérative de santé, le premier ingrédient est la mobilisation de la collectivité derrière ce projet d'entrepre­neuriat collectif. « Si nous avions arrêté le projet à chaque fois que quelqu'un disait que ça ne fonctionnerait pas, la coop n'existerait pas encore, raconte Nancie Allaire. Heureusement, nous avons accueilli 1200 personnes lors de nos cinq rencontres d'information, et 700 d'entre elles y ont cru et se sont engagées à devenir membres. Ce sont des gens à qui nous n'avions vendu qu'un concept, qu'un rêve. »

Un rêve qui s'est bel et bien matérialisé lors de l'assemblée de constitution, en mai 2008. Aujourd'hui, la coop offre des heures de clinique sur rendez-vous, sans rendez-vous, des prélèvements sanguins rapides et l'accès gratuit à des groupes de prévention et de promotion de la santé basés sur le concept japonais Hans Kaï (ateliers et conférences).

« Avec nos huit médecins, nous avons pu doubler l'offre de consultations sans rendez-vous à Beauceville, en incluant notamment des plages horaires de soir. Un plus pour la conciliation travail-famille, car 56 % de nos membres ont moins de 40 ans », conclut Nancie Allaire.

Publique ou privée, la coop de santé?
Dans une coop de santé, c'est grâce à la carte-soleil du patient que sont payés les services rendus. Une coopérative de santé est donc de nature publique, puisque la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) défraie les consultations, contrairement aux cliniques privées, où les honoraires des médecins sont assumés par les clients.
Les coops de santé se cherchent encore. Une importante étude réalisée en 2009 par l'Alliance de recherche université-communautés sur le développement territorial et la coopération signale que « les coopératives de santé émergent de la volonté des citoyens […] de répondre à un besoin jugé prioritaire pour eux. [Or], le système de santé est un mécanisme d'État qui planifie, organise et contrôle ses composantes. Il est inhabituel pour l'État que des solutions proviennent de l'extérieur du système de santé ».
L'adhésion à une coop de santé n'est pas obligatoire pour s'y faire soigner. De même, être membre n'assure pas la priorité des membres sur les non-membres pour les rendez-vous. L'universalité et la pleine accessibilité s'appliquent donc à ce modèle d'affaires. Toutefois, pour inciter les patients à devenir membres, la Coopérative de santé Robert-Cliche offre à ses membres certains services médicaux non assurés par la RAMQ à moindre coût, des rabais sur l'obtention de copies de rapports médicaux, la possibilité de ne pas attendre sur place après l'inscription pour une consultation sans rendez-vous, ainsi que des réductions dans différentes entreprises de la région (centres d'entraînement, massothérapie, optométrie, pharmacie, etc.). « Ceux qui ne désirent pas devenir membres invoquent deux raisons : soit ils n'ont pas les moyens de payer, soit ils refusent – par conviction – de débourser pour des soins qu'ils paient déjà par leurs impôts », explique Nancie Allaire.

Près de 5000 personnes sont membres de la coopérative Robert-Cliche et un nombre équi­valent de Beaucerons non membres fréquentent la clinique.

Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Offrir des services aux morts et aux vivants, c'est le lot des administrateurs et des employés de la trentaine de coopératives funéraires du Québec, qui œuvrent ici-bas depuis 1942. Soixante-dix ans plus tard – et parce qu'on meurt toujours –, les coops funéraires sont toujours aussi nécessaires… et toujours aussi méconnues.

Comme toutes les coopératives, les coops funéraires proviennent de gens du milieu qui décident de s'associer pour se donner des services de qualité, à prix raisonnable. Or, les gens étant bien souvent émotionnellement fragiles lorsqu'ils vivent un décès, des entrepreneurs peu scrupuleux ont maintes fois exploité cette fragilité pour gonfler les factures. De là la pertinence de la formule coopérative pour contrer les abus.
« Dans l'échelle de nos valeurs, l'engagement, l'entraide et l'intégrité sont placés plus haut que la recherche du profit, contrairement à ce qui se passe dans l'entreprise privée », déclare Yves Richard, directeur général de la Coopérative funéraire de Saint-Hyacinthe, aussi connue sous son nom commercial de Résidence funéraire Maska. « L'objectif de profit existe, mais nous sommes une coopérative d'économie sociale, dont le but reste de rendre service aux familles endeuillées. »

Le principal avantage – qui fut aussi paradoxalement un désavantage des coopératives funéraires – est le coût des produits et services, généralement inférieur à celui du secteur privé. La part sociale ne coûte que 20 $ et permet une réduction de quelques centaines de dollars sur les produits et services. Or, cette économie a longtemps été synonyme de bas de gamme. Alain Leclerc, directeur général de la Fédération des coopératives funéraires du Québec : « Oui, les gens viennent pour les prix, mais ils reviennent pour les services. Dans les coopératives, les relations
« En tant qu'entreprise d'économie sociale, nous plaçons l'engagement, l'entraide et l'intégrité plus haut que la recherche du profit dans notre échelle de valeurs », estime le directeur général de la Coopérative funéraire de Saint-Hyacinthe, Yves Richard.
humaines sont à l'avant-plan. Nous sommes dans un processus d'accompagnement beaucoup plus que de vente. » Yves Richard soutient d'ailleurs garder une marge de profit moitié moins grande que les entreprises privées. Tous les excédents sont actuellement réinvestis dans les installations. À ce titre, la Coopérative funéraire de Saint-Hyacinthe emménagera l'été prochain dans de nouveaux locaux, à un jet de pierre du bâtiment actuel, sur la route 116.

Ce projet majeur permettra de sextupler la surface disponible, la portant à 1115 m2 (12 000 pi2) Pour financer l'achat de leur nouvel établissement (ironie de la chose, une ancienne succursale de caisse populaire), Yves Richard et les huit membres élus du conseil d'administration ont choisi d'avoir recours à l'épargne de leurs propres membres. La Coopérative funéraire de Saint-Hyacinthe a donc procédé à l'émission de parts privilégiées ayant des termes de trois, cinq et sept ans et des rendements avantageux.
Vivre, coopérer, mourir
Peu connues, les coopératives funéraires offrent pourtant une centaine de points de service au Québec. « Nous avons déjà fait l'expérience de demander à des gens de nommer spontanément des types de coopératives, dit Yves Richard. Les premières qui viennent en tête sont les coops agricoles, d'habitation et financières, comme Desjardins. On ne pense pas spontanément à nous. » Notons que la coopérative maskoutaine offre ses services tant à ses 1600 membres qu'aux non-membres. Elle traite actuellement 150 décès par année.

Les coopératives funéraires
25 coopératives funéraires membres de la Fédération des coopératives funéraires du Québec
100 points de service
150 000 membres
315 administrateurs bénévoles
500 employés
9000 familles servies
chaque année
36,7 millions de dollars de chiffre d'affaires consolidé
155,2 millions de dollars d'actifs
(Source : www.fcfq.qc.ca)
Les arrangements funéraires préalables, qui sont des contrats sans frais passés entre la coopé­rative et le membre, sont transférables d'une coop à une autre grâce à une entente entre les coopératives québécoises membres de la Fédération. À la Coopérative funéraire de Saint-Hyacinthe, on pratique aussi l'intercoopération d'une autre façon : on donne à forfait les crémations et les embaumements à la coop funéraire J.N. Donais, de Drummondville.


Fondée en 1980, la coopérative du quartier Douville, à Saint-Hyacinthe, a le vent dans les voiles. Yves Richard : « Présentement, nous recrutons trois fois plus de nouveaux membres que nous célébrons de funérailles, notamment en raison du vieillissement de la population, mais aussi parce que notre part de marché augmente. Nous aimerions cependant concurrencer encore plus les deux entreprises privées fortement établies dans notre région, pour mieux nous partager le marché. »

La concurrence est toutefois vive. « Dans les années 1990, une grande entreprise états-unienne a mis la main sur de nombreux salons funéraires du Québec, explique Alain Leclerc. Comme force coopérative, nous avons su résister à cette poussée en maintenant notre part de marché, qui se situe à environ 15 %, ce qui fait de nous le plus important acteur dans ce domaine au Québec. »

Avec une population vieillissante – Alain Leclerc prévoit un pic de décès vers 2035 au Québec –, l'avenir des coopératives funéraires semble prometteur, puisque tous doivent bien mourir un jour, baby-boomers compris. « The sky is the limit! » lance, farceur, Yves Richard.



Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Entretien avec Réjean Lantagne, directeur général de la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) et représentant des coopératives canadiennes pour les Amériques à l'Alliance coopérative internationale (ACI)
La planète compte 750 000 coopératives. Un milliard de personnes en sont membres. Avec les services qu'elles rendent à leurs familles, elles touchent une personne sur deux dans le monde, soit 3,5 milliards de Terriens. Cent millions de personnes en tirent leur revenu. « Un ancien président de l'Alliance coopérative internationale disait que nous sommes l'armée la plus méconnue de la planète », lance Réjean Lantagne.

« L'objectif premier de l'Année internationale des coopératives, proclamée par l'ONU, est justement de nous faire connaître. Il nous faut sortir de l'ombre, sensibiliser le grand public et les décideurs, et promouvoir la création de coopératives partout sur la planète », poursuit l'enthousiaste et volubile directeur général.



« C'est le secret le mieux gardé : les pays développés doivent leur développement aux coopératives, dit-il. Et si l'agriculture a progressé de façon extraordinaire dans les pays du Nord, c'est en grande partie grâce aux coopératives. C'est vrai au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Inde, au Brésil; c'est vrai partout. Pourquoi? Parce que ça répond aux besoins des gens de se donner des services pour lesquels le capital initial nécessaire n'a pas besoin d'être gros. »

Toujours selon M. Lantagne, si nous n'avions pas eu au Québec nos coopératives agricoles et forestières, nos coopératives d'épargne et de crédit ainsi que nos mutuelles d'assurance, il n'y aurait plus rien dans nos régions. L'agriculture n'y aurait sans doute jamais pris racine.

Une force à développer
Les 300 plus importantes coopératives et mutuelles du monde cumulent un chiffre d'affaires de 1600 milliards $, l'équivalent, au chapitre du PIB, de la 10e économie mondiale1. Les quatre secteurs d'activité où l'on trouve le plus de coopératives sur la planète sont l'agriculture et la foresterie, l'épargne et le crédit, la consommation et les assurances.

Cela dit, Réjean Lantagne précise que les coopératives peuvent s'implanter dans tous les secteurs d'activité (haute technologie, télévision et diffusion Web, arts, santé et services à domicile, notamment), par l'entremise de coopératives de solidarité et de travailleurs. Ces dernières ont un avenir prometteur – un nombre croissant voit le jour – et font preuve de beaucoup d'innovation en matière de services offerts. Les coopératives de solidarité répondent à un besoin urgent : le maintien des services en région. « Au Québec, des études ont révélé que les municipalités qui s'en sortent le doivent une fois sur trois aux coopératives de solidarité et de travailleurs », indique Réjean Lantagne.

« Les coopératives dans le monde, c'est tellement énorme. Et quel succès! lance le représentant à l'ACI. Environ 26 % du marché mondial des assurances sont entre les mains des mutuelles et coopératives2. » De 2008 à 2009, au moment de la crise, les mutuelles et coopératives d'assurance dans le monde ont augmenté leur chiffre d'affaires de 1,5 %, quand l'ensemble du secteur des assurances subissait une baisse de 2,8 %2.

« Alors que l'Espagne enregistre un taux de chômage alarmant de 21 %, le village coopératif de Mondragon (coopérative de travailleurs qui figure au palmarès des 300 plus grandes du monde), situé dans le sud de ce pays, s'en tire avec 11 % de sans-emplois.

« Les coopératives sont des entreprises durables. C'est lié au modèle coopératif, qui part des humains et non du capital, qui protège le travail et n'exige pas un rendement trop élevé de l'investissement. »

La mise sur pied et le développement de coopératives passent entre autres par des organisations telles que l'ACI Amériques et SOCODEVI.

L'Alliance coopérative internationale
Le premier rôle de l'ACI, c'est la représen­tation et la promotion du modèle coopératif. C'est grâce à ses efforts auprès de l'ONU que nous célébrons l'Année internationale des coopératives.

L'ACI regroupe 97 pays, qui rassemblent 90 % des coopératives de la planète. C'est dans les pays en développement que les besoins en matière de coops sont les plus criants et où le potentiel est colossal. L'ACI compte des associations en Europe, en Afrique, en Asie et dans les Amériques. Elle intervient également auprès des gouvernements. L'ACI Amériques a aidé des pays à se positionner politiquement en ce qui a trait au libre-échange.

L'ACI Amériques compte 22 pays. Toutes les coopératives n'en sont pas membres, car certains pays ne possèdent pas de fédération de coopératives structurées pour assurer une représentation auprès de l'organisation. L'ACI recense toutefois 43 000 coopératives et 232 millions de coopérateurs.

SOCODEVI
« Il y a un milliard de coopérateurs dans le monde, mais il y a encore un milliard de pauvres qui ne réussissent pas à avoir un dollar de revenu par jour, rappelle Réjean Lantagne. SOCODEVI est là pour leur venir en aide. »

Fondée en 1985, SOCODEVI compte 25 sociétés membres (coopératives agricoles, forestières, d'habitation, funéraires, scolaires, alimentaires, mutuelles d'assurance, etc.), qui contribuent, par l'apport de financement ou de ressources humaines et techniques, à réaliser des projets de développement coopératif (près de 650 depuis ses débuts).

« Seule, une coopérative dans un pays pauvre peut mettre des années à se développer, dit Réjean Lantagne. Notre but, c'est d'accélérer les choses. Le renforcement des compétences est à la base de nos actions. On intervient principalement dans la mise en marché du produit, car c'est le premier élément à organiser. Laissés à eux-mêmes, les producteurs de riz, de coton, de café ou de cacao se font bien souvent avoir par des "coyotes", qui achètent à bas prix et falsifient le poids et la qualité. Il est important que les producteurs s'unissent et se donnent des moyens pour vendre à un meilleur prix. Mais on ne prend pas de décisions à leur place, afin qu'ils atteignent l'autonomie le plus rapidement possible. Il faut ensuite travailler les aspects administratifs et financiers. »



« On veut convaincre les gouvernements d'adopter des politiques de développement coopératif et des lois, poursuit-il. Il y a des pays où les coopératives sont plus taxées que les entreprises privées. Où les taux de financement sont de l'ordre de 20 % par année et parfois de 20 % par mois! La capitalisation des coopératives demeure aussi un problème entier. »

« En Bolivie, en collaborant au recensement des coopératives, nous nous sommes rendu compte que, sur une population de huit millions d'habitants, il y avait 2,5 millions de membres, raconte Réjean Lantagne. Un poids politique qui a mené à la promulgation d'une loi sur les coopératives. »

« On pourrait faire beaucoup plus, croit le directeur général de SOCODEVI. Il faut convaincre les bailleurs de fonds, la Banque mondiale, la Banque interaméricaine et les pays de mettre plus de ressources dans la création d'entreprises coopératives, afin que la richesse créée permette un développement local, régional et national. »

Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
Outre les quatre grands pôles d'activité des coopératives (agriculture-foresterie, épargne-crédit, consommation et assurance), de nombreux secteurs se prêtent tout autant au développement de petites entreprises innovantes et débordantes de dynamisme.
Installation d'une tour de transmission. « Nous voulions décrocher la lune pour nos concitoyens! » lance Réjean Sauvé, de la Coop CSUR.
Une coopérative Internet
La Coop de solidarité du Suroît-CSUR (prononcez « C'est sûr! »), la première de ce type en Montérégie, n'a pas attendu après le bon vouloir des principaux fournisseurs d'Internet pour se doter de ce service quasi essentiel en région.

« Le besoin d'obtenir un service Internet haute vitesse était de plus en plus pressant, notamment pour les travailleurs autonomes, indique Réjean Sauvé, directeur général de la coopérative. Des résidants de Très-Saint-Rédempteur, dans Vaudreuil-Soulanges, en avaient fait la demande répétée au conseil municipal. C'est que les grandes entreprises refusaient d'assurer le service, alors que celles de moyenne envergure qui acceptaient de le faire exigeaient des coûts astronomiques, mais refusaient toutefois de s'implanter en milieu boisé! »

Quatre résidants, dont l'un maîtrise la technologie nécessaire pour tout mettre en place, décident de prendre les choses en main. En avril 2006, la coopérative de solidarité voit le jour. En juin 2007, le réseau est fonctionnel. « On fait fonctionner nous-mêmes nos serveurs, dit Réjean Sauvé. Aucune tâche n'est sous-traitée. »

Une première campagne de recrutement attire 150 familles de Très-Saint-Rédempteur. Les fondateurs de la coopérative se rendent alors compte que pour en assurer la viabilité, ils doivent offrir leurs services à d'autres municipalités. Sainte-Justine-de-Newton, Sainte-Marthe, Pointe-Fortune, Rigaud, Rivière-Beaudette, Saint-Télesphore, Saint-Polycarpe s'ajoutent au noyau de base, de même que des municipalités de l'Est ontarien, dont Sainte-Anne-de-Prescott et Glen Robertson. En tout, une bonne dizaine de municipalités reçoivent les services de la Coop CSUR. « On rassemble 648 membres, dont 540 utilisateurs de nos services ainsi que des membres de soutien et des membres travailleurs », indique le directeur général de la coopérative, qui compte quatre employés. « On a des projets d'expansion dans d'autres municipalités. »

Les nouveaux locaux du Grand Marché de Beauce-Sartigan.
En matière de coûts, les services en milieu rural sont offerts au même prix et même bien souvent moins cher que dans les grands centres. « Notre service Internet est hors pair, assure Réjean Sauvé, et on héberge les sites de beaucoup de nos membres. La Coop CSUR mettra bientôt à la disposition de ses adhérents un service de téléphonie par Internet (IP), afin de réduire les appels interurbains. C'est la démocratisation des services et la prise en charge de notre milieu de vie. »

Le Grand Marché de Beauce-Sartigan
« Avec seulement 1,8 % de la population dans l'agriculture, les consommateurs ne savent plus d'où proviennent leurs aliments et comment ils sont produits, indique Barbara Bourque, productrice agricole et présidente du Grand Marché de Beauce-Sartigan. Mais ils veulent le savoir, les jeunes comme les moins jeunes. »

Ce qui fait défaut, c'est le contact avec les producteurs, dit la présidente. Le Grand Marché de Beauce-Sartigan, établi à Saint-Georges (Beauce), entend combler cette lacune. Mais son objectif principal est d'abord de favoriser la diversification de l'agriculture dans les régions, en offrant un débouché aux petits producteurs qui ne peuvent écouler leurs produits, souvent plus diversifiés, par l'entremise des canaux de distribution traditionnels, tels que les grandes épiceries, qui demandent des volumes importants.

« Le contact avec les consommateurs permet de mieux répondre à leurs besoins », soutient Barbara Bourque. On trouve au Grand Marché fruits et légumes, pain artisanal, fromages, viandes, produits de l'érable, cidre, etc., dont un grand nombre de produits bios. Également sur place, un bistro où l'on cuisine avec des produits locaux.

Fonctionnant sous forme d'OSBL pendant 13 ans, à offrir des produits sous une tente, le Grand Marché s'est constitué, depuis avril 2011, en coopérative de solidarité, avec l'appui de la MRC, du CLD, du MAPAQ, de la Ville de Saint-Georges et d'autres entreprises du milieu. Gérée par les producteurs, qui en sont les membres travailleurs, la coopérative a entrepris ses activités en septembre dernier, dans un bâtiment ouvert à l'année. Dix-sept producteurs en sont membres, moyennant une contribution de 5000 $. Les producteurs sont présents au marché le samedi. Le reste du temps, un employé de la coopérative se charge de la vente des produits. De plus, 45 producteurs, dont l'entreprise est de plus petite dimension et ne peuvent acquitter les frais annuels d'adhésion, détiennent le statut de fournisseurs.

Le marché se finance en prélevant 15 % du prix de vente des produits des sociétaires et 30 % des ventes des producteurs fournisseurs. « On offre le statut de membre de soutien, à 10 $ la part sociale, notamment pour les consommateurs », précise Barbara Bourque, qui est toujours en mode recrutement. « Cette coopérative, c'est notre apport à la collectivité, et les consommateurs en redemandent. »
À L'Accorderie, on s'échange du temps et non pas de l'argent. Une heure offerte donne droit à une heure de service en retour, peu importe la nature du travail effectué.
Le réseau Accorderie
Tout a débuté en 2002, dans le quartier Saint-Roch, à Québec, avec un projet-pilote. Un OSBL, baptisé Accorderie, est créé pour mettre en relation des gens d'une même région ayant des services à offrir. Mais au lieu de facturer les services rendus, on s'échange du temps.

Dès sa fondation, l'OSBL mettait en pratique les principes de la coopération et avait prévu obtenir le statut de coopérative de solidarité. L'objectif se concrétisera en avril 2011. L'Accorderie de Québec est, pour le moment, la seule des cinq Accorderies du réseau (on en retrouve deux à Montréal, une à Shawinigan et une à Trois-Rivières) qui possède ce statut.

« Chacun des 458 membres de l'Accorderie de Québec – les accordeurs –, qui ont acquis une part sociale au coût de 10 $, possède un compte de temps, qui est crédité et débité en fonction des services offerts et reçus par chacun, indique Claudine Tremblay, du réseau Accorderie. C'est un système de monnaie sociale. Ainsi, une heure offerte donne droit à une heure de service en retour, peu importe la nature du travail effectué. On crédite de 15 heures le compte de tout nouvel adhérent. »

Les cinq Accorderies du réseau sont reliées entre elles, et les échanges de services peuvent aussi se faire entre leurs membres respectifs. Un cours de guitare ou un atelier de langue par Skype, ça fonctionne! Si le service offert coûte de l'argent – un transport par voiture, par exemple –, l'accordeur peut le facturer.

D'abord mise sur pied pour venir en aide aux populations des milieux défavorisés et combattre l'exclusion, l'Accorderie est maintenant ouverte à tous. « On y retrouve des gens à faible revenu, des étudiants d'université et des gens plus aisés, souligne Claudine Tremblay. Ça fait tomber les préjugés et ça permet d'avoir une offre de services plus diversifiée. »

L'Accorderie de Québec est soutenue entre autres par une caisse d'économie et par la Fondation Saint-Roch. Le réseau a même fait des petits outre-mer : on retrouve maintenant deux Accorderies en France, dont une à Paris.


Le Café Cambio
Voilà sept ans que le Café Cambio a pignon sur rue à Chicoutimi. Structuré en coopérative de travail, le commerce de la rue Racine a eu, comme impulsion de départ, la volonté de miser sur des valeurs d'équité et de développement durable ainsi que sur l'approvisionnement en produits locaux et équitables.

Le Café Cambio importe ses cafés certifiés équitables et biologiques par l'entremise de Cooperative Coffees, une coopérative nord-américaine dont il est membre.
La principale activité du Café Cambio, qui compte une trentaine d'employés, dont 15 membres travailleurs, c'est la torréfaction dans sa microbrûlerie. Les cafés « verts » certifiés équitables et biologiques, importés par l'entremise de Cooperative Coffees (coopérative nord-américaine dont le Café Cambio est membre), sont torréfiés sur place, ce qui assure un haut niveau de qualité aux cafés au lait, espressos et cafés ordinaires servis aux clients, ainsi qu'au café vendu en vrac.

L'endroit est un heureux mélange entre bistro, resto et coffee shop. Et l'ambiance y est décontractée. On peut lire, discuter entre amis ou travailler à son gré. Pas de stress ni de pression de la part du personnel, affable et accueillant. Des plats du jour santé sont concoctés avec des produits locaux – pain, fromages, viandes, et légumes lorsque la saison le permet –, qui proviennent de petits agriculteurs de la région.

Il y a bientôt un an, le Café Cambio a aménagé une salle de spectacle, le Sous-Bois, au sous-sol de son établissement. « Notre calendrier culturel est varié, souligne Ron Evans, membre travailleur de la coopérative. Des artistes s'y produisent, des musiciens notamment, principalement de la scène locale et régionale, mais aussi de l'extérieur du Québec. D'une capacité de 100 personnes, l'établissement permet également la tenue d'évènements privés. »



Plein air coopératif

La coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord voit d'un autre œil l'exploitation des ressources naturelles. Située à Saint-Raymond (Portneuf), dans une région durement touchée par le déclin de l'industrie forestière, cette coopérative a pour mission le développement d'activités récréotouristiques, la mise en valeur du territoire et la protection de paysages fragiles, le tout chapeauté d'une vision durable.

Avant la création de la coopérative, en 2002, le territoire (une ancienne vallée glaciaire où coule une magnifique rivière) faisait l'objet, en matière de plein air, d'une utilisation marginale et anarchique. La culture touristique y était inexistante. Des accidents se sont produits, un décès même. On a sonné l'alarme. Les intervenants locaux – résidants, chambre de commerce, société de développement – ont pris les choses en main pour assurer la mise en place d'activités sécuritaires au sein de ce territoire doté d'un immense potentiel. « On a mis sur pied une coopérative, le meilleur outil, selon nous, pour faire travailler les gens en collaboration », indique Étienne Beaumont, directeur adjoint de la coopérative de solidarité.

Randonnée pédestre, raquette, canot, vélo de montagne, équitation, canyonisme, hébergement, tenue d'évènements : la coopérative offre une foule d'activités. La Vallée Bras-du-Nord rassemble des membres de soutien, des membres travailleurs ainsi que des membres producteurs de services. On en compte 45 au total. « Les membres producteurs de services sont de véritables partenaires économiques, indique Étienne Beaumont. Notre offre d'activités permet de vendre l'hébergement qu'ils proposent, qui va du camping rustique jusqu'au chalet en bois rond de luxe. On veut faire de notre coopérative une véritable destination vacances. »

La réinsertion sociale est aussi au cœur de la mission de la coopérative. « Chaque année, on accueille une dizaine de jeunes de 16 à 30 ans, pour six mois, dit Étienne Beaumont. Par exemple, les quelque 80 km de sentiers de la coopérative ont été aménagés et sont entretenus par ces jeunes. Une centaine sont passés chez nous, et 75 % d'entre eux sont par la suite retournés sur les bancs d'école ou ont décroché un emploi. Nous sommes très fiers de ces jeunes. Ce sont les réels bâtisseurs de nos projets. »

La coopérative Vallée Bras-du-Nord est un levier de développement durable où on prend en compte les pôles social, économique et environnemental, une success story dont profitent pleinement, chaque année, 40 000 visiteurs.

Prix Transfert de ferme, texte et photos d'Etienne Gosselin
« L'Année internationale des coopératives constitue une occasion privilégiée pour faire reconnaître la contribution sociale et économique du modèle coopératif. En tant qu'évènement phare qui réunira au Québec les décideurs et personnes d'influence du milieu coopératif international, le Sommet international des coopératives 2012 permettra de consolider et d'affirmer l'influence du mouvement coopératif sur l'échiquier socio­économique et politique », a déclaré Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins.
Rendez-vous incontournable pour tous les coopérateurs, ce sommet organisé conjointement par le Mouvement Desjardins, l'Alliance coopérative internationale (ACI) et l'Université Saint Mary's aura lieu à Québec, du 8 au 11 octobre 2012, avec l'appui de plusieurs grandes entreprises coopératives et mutua­listes, dont La Coop fédérée, Agropur et le Crédit Mutuel.

Sous le thème « L'étonnant pouvoir des coopé­ratives », la programmation du Sommet s'articulera autour de quatre grandes thématiques : la place des coopératives et des mutuelles dans l'économie mondiale, la performance globale du modèle d'affaires coopératif et mutualiste, l'évolution de ce modèle d'affaires et l'influence sociopolitique mondiale des coopératives.

Des grands noms du secteur coopératif, des membres de gouvernements, des économistes, des universitaires et des chercheurs du monde entier viendront y présenter leur vision des défis actuels et futurs du modèle coopératif dans un monde en profonde transfor­mation. Près de 1500 participants venant de 90 pays sont attendus, de même que 125 conférenciers de renom, dont plusieurs Prix Nobel.

Afin de stimuler les échanges et d'enrichir les réflexions, les résultats d'études inédites y seront révélés par McKinsey & Company (Tendances mondiales, enjeux et défis; Stratégies de développement; Meilleures pratiques), Deloitte (Productivité, financement et capitalisation), Ipsos-UQAM (Attentes des membres) et IRECUS (Impact économique et sociaux des coopératives).

Le Sommet permettra en outre aux participants de discuter d'enjeux d'affaires et de prendre connaissance d'initiatives et d'innovations qui pourront leur être utiles pour améliorer la performance de leur coopérative, tout en élargissant leurs réseaux à des fins d'intercoopération et de développement des affaires.

Par ailleurs, plusieurs organisations profiteront de ce grand moment de convergence des forces coopératives et mutualistes pour organiser, en parallèle, certains de leurs évènements annuels. C'est notamment le cas de l'Université Saint Mary's, qui tiendra son congrès pré-Sommet « Imagine 2012 » du 6 au 8 octobre, ainsi que d'ACI-Amériques, des Coopératives funéraires du Québec, de Proxfin et du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, qui tiendront aussi des rencontres.

Dans un contexte mondial récemment marqué par de nombreuses manifestations d'« Indignés » aux quatre coins de la planète, par le Printemps arabe et par des crises financières, économiques et alimentaires, le Sommet offrira une formidable tribune au mouvement coopératif pour faire valoir son modèle d'affaires auprès des leaders économiques et politiques. « Les valeurs coopératives sont plus que jamais une réponse aux défis économiques et sociaux de notre monde, soutient Mme Leroux. C'est ce que le Sommet va démontrer. »

Renseignements et inscription :
www.sommetinter2012.coop

 
Retour

Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés