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Mieux vaut prévenir que guérir
La 123e édition du concours de l'Ordre national du mérite agricole (ONMA) a été officiellement lancée le 16 janvier dernier. C'est au tour des producteurs et productrices de la région de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches de poser leur candidature.

Cette année, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) souhaite encourager les participants à prêter une attention particulière à la sécurité à la ferme. Il estime que de nombreuses entreprises rempliront les critères pour l'obtention du Mérite Promutuel de la prévention. Une distinction que la mutuelle d'assurances décernera pour une 20e année consécutive. Ce prix vise à reconnaître les efforts des agriculteurs et agricultrices qui obtiennent le pointage le plus élevé sur le plan de la sécurité à la ferme, mais surtout à sensibiliser le monde agricole à l'importance d'en faire une préoccupation de tous les instants.

« On n'en fait jamais trop à ce chapitre, estime Yves Dumont, coordonnateur de l'Ordre national du mérite agricole. Quand il s'agit de diminuer le nombre et la gravité des sinistres, notamment afin d'éviter des blessures et de sauver des vies, les investissements nécessaires pour améliorer la sécurité à la ferme représentent bien peu. »

« Chaque année, au Québec, nous sommes témoins de sinistres majeurs qui occasionnent non seulement des pertes de vies, mais également des pertes financières importantes, un accroissement considérable du stress, la perte d'animaux, etc., indique Josée Garneau, conseillère en relations publiques au Groupe Promutuel. Touché par les conséquences multiples de ces sinistres, Promutuel a constitué une équipe de conseillers en prévention qui rendent régulièrement visite aux producteurs, partout au Québec, afin de les sensibiliser à l'importance de la prévention. De petits gestes peuvent faire toute la différence en offrant une meilleure protection aux agriculteurs, à leur famille et à leurs employés. »

L'importance d'assurer la sécurité
Malheureusement, encore aujourd'hui, on retrouve dans les journaux des titres qui font frémir, et les statistiques de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) en disent long. D'après cet organisme, « chaque année, au Québec, près de 20 accidents mortels se produisent dans le secteur de l'agriculture ».

« Mais seulement le quart des accidents sont recensés à la CSST, indique Bruno Caron, professeur de santé et de sécurité à l'Institut de technologie agroalimentaire, campus de La Pocatière. On peut donc malheureusement conclure que les accidents mortels sont sans doute plus nombreux, mais ils ne sont pas officiellement répertoriés. »

Toujours selon la Commission : « Environ 13 000 établissements agricoles seulement sont inscrits à la CSST, alors que le Québec compte plus de 30 000 producteurs. En effet, les fermes familiales et les exploitations qui n'emploient pas de travailleurs ne sont pas tenues de s'y inscrire, d'où l'importance d'intensifier les activités de sensibilisation auprès de celles-ci. »

« En 2009, la CSST a indemnisé 992 accidents du travail et 30 maladies professionnelles dans le secteur de l'agriculture, indique l'organisme gouvernemental. Pour sa part, Statistique Canada a répertorié, à la grandeur du pays, environ 3000 lésions par année nécessitant des services médicaux. » (Voir l'encadré ci-dessus)

Le travail en milieu agricole n'est pas sans risques. Les tâches d'un producteur sont multiples et, d'une saison à l'autre, la nature des travaux varie grandement. On utilise de nombreux outils, machines et produits (protection des cultures, engrais, médicaments, carburants). Les semaines de travail s'étendent sur sept jours et les horaires sont très variables. Les périodes de pointe sont fréquentes et génèrent du stress. Les enfants sont bien souvent présents lors de certains travaux. La résidence et le milieu de travail ne font qu'un. Les animaux peuvent aussi être source de blessures ou de maladies.



Avec quatre enfants âgés de 15 mois à huit ans, Roger Naegeli et Valérie Jutras ont pris la sécurité bien en main. « Le terrain de jeu des enfants, c'est plus que la maison », dit Valérie, copropriétaire de la Ferme Roger Naegeli, lauréate du Mérite Promutuel de la prévention en 2011. Située à Sainte-Brigitte-des-Saults, cette exploitation compte 200 ha (500 acres) en culture et 6000 poules productrices d'œufs d'incubation. « Nos enfants ne vont pas à la garderie, dit-elle. Comme je ne peux les avoir toujours à l'œil à la seconde près, il nous fallait sécuriser la ferme. C'est pourquoi, dans les bâtiments, il y a un endroit expressément réservé pour jouer. »

« Des accidents, il y en aura toujours trop, poursuit l'avicultrice. Et pourtant, il ne faut que des investissements souvent minimes pour aider à les éviter. Un simple loquet sur une porte pour interdire l'accès à des produits de protection des cultures ou à des médicaments, des blocs de ciment pour protéger les tuyaux d'un réservoir de propane ou des grillages pour couvrir les vis à grain. Tout cela ne demande pas beaucoup de sous. »

« On le voit tout de suite lorsqu'on entre dans cette ferme », fait savoir Robert Lapalme, qui a jugé l'entreprise dans le cadre de l'Ordre national du mérite agricole. « Tout est à l'ordre, rien ne traîne. La machinerie et les outils sont rangés, les planchers des bâtiments sont dégagés de tout objet. »

La maison et le poulailler étant situés de part et d'autre d'une route où les véhicules circulent très rapidement, Roger et Valérie ont modifié la logistique des déplacements des véhicules à la ferme et mis en place des règles très strictes. Le bâtiment de ponte a été intentionnellement construit loin de la route pour décourager quiconque voudrait s'y rendre à pied. Il est strictement défendu à tous, membres de la famille et employés, de traverser cette route sans être à bord d'un camion ou d'une voiture. VTT s'abstenir!

« La CSST et l'UPA travaillent en collaboration depuis plusieurs années pour concevoir des activités de prévention et de sensibilisation », fait savoir Bruno Caron, qui s'assure entre autres de transmettre cette information à ses étudiants dans ses cours. Le plan d'action Jeunesse de la CSST permet également « de favoriser le transfert d'information dans les milieux d'éducation et du travail, de façon à ce que la prévention soit inculquée dès le plus jeune âge ».

« Les statistiques le démontrent : les accidents surviennent bien souvent dans les premiers jours d'un emploi, poursuit le professeur. Et ce sont surtout les jeunes travailleurs qui en sont victimes. Il est donc impératif de bien former ces futurs travailleurs qui commenceront leur carrière dans les entreprises agricoles. Ils reproduiront ainsi de bonnes habitudes et s'avéreront des agents de changement en matière de sécurité auprès de leurs employeurs. On ne peut tout faire d'un coup et éliminer le danger à 100 %. Il faut échelonner les améliorations dans le temps, tout comme un processus d'amélioration continue. »

C'est exactement ce qu'ont mis en œuvre les propriétaires de la Ferme Willy Haeck et fils, lauréats du Mérite Promutuel de la prévention en 2010. « La troisième génération est maintenant bien intégrée, fait savoir Gina Haeck, copropriétaire de l'entreprise située à Saint-Rémi de Napierville. On fait affaire depuis plusieurs années avec une mutuelle de prévention spécialisée dans la production en serre. Elle connaît bien notre réalité. Chaque année, elle inspecte nos installations et nous propose un plan d'action pour améliorer la santé et la sécurité au travail. »

Ainsi, de nombreuses améliorations ont été réalisées : installation d'un câble de sécurité sur le toit des serres, pesticides entreposés dans un local verrouillé et ventilé, formation donnée aux conducteurs de chariots élévateurs, fils électriques à haute tension installés sous terre, amélioration des postes de travail, protection des réservoirs de carburant, remise aux normes des systèmes électriques, etc. « Il faut aussi écouter ce que les travailleurs ont à dire, indique Gina. Ce sont bien souvent les mieux placés pour nous conseiller. »

Robert Lapalme voit trois éléments de base sur lesquels les entreprises agricoles doivent miser :

1 - S'assurer de l'ordre et de la propreté des lieux.

2 - Sécuriser l'équipement et les lieux de travail : couvrir les vis à grain des silos et prises de force des tracteurs, installer des arceaux de protection sur les tracteurs, bloquer l'accès aux emplacements potentiellement dangereux, tels qu'une préfosse.

3 - Remiser les produits de protection des cultures dans un endroit qui leur est réservé et que l'on peut verrouiller.


Ce juge de l'ONMA est conscient que les producteurs entrent dans une routine de travail qui les éloigne parfois de ces préoccupations. « Tant que rien ne nous touche, on tarde à mettre des choses en place », dit-il. Il sait également qu'en période de pointe, après une vingtaine d'heures ininterrompues de travaux aux champs, la fatigue et l'inattention s'installent, la vigilance et les réflexes ne sont plus aussi aiguisés. « La ferme parfaitement sécuritaire n'existe pas, lance Robert Lapalme. Assurer la sécurité dans une entreprise agricole, c'est un travail de longue haleine. »

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